Contes moraux - L'homme mauvais - Mɔgɔjugu

 

Préface de Mɔkɔ juku

J’ai pensé faire plaisir aux confrères, et être utile aussi à quelques-uns peut-être, en polycopiant à leur intention ce petit chef-d’oeuvre qu’est le ‘mɔkɔ juku’.

Il ne s’agit pas d’un poème savant comme pourrait le faire supposer sa belle ordonnance et sa division en ‘chants’ mais bel et bien de poésie orale d’un petit drame populaire que se transmettent les griots (jeli) de génération en génération et qu’ils continuent à donner devant des auditoires toujours enthousiasmés. Il est clair cependant qu’il dépasse les moyens de la grande masse des griots. Tout griot de race n’est pas nécessairement un as.

Le premier chant est un exorde bien réussi, qui s’éclaire comme il est normal au dénouement (en particulier le ‘cɛrɔgɛrɛnnen’). La conclusion de ce chant est bien amenée et elle nous fait penser à nos auteurs latins et français par la correspondance de la pensée et même de la forme : ‘Kɛba cɛɲi warila, Mosoba bɛɛ wara min ?’ et quand on est mort, tout est fini. Nous mourrons tous, donc amusons-nous pendant que nous sommes en vie, et en particulier, faisons une joyeuse veillée.

Le deuxième chant, d’abord présentation intéressante et facile du ‘mɔkɔ juku’, est ensuite plus hermétique avec sa suite de dictons, mais on a nettement la sensation d’un amoncellement de malheurs, oeuvres de ‘mɔkɔ juku’, ce qui n’empêche pas le ‘jeli’ de se rappeler au bon souvenir des auditeurs. ‘Jeli jatiki n’a jatikɛ tɛ kelen ye dɛ ! N teri ni n tɛrɛkɛ fɛnɛ tɛ kelen ye’.

L’action commence vraiment au troisième chant. Elle est parfaitement agencée et elle développe tout droit jusqu’à la fin.

Evidemment, cela n’est pas fait pour la simple lecture. Que d’onomatopées et même de passages entiers, comme la préparation du ‘dɔlɔ’ qui appellent des effets de voix et de larges mimiques.


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Paul Emile Doumbia, alors instituteur à Welesebugu, ayant eu l’occasion d’assister à la représentation du ‘Mɔkɔ juku’ sur la place du village, en fut émerveillé. Il fit par la suite rechercher l’artiste (une griote du Wasulu) et, ayant réussi à la retrouver et à la faire venir chez lui, il transcrivit le poème sous sa dictée, sans y rien changer. C’est du moins ce qu’il a toujours affirmé. Il a eu soin de respecter les élisions, pour ne pas rompre le rythme, mais aussi pour montrer quelles hardiesses se permettent les bambara dans leur langage, hardiesses qui nous déroutent, nous, pauvres bambarisants. J’avoue que j’ai eu l’occasion d’assister au ‘Mɔkɔ juku’ à Welesebugu, et à une belle séance de chasseurs à Fɛrɛkɔrɔba, mais je n’y ai rien compris.

Paul Emile Doumbia, étant originaire du Wasulu se trouvait avoir affaire avec son dialecte maternel et par conséquent il pouvait saisir toutes les nuances du poème. Par ailleurs, il avait assez de culture et de connaissance de la langue française pour les bien rendre. Il faut noter qu’il n’a pas voulu faire du mot à mot, mais du ‘bon français’. Cela peut dérouter quand on cherche à comprendre les mots par la traduction, mais il est certain que le sens y est.

A la mort de Paul Emile, Mgr Molin demanda et obtint de sa mère en particulier, le manuscrit du ‘Mɔkɔ juku’. Je l’ai eu entre les mains avant la mort de Paul Emile, mais je n’ai ici qu’une copie, bonne sans doute, mais non sans défauts. Pour le texte indigène, il y a sans doute quelques fautes de frappe, fautes ordinaires et fautes qui viennent de ce que les doigts habitués à un autre dialecte vont trop vite. S’il n’y en avait pas dans la première copie, il y en a dans la mienne et toutes n’ont pas été corrigées. C’est regrettable, mais cela ne va pas bien loin.

Pour la traduction, c’est autre chose. Il y a un bon nombre de parenthèses dont beaucoup ne sont évidemment que des explications utiles, mais dont certaines pourraient bien être la première traduction à laquelle une autre a été substituée dans le texte. Dans deux cas, j’ai rétabli la traduction de Paul Emile qui était signalée en note, et qui était la bonne. Evidemment on peut se permettre plus de liberté avec une traduction qu’avec le texte lui-même, mais j’aurais préféré être toujours sûr de la traduction de P.E afin de savoir comment lui, un wasulunka, avait interprété.

J’ai recopié, entre le texte et la traduction, des notes manuscrites qui sont sur ma copie et qui ont pour but d’aider ceux qui ne connaissent pas le bambara, en leur indiquant les équivalences....

Qui dit mieux ? Personne sans doute, car je serais bien étonné que le ‘mɔkɔ juku’ soit dépassé, mais il peut y avoir aussi bien ou presque, et ça ne serai déjà pas si mal. Dans ce sens, je serais heureux d’avoir fait ce que j’ai fait pour le ‘mɔkɔ juku’.

J’ai vu des recueils de contes, qui peuvent bien être à la portée de jeunes fraîchement débarqués, mais où il n’y a en fait rien à glaner et où tout art est desséché. Tout charme s’est envolé sous les doigts du transcripteur. Mais peut-on bien parler de transcription ? Les conteurs n’ont sans doute pas tous la même valeur et il faut savoir les choisir, mais il leur arrive aussi, parfois, de se mettre à notre niveau. Cela les dispense d’ailleurs de nous fournir des explications difficiles, si nous sommes de ceux qui en désirent...

(Remarques du P.Bailleul qui sauvegarde ce document : Il s’agit très probablement du P. Cormerais ...responsable de l'école des catéchistes de Welesebugu dans les années 1945-1955 . La transcription tient compte des nouvelles règles d'orthographe. Une transposition de ce conte en bambara 'commun' est prête. Elle mériterait d'être publiée, non ?)

 

Mɔkɔ juku L’Homme mauvais
  
  
Dɔnkili fɔlɔ Chant premier
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jenni ye mɔkɔ juku lɔn ba ? Qui connaît l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! Jaka mɔkɔ juku tɛ lɔn ! L’Homme mauvais ! Certes, on ne connaît pas l’H.M !
I mana fudu duman tiɲɛlen ye, (furu) Voit-on un heureux mariage rompu ?
Mɔkɔ juku nɔ do. C’est le fait de l’Homme mauvais.
I mana kanu duman salen ye, Voit-on un tendre amour brisé ?
Mɔkɔgu le nɔ a di. (ye) C’est l’oeuvre de l’Homme mauvais.
I bira ka sinji bodonkolilen sɔrɔ, Vient-on à rencontrer des frères en brouille ?
Awa ! Mɔkɔ juku le nɔ. Eh bien ! C’est le fait de l’Homme mauvais.
Teria duman mana dɔtiɲɛ, (rɔtiɲɛ) Une douce amitié est-elle rompue ?
He ! Mɔkɔ juku y’a di. Eh ! C’est l’Homme mauvais.
De duman sara, (jɛ) Une bonne union est défaite,
Mɔkɔ juku y’a di. C’est l’Homme mauvais.
Dee-ni-faya sara, La bonne entente entre enfants et père a cessé,
Mɔkɔ juku tɛ wa ? N’est-ce pas l’Homme mauvais ?
Den-ni-baya sara, La bonne entente entre enfants et mère a cessé,
Mɔkɔ juku le nɔ. C’est l’oeuvre de l’Homme mauvais.
Fere satɔ (fyere) Un marché est empêché,
Mɔkɔ juku y’a dɔ. (rɔ) L’Homme mauvais est intervenu.
Fadenya sara, L’entente entre consanguins est brisée,
Mɔkɔ juku y’a di. C’est l’Homme mauvais.
Badenya sara, L’entente entre frères utérins est brisée,
Mɔkɔ juku y’a di. C’est l’Homme mauvais.
Ta tukunda merifamuku la, (tugura) On a mis le feu à la poudre à fusil (guerre)
Gwalo bɔra, Le malheur est venu,
Kulekan jɔkɔlen bɛ (jɔgɔlen) Des clameurs nombreuses se font entendre,
Safe bolen (sanfɛ ?) L’air en est rempli.
K’â y’i wɔyɔ, makari banda (banna) Criez (lamentez-vous) il n’y a plus de pitié !
Baï bɛɛ ŋuntan (baw / ŋuna) Que toutes les mères gémissent !
Woyikonba ! n sɔrɔ ! Aïe ! mes entrailles de mère !
Kunba tɛgɛra ka bɔ kanba da la Une grande tête est coupée et séparée d’un grand cou,
Cɛrɔgɛrɛnni koɲuman kɛ tɛ (rɔgwɛrɛnnen) Le brave acculé est terrible (il ne fait pas le bien).
Karafe donda (pour le combat) On selle les chevaux (la bride est mise à la bouche)
Karafe bɔnda (après la bataille) On desselle les chevaux.
Dɔ kɛ jɔn ye, dɔ k’i firinfirin (ka) Les uns sont prisonniers, d’autres agonisent.
Su tɛ kesi, a t’i kɔ fɛnɛ na Le mort ne pleure pas, il ne revient pas non plus.
Jɔn kan’a jik’a jɔnɲɔkɔn na ban ! Qu’un homme ne compte pas sur son semblable !
Jɔn tɛ jɔr’a jɔnɲɔkɔn na dɛ ! Nul ne se met en peine de son semblable.
Fritifrata ! ko ɲabɔbeli ! (ɲɛbɔbali) Désordre affreux ! situation inextricable !
Cɛ ye cɛ bolo, makari banda. Un homme est aux mains d’un autre. Il n’y a plus de pitié !
Benbeliso beli bonya, (mana bonya o b.) Si grand que soit un village où règne la discorde,
Lon kelen tomu ! (don-tomon) Sa ruine est l’affaire d’un jour
Jiri kelen beli bony’a tɛ tuba bɔ. Si grand que soit un arbre, il n’égale pas une forêt.
K’an kɛ wɔyɔ, k’an kɛ sundu (sungu) Poussons des cris, lamentons-nous !
Milinsinmalansan (milisimalasa) Incertitudes angoissantes !
Feritalen tora ! L’orphelin est mort.
Sa bɛ mɔkɔ domu (saya/dun) La mort engloutit l’homme.
A t’i tɔkɔ domu na. Elle n’engloutit pas son nom.
Cɛ ye kesi, ɲaji tɛ bɔ la. Le brave pleure, des larmes ne coulent pas.
An bɛ sumu, sumu tɛ lakira Faisons la veillée Il n’y a pas de veillée dans l’au-delà.
Sa tɛ mɔkɔ to, k’i y’i diya, sa tɛ mɔkɔ to k’i y’i goya La mort n’épargne personne, riche ou non.
Sa tɛ jɔn to La mort n’épargne pas l’esclave
A tɛ hɔrɔn to dɛ ! Elle n’épargne certes pas l’homme libre.
Kɛba cɛɲi bɛɛ warila, (war’i da ?) Tous les beaux preux sont tombés.
Mosoba bɛɛ wara min ? Où sont allées toutes les belles femmes ?
An kɛ solon, Amusons-nous ! (faisons joyeuse fête)
Solon tɛ lakira Il n’y a pas de fête en l’autre monde.
Jenni ye bilisi lawili kokura (lawuli) Qui donc a de nouveau réveillé ce démon ?
Aï ɲan tɛ Mɔkɔ juku lɔlen na ba ? (ɲɛ/jɔlen/wa?) Ne voyez-vous pas l’Homme-mauvais, là, debout ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jenni ye Mɔkɔ juku lɔn yan ? Qui donc ici connaît l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jaka ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn na ! Vraiment, on ne connaît pas l’Homme mauvais
  
  
Dɔnkili filanan Chant deuxième
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jenni ye Mɔkɔ juku lɔn ba ? Qui connaît l’homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jaka ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn ! Vraiment, on ne connaît pas l’Homme mauvais
Mɔkɔ juku wilira (wulila) L’Homme mauvais s’est levé (a paru)
K’ale ye mori di Se disant marabout,
Wuridi ntanba (wurudi) Maître de chapelet,
Gafeba tiki. Maître du grand livre. (Coran)
Mɔkɔ juku nara L’Homme mauvais est venu
K’a ye besi lɔn Disant qu’il connaît la médecine,
Furabɔ ŋana Qu’il est grand fabricant de remèdes
Bandalu kala. (banaw) Vainqueur des maladies.
Kurubu-karaba (gurubo-gurubo) Il arrive précipitamment
K’a ye lolan di (dunan) Se disant étranger.
Dugu se ma gwɛ (jɛ) Avant que l’aube ait paru
K’a ye dukuren di (dugulen) Il dit qu’il est du village.
Teriya nara, Parle-t-on d’amitié ? (l’amitié vient-elle sur le tapis)
K’a ye teri sɛbɛ. Il se dit ami parfait.
Kanu nara, On parle d’amour,
K’ale kanuɲɔkɔn ɲuman Il se dit un bon amant.
Furusiri selen, On célèbre un mariage,
K’ale furuɲɔkɔnba Il est un mari excellent.
Tinbitanba ! (tingitanga) Oh ! Perplexité !
Mɔkɔ juku tɛ lɔn na. On ne connaît pas l’Homme mauvais !
Sɔkɔmada la Le matin à l’aurore
A gwɛlen pewu-pewu (jɛlen) Il est tout à fait blanc
Wura ma se (wula) Le soir n’est pas arrivé
A finnen mɔnimɔni ! Qu’il est tout noir.
Sufɛla nalen, La nuit venue,
A wule pɔrɔtɔtɔ ! Il est entièrement rouge.
Tele kunan nalen, Au plein midi,
A kɛlen wɛrɛtɛtɛ, Il est devenu finement tacheté.
A ɲɛgɛnni ka ban (ɲɛgɛnnen) Il est déjà bien gris,
Ka t’i malɔn fyéwu. Il dit qu’il ne vous connaît pas du tout.
Sinji kɛ wɔyɔ ! Que les personnes de la parenté pleurent !
Sikiɲɔkɔn kɛ kule ! Que les voisins sanglotent !
Lɔnbaka kɛ ŋunan ! Que les connaissances gémissent !
Cɛ lafili, Duperie du mari (il trompe le mari)
Moso manɔrɔnkɔli Souillure de la femme (il souille la femme)
Wasulu tonkan, Bruits de dispute au Wasoulou
Kɛlɛ ni wɔyɔ Batailles et cris
Tonkan ni kiri Querelles et procès
Nson fɔra nson kɔ, Un voleur volé,
Jikiwaro banda Le désespoir est complet.
‘Ntɛ’ te ban di faama bolo dɛ ! ‘Non’ n’est pas du tout considéré comme un refus par le roi.
Kintikantan ! Situation angoissante !
Hinɛ banda. Il n’y a plus de pitié.
Fɛn tɛ mɔkɔ bol’a (bolo la) Un homme ne possède rien,
Jikiya tɛ ban. Son espérance ne cesse pas.
Juku tɛ mɔkɔ la L’homme n’a pas d’autre ennemi
Banda kelen kɔ (bana) que la maladie.
Sabaka bɔnɔlen Le mourant est malheureux.
Tobaka banda C’est la fin pour qui périt.
ŋana de ŋana domu. (di, ye) Si un brigand capture un brigand
baran dɔ kɛra C’est qu’il y a eu surprise.
Wolo tɛ konaya sa Enfanter n’empêche pas d’être privée d’enfants.
Makariko ye ! C’est un fait pitoyable.
Sen bɔ, sendon S’éloigner, c’est accuser,
Janfa jusiki C’est un commencement de trahison.
Jeli jatigi n’a jatɛkɛ Le bon hôte du griot et son ‘dupeur’
Tɛ kelen ye dɛ ! Ce n’est pas du tout la même chose.
N teri ni n tereke L’ami et l’enjôleur
Fɛnɛ tɛ kelen ye. (fana) Egalement sont différents/
Gwadalu mana wɔyɔ Quand les servantes se disputent,
Muku tɔ na bɔ. Les restes de farine (volés) apparaissent.
Ko tɛ den na ‘L’enfant n’a pas de mal’
O tɛ ba hɛnɛ dɛ ! cela ne rassure pas la mère.
Njaka, njaka Vraiment, vraiment
Mɔkɔ juku man ɲi. L’Homme mauvais n’est pas bon.
Jenni ye n juku ye ? Qui a vu mon ennemi ?
Mɔkɔ juku bɛ min ? Où est l’homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jenni ye Mɔkɔ juku lɔn ba ? Qui donc connaît l’Homme mauvais ?
Njaka ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn na. Vraiment on ne connaît pas l’Homme mauvais
  
  
Dɔnkili sabanan Chant troisième
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jen ye Mɔkɔ juku lɔn ba ? Qui connaît l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Njaka ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn ! Vraiment on ne connaît pas l’Homme mauvais.
Mɔkɔ juku wilira jukuya la. L’Homme mauvais résolut de mal agir
Mɔkɔ juku k’ale bɛna dɔlɔnin don. L’Homme mauvais dit qu’il va faire un peu de bière de mil
A tagara ba-tan-segiɲɔ kɛ ji rɔ Il alla mettre dans l’eau un panier de mil de 10.000 cauris
A d’a bila ka fɛden (feren, falen : germer) Il le laissa germer,
A d’a lawili, Il le prit,
A de ɲɔ felen lawili Il prit le mil germé,
A d’a yɛrɛkɛ tele la fɛrɛ-tɛ-tɛ. Il l’étendit au soleil largement,
A d’a susu koto-koto Il le pila ‘kotokoto’, (bruit du pilage)
A d’a tenten yɛkɛ-yɛkɛ Il le tamisa ‘yèkèyèkè’,
A d’a nɔɔni dru tutu-tutu Il le délaya dans l’eau ‘dru tutu-tutu’,
A d’a siki ta rɔ yɛkɛwu Il le mit sur le feu avec précaution.
A d’a wili fuyayi-fuyayi Il le fit bouillir ‘fouyay-fouyay’,
A d’a lamaka bukayi-bukayi Il le brassa (boukay-boujay),
A d’a sensen jiro-totototo Il le passa ‘jiro-toto-toto’,
Coro totototo (Il l’égoutta) ‘coro-toto-toto’
A d’a siki sere-tete-tete Il le laissa reposer tranquillement,
K’a jurunin ta k’a bil’a ju la bukanwu Il prit sa cordelette et la mit proprement au fond du liquide
Dɔlɔ wilira fuyayi-fuyayi Le ‘dolo’ fermenta ‘fouyay-fouyay’,
Ka n’a kanka la tototo (kanga da) Puis son écume se déposa doucement.
Mɔkɔ juku wilira k’a bɛ teri ɲini L’Homme mauvais alla chercher son ami.
ɲi kelen faga Tuer son unique ami,
ko gɛlen tɛ wɔ, Ce n’est pas difficile,
a filanan sɔrɔ En trouver ensuite un second,
ko gɛlɛn ye dɛ ! C’est très difficile !
Mɔkɔ juku bɛnda ni njɛbɛrɛnin ye (bɛnna) L’homme mauvais rencontra le Cancrelat.
N teri njɛbɛrɛnin lee ! Hé ! Ami Cancrelat !
Iyo ? Oui !
Ne na dɔlɔnin syɛnni don, J’ai préparé un peu de ‘dolo’
Ne t’a fɛ ka mɔkɔ kil’o ma (kili, wele) Je ne veux y inviter personne
F’e kelen pe, i bɛ na wa ? Si ce n’est toi seul, viendras-tu ?
Lon jenni don ? Quel jour sera-ce ?
Ani (anw) bɛ bɛn wojuma lon na Nous nous réunirons vendredi
Dɔlɔnin dɔ n’an fila bɔ. Ce peu de ‘dolo’ nous suffira pour nous deux.
N bɛ na han ! Je viendrai certainement.
Mɔkɔ juku wara ɲɛ fɛ. L’Homme mauvais s’en alla plus loin.
A bɛnda ni syɛnin di. Il rencontra le Poulet.
N teri syɛnin ye lee ! Hé ! mon ami Poulet !
Iyo ! Oui ?
Ne na ka dɔlɔnin don, a man siya J’ai préparé un peu de dolo, il n’y en a pas beaucoup
Ne t’a fɛ ka si si wele o la f’e kelen pe Je ne veux y inviter personne si ce n’est toi seul
I rɔja ka na. Tâche de venir.
Lon jenni don ? Quel jour est-ce ?
Ani (anw) n’a min wojuma lon Nous le boirons vendredi.
Dɔlɔnin ka dɔgɔ sa Le dolo est en bien petite quantité, il est vrai,
Nk’a n’an bɔ. Mais il nous suffira.
Wo don na diya ne ye (o dun na ...) Ce jour me convient
N bɛ na. Je viendrai.
Mɔkɔ juku tɛmɛnd’iko (ko kura) L’homme mauvais continua son chemin.
A bɛnda ni kolonkari di : Il rencontra le chat sauvage
N teri kolonkari lee ! Hé ! mon ami le chat sauvage
Iyo Oui ?
Ne na ka ɲɔnin kɛ ji rɔ, J’ai mis un peu de mil dans l’eau,
Ne nun (dun) t’a fɛ, e kelen pe kɔ, Or je veux que, toi seul excepté,
Mɔkɔ si k’o nɛkɛnɛkɛ Aucun homme ne le déguste.
N b’i del’i k’i rɔja Je t’en prie, tâche de venir
Ka na n dɛm’a la. M’aider à le boire
Dɔlɔnin ka dɔkɔn sa Mon dolo est en bien petite quantité
Nk’a n’an fila bɔ bɛdɛ (bɛrɛ) Mais il suffira largement pour nous deux.
Lon jenni ? Quel jour ?
Wojumalon sɔkuma. Vendredi matin
Tabarikala ! n na na ! Dieu soit béni ! Je viendrai
Mɔkɔ juku tɛmɛnda. L’Homme mauvais continua son chemin.
A ni dosokɔrɔ kunbɛnda teru Il rencontra bientôt le Gros Chien (nez à nez)
A ko : ‘N teri dosokɔrɔ lee ! Il dit :’ Mon ami le Gros Chien !’
Naamu ? Oui ?
N na dɔlɔnin don, J’ai fait un peu de ‘dolo’
A na bɛn wojuma lon sɔkɔmala ma. Il sera à point pour vendredi matin
N don t’a fɛ ka mɔkɔ wɛrɛ wel’e kɔ. Or je ne veux inviter personne autre que toi.
O bɛnni n m’a diyara n ye, Cela me va, ça me fait plaisir,
N na na. Je viendrai.
Dɔlɔnin n’an bɔ bi yo. Ce peu de dolo nous suffira bien.
Mɔkɔ juku brɔɔ ka tɛmɛ L’H. mauvais pressa le pas pour continuer sa route
A ni bolokalan kunbɛnda. Il rencontra la Panthère.
A k’o ma : ‘N teri fɔlɔkɔ lee ! Il lui dit :’ Hé ! mon ami Vacarme !’
Iye ! Oui !
N na ka dɔlɔnin don J’ai fait un peu de dolo,
N t’a fɛ fyɛwu mɔkɔ gwɛrɛ k’o nɛkɛnɛkɛ Je ne veux point qu’un autre le déguste
N’e kelen pe tɛ. Si ce n’est toi.
A mintɔ lon jenni ? Quel jour le boira-t-on ?
A ! N n’a ni dɔbɛn k’a siki wojuma lon kan . Je l’ai préparé pour l’offrir vendredi
Sɔkɔma ba ? Est-ce pour le matin ?
Ɔn hɔn, sɔkɔma jati. Oui, le matin précisément.
N na wa. J’irai.
Mɔkɔ juku tɛmɛni L’Homme mauvais étant allé plus loin,
A ni Jaturufin bɛnda. Rencontra l’Hyène noire.
A ko : ‘ N teri nama lee ! Il dit :’ Hé ! mon ami Nama !
Iye ! Oui ?
An bɛnko ɲara : ne na dɔlɔ don Notre rencontre tombe bien, j’ai fait préparer du dolo
Ne nun tɛ mɔkɔ si kil’o kama, (dun) Or je n’y invite personne
N’e kelen tɛ. A na bɛn wojuma ma. que toi seul. Il sera prêt pour vendredi.
I n’i rɔja ka n’o lon han ? Tu tâcheras de venir ce jour-là, hein ?
Uwi ! ne na to kɔ Oh oui, je n’y manquerai pas.
Mɔkɔ juku walen ɲɛ fɛ Mogojuku étant allé plus avant
A ni Jara d’a la ɲɔkɔn tɛkɛ tɛru Se trouva juste en face du Lion. (nez à nez)
A ko : ‘ N teri Jara lee ! Il dit :’ Hé, mon ami Lion !
Iyo ? Oui ?
N na ka dɔlɔ don, J’ai fait du dolo
N b’a fɛ e kelen kɛ na n dɛmɛ k’o min Je veux que toi seul viennes m’aider à le boire
I rɔja ka na, n fa. Tâche de venir, Compère.
Lon jenni ? Quel jour ?
Wojumalon kɛ ! Vendredi prochain.
N na n’o lon . Je viendrai ce jour-là.
Mɔkɔ juku bɔra yen L’Homme mauvais partit de là ;
A ni tutu dankalan kunbɛnda. Il rencontra la Vipère heurtante
N teri dankalan de ! ‘ Hé ! mon ami Dankalan !
Han ? Hein ?
I tɛ na wojuma lon ka n dɛmɛ Ne viendras-tu pas vendredi pour m’aider
Ka k’na dɔlɔnin min wa ? (na n ka ...) A boire ma petite provision de dolo ?
E kelen kɔ, ne tɛ mɔgɔ si wele A part toi seul, je n’invite personne.
Dɔlɔnin n’an bɔ. Mon peu de dolo nous suffira.
Ɔnhɔn, n na na. Entendu, je viendrai.
Mɔkɔ juku ni donsokɛ bɛnda. L’Homme mauvais rencontra le Chasseur.
A k’o ma :’Karamɔkɔ de ! » Il lui dit : ‘Hé ! Maître !’
Iyo ! Oui ?
Ne na dɔlɔnin don J’ai préparé un peu de dolo
K’a bɛn wojuma lon ma Pour qu’il soit à point vendredi
N b’i kelen pe kil’o ma. Je n’y invite que toi seul,
I bɛ na wa ? Est-ce que tu viendras ?
Ee yo, n bɛ na. Eh oui, je viendrai.
Wo kɔ, Mɔkɔ juku ni Nkɛɛrɛnin bɛnda. Ensuite, l’Homme mauvais rencontra le Grillon.
A ko : ‘ N teri Nkɛɛrɛ lee ! Il dit : ‘Hé, mon ami le Grillon !
Iyee ? Oui ?
Ne ne dɔlɔnin don. J’ai préparé un peu de dolo,
E kelen dunduguma y’o di, C’est chose réservée pour toi seul, (en cachette)
I bɛ na wojuma lon na wa ? Viendras-tu vendredi
An k’a min, an fila ? Pour que nous le buvions tous deux ?
N na nâ kɛ ! Assurément, je viendrai !
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Heiyo ! Mɔkɔ juku nakan ! Hélas ! Bruit de pas de l’Homme mauvais qui vient !
Mɔkɔ juku ! L’homme mauvais !
K’ale ye soma d’iko. Il se dit aussi féticheur (sacrificateur)
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Heiyo ! Mɔkɔ juku donkan ! Hélas ! bruit de l’Homme mauvais qui entre !
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
K’ale ye cɛnmasa di, Il se dit géomancien (maître du sable)
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Heiyo ! Mɔkɔ juku nalen, Hélas ! L’Homme mauvais est venu.
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
K’a ye doma d’iko. Se disant aussi sorcier (devin, magicien)
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Hawa ! Mɔkɔ juku ko ten : Eh oui ! L’Homme mauvais a dit cela.
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
K’a ye jina yela di Il a dit qu’il voit les génies.
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Aï ma Mɔkɔ juku ye ba ? N’avez-vous pas vu l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! Jenni ye Mɔkɔ juku lɔn ba ? L’Homme mauvais ! Qui donc connaît l’H. mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Njaka ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn na ! Non vraiment ! On ne connaît pas l’Homme mauvais.
  
  
Dɔnkili naaninan Chant quatrième
Mɔkɔ juku ! L'Homme mauvais !
Jenni ye Mɔkɔ juku lɔn ba ? Qui connaît l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Njaka ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn ! Vraiment ! on ne connaît pas l’Homme mauvais.
Wojumalon sɔkɔma, Le vendredi matin,
Mɔkɔ juku sorida poï ka wili (solila) L’Homme mauvais se leva de bonne heure,
A d’a ɲa lako Il se lava la figure,
K’a sen mako, Il se lava les pieds,
K’a bolo mako, Il se lava les mains,
K’ale ye mori di, k’i kun li (di) Se disant marabout (musulman). Il se fit raser la tête
K’ale tuubilen ye Se disant nouveau converti (à l’islam)
Ka sakawolonin ta Il prit une peau de mouton,
K’i sik’a ya lukɛnɛ m’a (ya / kan) S’assit dessus dans sa cour
Sibon da la k’i seli : Devant la porte de sa case, Et pria :
‘Al’ a fɔ k’i biri : ‘Ala dit de se vautrer, (parodie de la chahada)
Moso k’i la la la, i la’ Que la femme se couche là ... couche-toi’
K’a y’a kɔrɔsi labɔ : Il tira son chapelet (musulman)
‘cɛ ma n kɔrɔsi, ‘Si l’homme ne me prise pas, (estime)
moso na n kɔrɔsi, La femme me prisera ;
moso ma n’kɔrɔsi, Si la femme ne me prise pas
n yɛrɛ n kɔrɔsi.’ (jeu de mots sur kɔrɔsi) Moi-même je me priserai.
Njɛbɛrɛnin nara vɛyɛvɛyɛ Le Cancrelat arriva ‘wèyèwèyè’ (imitation de son vol)
A k’o ma : ‘N teri Mɔkɔ juku, i sɔkɔma ! Il lui dit : ‘Mon ami l’Homme mauvais, bonjour !’
Nba, i sɔkɔma ! Merci, bonjour !
Dɔlɔnin cogo di de ? Comment va l’affaire du dolo ?
Don so kɔn’i k’a rɔgwɛ (rɔjɛ) Entre dans la case pour le goûter.
Njɛbɛrɛ donda Le cancrelat entra.
A de koronin ta Il prit une petite louche
K’o tunu dɔlɔ rɔ La plongea dans la bière
K’o fa min La but bien pleine.
K’a fɔ : I ya dɔlɔ kɛ di kosɛbɛ ! Et dit : ‘ton dolo est excellent’.
A y’i kurundu (kuruntu) Il se retira (de côté) (en marchant)
K’i biri dɔlɔfaga jukɔrɔ ɲɛku ! Et se blottit tout près de la jarre de dolo.
Syɛnin nara Le Poulet arriva
A ko : ‘N teri Mɔkɔ juku, i sɔkɔma !’ Et dit :’ mon ami l’Homme mauvais, bonjour !’
Mandeman ! (expr. du Wasulu) Bonjour !
Dɔlɔko di bɔ ? Comment va l’affaire du dolo ?
A ! N fa, ne na n na dɔlɔnin dɔbɛn, Ah ! Compère, j’ai bien préparé mon dolo,
Njɛbɛrɛ nalen tɛ ba Le cancrelat n’est-il pas venu
K’i da juku tur’o dɔ ? (turu o rɔ) Y plonger sa mauvaise gueule
F’i man’ a da tɔnin dɔgwɛ sa kɛ ! De sorte que tu boiras maintenant ses restes ?
Han ! Njɛbɛrɛnin bolo ! Quoi ? De la part du cancrelat !
Njak’a dɔlɔko dô na diya bi yo ! Eh bien, cette affaire de dolo tournera bien,
A bɛ minni ? Où est-il ?
A bugulen tɛ faga ju fɛ yen ? N’est-il pas blotti là sous la jarre ?
Syɛ donda Le poulet entra,
Njɛbɛrɛ yel’a f’a di kan to : A la vue du cancrelat, il s’écria :
‘Ah ! Njɛbɛr’i d’i gwalo ye !’ Ah ! Cancrelat, malheur à toi !
a y’a sogin k’a fɛrɛfɛrɛ (firifiri) Il le becqueta, l’étourdit
k’a lakunu paki ! Et l’avala d’un seul coup .
syɛ dɛ koro fa k’o min Le poulet remplit la calebasse, la but
k’i bugun myɛ faɲan jukɔrɔ Et s’accroupit doucement près de la jarre.
Mɔkɔ tɛ syɛ c’a taman dɔ k’a ɲa kɛ hakɛ to. On ne peut donner un soufflet au poulet et demander pardon à son oeil....
Kolonkari nada (nana) Le Chat sauvage arriva
A ko : ‘ N teri Mɔkɔ juku lee, Il dit : ‘Eh ! mon ami l’Homme mauvais,
Keni hɛrɛ sira ? As-tu passé une bonne nuit ?
Mɔkɔ juku ko : ‘Hɛrɛ.’ L’Homme mauvais répondit : ‘Excellente !’
Dɔlɔninko cogo di dun ? Et où en est l’affaire du dolo ?
Ah ! n fa ! Ah ! Compère !
Syɛ sorilen tɛ ka n’a da juku turu Le poulet ne s’est-il pas levé de bon matin pour plonger son vilain bec
N na dɔlɔ dɔbɛn’n koɲuman d’e ɲɛ ba avant toi dans mon dolo bien apprêté
K’o kɛ fisa e da ma ? Disant que c'est trop bon pour ta bouche
Ehe ! njaka ! a dɔlɔko na diya ! Hé hé ! cette affaire de dolo tournera bien.
Syɛi bɛɛ y’a jam’a rɔ ! Les poulets même s’en mêlent !
A ye minni bi ? Où est-il ?
‘A bukulentɔ di bokuyo Il est orgueilleusement blotti
Faɲan jufɛla dɔ yen.’ Là-bas tout près de la jarre.
Kolonkari donda, Le Chat sauvage entra
Sufɛ wɔlɔlɔ (Habile à s’esquiver la nuit
Tilefɛ mɔlɔsi à se dissimuler le jour)
A d’i dɛrɛ syɛ kan gwaraw il se jeta sur le poulet et le saisit :
Kaarɔ ! kaarɔ ! N k’a rɔ ! N ye n k’a rɔ !’ (cri de la p.) ‘Mensonge, Mensonge, je le nie, je le nie !’ (imitation)
Wo d’o kan kɛri gwaraw Le Chat sauvage lui brisa la nuque
K’o ɲimi fɔlɔmannin et le dévora tout d’abord.
A dɛ koro fa dɔlɔ dɔ k’o l’i kan Puis, il remplit la calebasse, la vida
K’i buku faɲan ju fɛ mɔku ! Et se blottit tranquillement près de la jarre.
Dosokɔrɔ y’o nɔ kan ka na. Le gros chien le suivit de près et arriva
Bi kɛ jan, sini kɛ jan (bis) Tard aujourd’hui, demain trop tard (bis)
ɲaa ɲaa ! ɲaa ɲaa ! Gnaa-gnaa, gnaa-gnaa ! (imitiation du trot du chien)
dosokɛkɔrɔ ko : Le gros Chien dit :
N teri Mɔkɔ juku, i sɔkɔma ‘Mon ami l’Homme mauvais, bonjour !
Marahaba, n teri ! Sois le bienvenu, mon ami !
Dɔlɔko di ? Comment va l’affaire du dolo ?
Ah ! N fa ! Ah ! Compère,
kolonkari nalen t’a da juku turu a dɔ ba ? Le chat sauvage n’est-il pas venu y plonger sa vilaine gueule
k’o rɔtiɲ’e ma ? et le souiller pour toi ?
awa ! kolonkari bolo ? Ah ! Ah ! de la part du chat sauvage ?
Ɲadonnaba ! A ye minni bɔ ? Quelle insolence ! Où est-il donc ?
A birilen tɛ faɲan jukɔrɔ N’est-il pas accroupi près de la jarre
Yen bi gwɔkisɔ ? Là-bas avec sa mine piteuse !
Wulu donda bon kɔnɔ Le chien entra dans la case
K’i bi ka kolonkari birilen sɔrɔ Trouva le chat sauvage accroupi
K’i j’o kan, k’o kan kɛri warawu ! Se jeta sur lui, lui brisa le cou net !
K’o ɲimi-ɲimi kɔrɔ ! Et le dévora aussitôt.
A dɛ koro ta k’o fa dɔlɔ rɔ, Puis il prit la calebasse, la remplit de dolo,
K’o min k’i kan to : La vida et s’écria :
‘ N teri Mɔkɔ juku, dɔlɔ don kɛ di ! ‘Mon ami l’Homme mauvais, ton dolo est excellent !
wulu d’i yɛlɛma k’i la yen. le Chien fit demi-tour et se coucha là.
Ɲɔnkerin srusru ka na la Panthère vint en bondissant.
A ko : ‘N teri Mɔkɔ juku, i sɔkɔma ! Elle dit :’ Mon ami l’Homme mauvais, bonjour !’
Nba, i sɔkɔma ! Merci, Bonjour !
N nalen dɔlɔko rɔgwɛ la. Je viens voir l’affaire du dolo.
N teri bolokalan Mon ami ‘Bolokalan’ (patte tachetée)
Wulu na ɲadonnaba k’e la : Le chien t’a fait une grave insolence.
Wulu nal’a da juku Le chien est venu plonger son sale museau
Turu d’o dɔlɔ duman dɔ n’e ma na. Dans mon délicieux dolo avant que tu n’arrives.
A ye yila jenni ? (wula, yɔrɔ) En quel endroit se trouve-t-il ?
A y’o di so kɔnɔ. Le voilà dans la case.
Fɔlɔkɔ d’i pan prɔɔ ! La panthère bondit lestement
Kur’i sonsoron Retomba et se ramassa (pour sauter)
Bondakun da kan Sur le seuil de la case,
Ka wulu ye, Elle vit le chien,
K’i ton wo kan gworo ! Se jeta sur lui d’un bond,
K’o rɔfara fɛsɛfɛsɛ. Et le mit en pièces complètement.
A dɛ koro ta Elle prit la calebasse
K’o fa dɔlɔ rɔ, k’o min La remplit de dolo et la vida.
Warakalan y’i la so kɔn’iko Le fauve tacheté se coucha lui aussi dans la case
K’a ɲa wusu iko sikilolo fila (wusu/boso) Et braqua ses yeux brillants comme 2 étoiles du matin
Cu-cu ! cu ! nama nara Tiou-tiou-tiou ! l’Hyène arriva.
Ka foli kɛ k’i siki. Salua et s’assit.
Kunkotiki nara, (kungo) Le maître de la brousse arriva (le Lion)
Dankalan nara, nkɛɛrɛnin nara ; La Vipère heurtante arriva, le Grillon arriva.
Woï bɛɛ ɲɔkɔn kɔ. Tous se suivant de près.
U bɛɛ dɛ Mɔkɔ juku fo. Tous saluèrent l’Homme mauvais.
Mɔkɔ juku d’u lamina, L’Homme mauvais répondit à leurs salutations
A k’u ma : Et leur dit :
‘Bisimilayi ! Bisimilayi ! Bisimilayi ! Bisimilayi !
N teriɲɔkɔnlu Mes amis, vous arrivez à propos
Aï bɛnd’aï sen ma : dɔlɔnin n’aï bɔ.’ Il y aura assez de dolo pour vous tous.
U bɛɛ d’i siki. Tous s’assirent (autour de la jarre)
Nkɛɛrɛnin d’i kan to : Le Grillon prit la parole :
‘Eh ! Mɔkɔlu ! ‘Hé, Messieurs,
A dɔlɔmin dɔ jɔrɛ ne la ; Ce dolo que nous allons boire me donne des appréhensions.
an kɛ k’an fabeli (fabali) Tandis que nous ne sommes pas (encore) pleins
an bɛɛ k’an tana fɔ ɲɔkɔn ye, Que chacun de nous dise aux autres son tana (ce qu’il ne peut supporter)
fɔ kɛlɛ kana b’a rɔ dɛ ! pour éviter toute querelle.
Tɔï d’o min’o da la : Les autres le prirent au mot.
E fɔlɔ k’i tana fɔ !’ Toi le premier, dis ton ‘tana’.
Nkɛrɛnin ko : Le grillon dit
‘Ne tana tɛ foyi foyi di, Rien ne m’est plus offensant
jɔ n’dɔ kɔ Que le manque de respect :
n kɛ dɔgɔ bɛdɛ haali (bɛrɛ) Je suis bien petit
nka si kana jɔ n dɔ kɔyi : Mais que personne ne me manque de respect
bonya kɛ di fɛndɔgɔn dɔ.’ Les petits aiment les honneurs.’
Namakɔrɔ ko : L’Hyène dit :
‘Ne ɲakisɛ fila le kɛ gwɛlɛn n ma, ‘Je tiens fort à mes deux yeux,
N na yelikɛfirinan fil’oï di su fɛ : ce sont mes deux lampes pour y voir clair de nuit.
Buguri kana k’oï rɔ !’ Qu’on y jette pas un grain de poussière !’
Bolokalan ko : La Panthère dit :
N ko : n bɛ na yan tuma min, ‘Et moi au moment de venir ici
Ne walen n biranmoso ya birifinikalan sing’a la Je suis allé chez ma belle-mère lui emprunter sa couverture à carreaux,
Mɔkɔ si kan’o nɔgɔ fyewu, que personne ne la salisse.
N tana bɛ o di.’ C’est cela qui me déplairait par dessus tout.’
Tutu Dankalan ko : La Vipère heurtante dit :
‘Fɛn min bɛ gwɛlɛn ne ma, Ce à quoi je tiens le plus,
O n biranmoso ya konnɛgɛnin di C’est cette clef de ma belle-mère.
(Fɛn jenni gwɛr’a ku kɔ) (Ce n’est autre chose que sa queue)
o n’o kɛrifa n ma Elle me l’a confiée
ko n k’a mara kosɛbɛ : En me recommandant de la garder avec grand soin.
Mɔkɔ kana mak’o la dɛ !’ (maga) Que personne n’y touche !’
Jara k’o banni (bannen) Quand elle eut fini de parler, le Lion dit :
Cɛmɔkɔba tana man siya : Peu de choses sont contraires à un Seigneur,
Mɔkɔ kin’i ɲa wusu n ɲa rɔ !’ Qu’on ne braque pas ses yeux sur les miens !’
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Aï tɛ Mɔkɔ juku lɔn ba ? Mɔkɔ juku ! Ne connaissez-vous pas l’H. mauvais ?
Njaka ! Mɔkɔjuku tɛ lɔn na. L’H. mauvais ! on ne connaît pas l’H. mauvais
Jenni ye Mɔkɔ juku lɔn ba ? L’ H. mauvais ! Qui donc connaît l’H. mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Njaka, mɔkɔ juku tɛ lɔn na ! Vraiment, on ne connaît pas l’Homme mauvais
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Aï tɛ mɔkɔ juku lù‹n ba ? Ne connaissez-vous pas l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Awa ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn na ! Allons ! on ne connaît pas l’Homme mauvais !
  
  
Dɔnkili lolunan Chant cinquième
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Jenni ye mɔkɔ juku lɔn ba ? Qui donc connaît l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Njaka ! Mɔkɔ juku tɛ lɔn : Vraiment on ne connaît pas l’Homme mauvais
Mɔkɔ juku bɛ ko latɛgɛ L’homme mauvais trame le mal,
K’a sen ko Puis il se lave les pieds,
K’a bolo ko Il se lave les mains
K’i b’a rɔ pewu ! (k’i bɔ a rɔ) Et s’en déclare tout à fait innocent (il s’en retire ...)
‘He, he Jara ko ten Allons ! dit le Lion
Jaturufin ma A la noire Hyène
Dɔlɔ tɛgɛ, an k’an min k’an fa. ‘Sers le dolo, et buvons copieusement
An fɛn juku dama don !’ Nous sommes tous des gens fameux !’
Suluku dɛ koro ta l’hyène prit la calebasse,
K’o fa k’o l’i kan, (d’i ) la remplit et se l’attribua, (donna)
K’a fa k’o di nkɛɛrɛ ma la remplit et la donna au grillon,
K’a fa k’o l’i kun la remplit et se l’attribua,
K’a fa k’o di nkɛɛrɛ ma la remplit et la donna au grillon :
‘ I ma bonya ni di.’ (en disant) ‘Ça c’est ta part d’honneur.’
Bolokalan ko : La Panthère dit :
‘Aï ya dɔlɔ tɛkɛ ni kiya di ? Quelle est cette façon de servir le dolo ?
A fɔ : nkɛɛrɛnin kɛ fisa an tɔï di ? Dis-donc, le grillon vaut-il mieux que nous tous ?
Minni kolandiya ni di tan ?’ D’où vient cette préférence ?
Nkɛɛrɛnin ko : Le Grillon dit :
Hn ! Bolokalan, ‘Assez, patte tachetée !
I ye n dɔkɔya ! tu me manques de respect !
N d’a fɔ dɛ ...’ J’ai pourtant déclaré ...’
Nkɛɛrɛnin fununda, Le Grillon se fâcha,
K’i furuku Il s’indigna ;
A diminda ! Il se mit en colère !
Ah ! Fɛnnincinin kanbafɔ ! Ah ! petit être à la voix puissante !
Nkɛrɛ m’a fa y’a m’a ba ye, Le Grillon n’a pas vu son père ni sa mère
A dun b’a fa kan fɔ Et pourtant il parle la langue de son père
K’a ba kan fɔ Il parle la langue de sa mère !
Tele rɔ dugutunu Le jour, il disparaît sous terre,
Su rɔ wɔyɔ ko ! La nuit, il pousse des cris perçants !...
A bera duku sen na, Il se mit à creuser le sol
K’a b’i tunu duku jukɔrɔ Pour disparaître sous terre :
Ko dɔkɔya maloya tɛ kun C’est que la honte d’un affront est insupportable
Ale ma banko kan. Pour lui sur terre ;
A b’a yɛrɛ latunu dɛ, Il va bientôt disparaître, (il s’enfouit)
A ye fukuri tan tan Il soulève la poussière,
A ya damansensoli fila bɛɛ la, Avec ses deux pioches de mineur,
K’a seri kɔ fɛ : toï toï Et la rejette derrière lui : toï toï !
O buguri dɔ kɛra namakɔrɔ ɲa rɔ. Un peu de cette poussière tomba dans l’oeil de l’hyène
Nama ko : L’Hyène dit :
‘Eh ! Eh n tana bada tiɲɛ !’ ‘Eh, eh ! mon totem vient d’être enfreint !
Nama d’i gwan prɔɔ l’Hyène bondit proo !
K’a b’i drɛ nkɛɛrɛ kan, pour se saisir du grillon.
nkɛɛrɛ d’i seri, Le grillon sauta de côté
k’i nɔrɔ warakalan na. Et s’accrocha au fauve tacheté.
jaturufin , cu-cu nama, La noire hyène tyu-tyu Nama,
cɛ jitɔ, cɛ kesɛ Etre peureux, être courageux !
suluku man’a bil’a la Quand l’hyène se met à hurler (s’y met)
dukutaka fɛ Vers le milieu de la nuit,
dɔï ko : « cɛbakɔrɔ kan ye !’ Les uns disent :’c’est la voix du fameux !’
dɔï ko : ‘bamoso kan ye !’ D’autres disent :’c’est la voix de la m̀ère-chèvre !’
mɔkɔ si ma i bolo don a jukɔrɔ Personne ne va lui mettre la main sous le derrière
K’a cɛya n’a musoya lɔn ! Pour s’assurer de son sexe !
Nama y’i drɛ Nkɛɛrɛ kan L’Hyène se jeta sur le grillon,
K’o dɔfɛdenkɛ. Et le mit en pièces
Bolokalan ya feni ɲekin kan Sur l’habit à carreaux de la Panthère
K’o ji k’o la. Et y répandit son sang blanc.
Warakalan ko ! La Fauve tacheté dit :
Ɲaari ! N tana tiɲara ! Gnaari ! ‘Malheur ! mon totem est enfreint !
Cɛ ɲakuna diminda, Le mâle cruel s’irrita
Kungwɛrɛn li fununda, Celui qui rase à sec se fâcha,
Ɲagwɛrɛn ci furukuda, Celui qui crève les yeux sains se courrouça,
A d’i gwan ka Jatru mina Il bondit, saisit l’hyène
K’o kɔnɔ far’a sɔrin na fwan ! Et l’éventra de ses griffes ‘fwan !’
Nama wad’i la L’hyène alla se coucher.
A banni kɛl’o la Après l’avoir tuée, (couchée)
Ɲɔri d’i ɲɛ muru Jara la, La panthère tourna son regard vers le lion
K’i ɲa wus’o rɔ, k’i kan to : Fixa les yeux sur lui et dit :
‘Kɔrɔ Jara, ‘Seigneur Lion,
E kɛ ni ɲadonna dɔgwɛ beni !’ voyez donc cet affront !’
Jara ko : Le Lion dit :
‘hn ! I mana n tana tiɲɛ ! n n’a fɔ ko n tana Eh ! tu violes ma défense ! J’ai dit que ce qui m’offense
Ɲawolo n dɔ ye de ?’ C’est de braquer son regard sur moi !’
Jaraba furukuda, Le grand lion se courrouça,
Koloba kɛri Jara, Le lion briseur de grands os,
Wula dɔ cɛferin, L’intrépide dans la brousse.
Sudan ko kelen Qui d’un bond atteint sa proie,
So kɔnɔ cɛferin Mâle intrépide dans le village,
Cɛkuru de jɛnsɛn mansa Le roi qui disperse des troupes de braves,
Kɔba la korondo, Celui qui rugit au bord des rivières
ni ba la korondo Celui qui rugit sur la rive des fleuves.
Jeli kɛndɛ min faama, Le prince qui boit le sang chaud,
Kunnɛ rɔ forontobaga, Qui hume les cervelles
Ka nogokɛndɛ kɛ Qui prend des intestins tout chauds
Jalamuku ye Et s’en fait un turban,
Jaraden sal’a tɛ binkɛndɛ dun na. Le lionceau meurt, plutôt que de manger de l’herbe.
Sotiki, kungotiki Maître au logis, maître dans la brousse.
Brrru ! u vruu vruu ! Brouu ! vrouu ! vrouu !
Fɔlɔkɔ d’i koro iko ntɛbɛnjaran La panthère s’aplatit comme une carpe séchée.
Jara d’o kan kɛri warawu ! Le Lion lui brisa la nuque, warawu !
K’o jeli kalanman min Et but son sang tout chaud
Tutu ni Jara La Vipère heurtante et le Lion
Bira dɔlɔmin na ko kura. Recommencèrent à boire le dolo.
Donsokɛ nara Le chasseur arriva.
A dɛ Mɔkɔ juku fo : Il salua l’Homme mauvais :
N teri Mɔkɔ juku, i sɔkɔma ! ‘Mon ami l’Homme mauvais, bonjour !
Nba, i sɔkɔma, karamɔkɔ. Merci, bonjour, maître !
E ma na joona dɛ ! Tu n’es pas venu de bonne heure !
Dɔlɔnin tɛrɛ na ban e kɔ sa dɛ ! On allait finir le dolo sans toi !’
Don so kɔnɔ, u y’a kan.’ Entre dans la maison, on est en train de boire.’
Donsokɛ donda, Le chasseur entra,
K’i siki da kɛrɛ fɛ. Et s’assit près de la porte.
Kɔrɔ Jara k’a ma : Le Seigneur Lion lui dit :
‘Karamɔkɔ, i tana mini di ?’ ‘Maître ! Quel est ton ‘contraire’ ?
Donsokɛ ko : Le Chasseur dit :
‘Ne tana o tana tɛ Je n’ai pas d’autre ‘tana’
Fɔ dɔgwɛdenni.’ Que l’acculement.’
Jara ko : Le Lion dit :
‘Wa ! dɔlɔ tɛk’an k’a min.’ ‘Bon ! Sers le dolo que nous le buvions.’
Donsokɛ dɛ koro fa Le Chasseur prit la calebasse
Dɔlɔ rɔ k’o min, De dolo et le but,
K’a tɛkɛ k’a di Jara ma, Il puisa du dolo et le donna au Lion,
K’a tunu k’a di Il plongea la calebasse et la donna
Dankalan ma, A la Vipère heurtante
Ka kuru k’a fa Il la remplit de nouveau
K’o l’i kun. Et se l’attribua (se la versa)
A ko : ‘Ah sia ! Il dit : ‘Ah ça !
Mɔkɔjuku ya dɔlɔnin kɛ di !’ Le dolo de l’Homme mauvais est délicieux !’
A y’a fa k’o min, Il remplit la calebasse et but,
K’i ɲa wolowolo Jara dɔ. Puis il regarda fixement le Lion.
Jara ko : Le Lion dit :
‘Nhun ! I ye n tana tiɲɛ !’ ‘ Nhun ! tu as violé ma défense !’
o d’i pan k’i sonsoro Il bondit, s’accroupit
bondakun da kan, sur le seuil de la porte,
ka korondo rugit,
ka songo poussa des cris,
ka korondo rugit,
ka wurundu. gronda furieusement.
Donsokɛ ko : Le Chasseur dit :
‘Karamɔkɔ, hakɛ to : ‘Maître, pardonne-moi,
n tun t’i tana lɔn, J’ignorais ce qui te déplaît,
an kana kɛlɛ han ! N b’i solon.’ Ne nous battons pas, hein ! Je t’en prie !’
Jara m’o mɛn. Le Lion ne l’exauça pas.
Sanene ni Kɔntrɔn Sanene ni Kontoron,
Sinbon ni Tabon Ŋunefran, Sinbon et Nwunefran de Tabon
Minnɔgɔ rɔmina, Lui qui supporte la soif,
Ni kɔngɔ rɔmina, Qui supporte la faim,
Tankun bili kɛlɛbaga Lui qui attaque le tankon mâle,
Sikidan tora kungo ; Qui abat le buffle dans la brousse,
Sensen kuru kɛlɛbaga Qui combat les troupeaux de ‘sensen’
Sɔn kuru kɛlɛbaga Qui disperse les troupeaux de ‘son’
Kɛsɛ fentren fili Lui, le tireur adroit,
Jara m’a mɛn ! Le Lion ne l’écouta point
Solon ma mɛn ! Sa prière ne fut pas exaucée !
So kɔnɔla dɔ yen, Dans la case là-bas.
Yiri fan kelen sa dɔ lɔlen, Une bûche à moitié sèche est debout (fusil)
O lɔlen k’i den dɛnɛ la Elle est debout appuyée contre le mur,
Njaka ! Njaka ! Njaka ! Eh oui ! Eh oui ! Eh oui !
Jara tɛ sabari la ! Le Lion ne s’apaisa pas !
A fora k’a la donsoba kan, Il (bondit) pour se jeter sur le chasseur,
K’i kɔ kuru Recula un peu,
Ka fo a kan, k’a la a kan, Sauta encore pour se jeter sur lui,
K’i mabɔ, S’éloigna un peu,
K’i da biri duku la Mit sa gueule contre le sol,
Ka korondo. Et rugit avec fureur.
Sanene gwɛrɛnd’a dɔsilanda ! Sanene fut acculé, il fut effrayé
Cɛ dɔgwɛnni koɲuman kɛ tɛ Le preux acculé ne fait pas le bien (il est terrible)
Cɛba dɔsilanni bɔdaɲuman tɛ ! Le brave effrayé n’a pas de bonne issue
Kɔntrɔn d’a bolo lase Kontoron porte la main
Mosoba juba ma. Sur la dame au large derrière (le fusil)
Jara k’i solon to Que le Lion dédaigne sa prière,
Kɔntrɔn tɛ kɛ. Kontoron ne le supporte pas.
Cɛba dɔgwɛdenni D’un grand homme acculé
Dabari kɛ juku ! Les procédés sont terribles !
Kala lɔ ko saba, Trois fois il lève la crosse,
Jara tɛ to. Le Lion ne pardonne pas.
Donsokɛ d’i toɲo Le Chasseur épaula
K’a lad’a ma Et le visa
Kidun ! ... Kidun ! (pan !)
Kɛsɛ d’a rɔsan La balle le transperça
K’a t’a kun na Elle pénétra dans la tête
Kur’a b’a kɔkɔ rɔ/ Et alla sortir par la poitrine.
Jara y’i yɛlɛma fulaï. Lion tomba à la renverse –Foulaï !
Kɔntɔrɔn d’i kɔlɔbɔkalaba Kontoron se précipita
K’a b’a tɔ lase. Pour l’achever.
Muru ye minni ? ‘Où est mon couteau ?
Takaran, i bɛ min ? Hache, où es-tu ?’
Njaka ! Tutu lalen Hélas, la Vipère était couchée
K’i rɔsama fɔlɔlɔlɔ Etendue de tout son long,
Donsokɛ nar’i sen l’o ku kan Le chasseur vint à lui mettre le pied sur la queue.
Ah ! Gwalo ! Ah ! Malheur !
Ko min fila tɛ k’o ye ! C’est une chose qu’on ne fait pas deux fois !
Dankaran d’a k’a kan puyin ! (kɛ) La Vipère se jeta sur lui :’Pouin (et le mordit)
Donsokɛ dɛ muru bɔ Le Chasseur tira son couteau
K’o laji fraaa ! et lui déchira le ventre
K’a t’a ku ma f’a kun na gwɛ ! depuis la queue jusqu’à la tête ‘gwè ‘ !
Donsokɛ d’i l’u da fɛ Le Chasseur se coucha près des autres (victimes)
K’i rɔsama. Et s’étendit.
Dɔlɔfɛrin ni sabaga tɛ kun na. Le dolo fort et le venin de serpent sont incompatibles,
Olu saba nikun bɔda ɲɔkɔn fɛ. Tous les trois expirèrent ensemble.
Donsokɛ sara, Le chasseur est mort
Kônba war’i la. Le héros est allé se coucher
Tutu sara, La Vipère est morte,
Dankaran lara, Elle s’est couchée.
Jara bera, Le Lion est tombé,
Kunba cira, La puissante tête est cassée.
Fɔlɔkɔ sara, La Panthère est morte,
Warakalan war’i la. Le fauve tacheté est allé se coucher.
Namakɔrɔ beda, (bira) L’Hyène est tombée,
Jaturu wada, Elle s’en est allée.
Nkɛɛrɛnin banda. Le Grillon a cessé de vivre.
Wulu bɔnɔra. Le Chien a péri.
Kolonkɛdi ɲiminda L’Ocelot a été dévoré.
Sisɛ sara. Le Poulet est mort.
Njɛbɛrɛnin war’i la. Le Cancrelat est allé se coucher.
Mɔkɔ juku ya dɔlɔ ma ban min na ! Et le dolo de l’homme mauvais n’a pas été entièrement bu.
Segi kelen dɔlɔ, ma ban min na ! Le dolo fait avec un panier de mil, on n’a pas fini de le boire,
Ba kelen dɔlɔ Le dolo valant mille cauris,
Dɔlɔ ma ban ! ce dolo n’a pas été fini.
K’an kɛ sumu ! Faisons la veillée !
Sumu tɛ lakira. Il n’y a pas de veillée dans l’au-delà !
Lakira dingɛ L’abîme de l’autre monde.
Dingɛ ma fa. Cet abîme n’est pas rempli.
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Ah ! N ko : mɔkɔ juku tɛ sɔn ! Ah ! Je vous le dis, l’Homme mauvais est impitoyable !
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Njaka ! Mɔkɔ juku tɛ kɛ ! Certes ! L’Homme mauvais n’est pas bon !
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Njaka ! mɔkɔ juku tɛ lɔn ! Vraiment on ne connaît pas l’Homme mauvais.
Mɔkɔ juku ! L’Homme mauvais !
Aï ma mɔkɔ juku ye ba ? Avez-vous vu l’Homme mauvais ?
Mɔkɔ juku L’Homme mauvais !
Awa ! mɔkɔ juku tɛ lɔn ! Allons, on ne connaît pas l’Homme mauvais !
Fin Fin