Religion traditionnelle bambara

La religion traditionnelle chez les bambara comprend particulièrement des sacrifices s'adressant directement à Dieu (saraka), aux ancêtres (suson) et aux fétiches (bolison).

Causerie sur la religion traditionnelle (extraits)

 

Session de Sebeninkɔrɔ du mardi 13 au 17 juillet 2004

deux communications le mardi 13 et le mercredi 14

faites aux séminaristes maliens et guinéens

du Grand séminaire de Samaya

Objectif : mieux apprécier la Religion traditionnelle

(aspect théologique et sociologique)

 

Animateur choisi : P. Charles Bailleul dit Baabilen Kulubali, 77 ans dont 39 au Mali

 

Raisons probables du choix :

 

1/ Il a travaillé 26 ans dans une région bambara, encore en grande majorité de religion traditionnelle : le Bèlèdugu. soit 20 ans à Falajɛ et 6 ans à Kɔlɔkani.

 

2/ De par sa formation linguistique, il s’est intéressé beaucoup à la langue et à travers elle, à la culture bambara : vous pouvez le deviner à partir des livres publiés sous son nom : non seulement un Cours pratique de bambara et deux dictionnaires bilingues, mais aussi quelques jolis contes illustrés, intéressants pour les catéchèses, les classes de morale ou les homélies, avec comme thèmes choisis : la gratitude, l’amitié, il ne faut pas écouter les menteurs, la mort, le mariage ; enfin un livre de + ou - 4400 proverbes devrait paraître d’ici la fin de l’année, contenant quelques références bibliques.

 

- S’est-il intéressé à la religion traditionnelle ? Bien sûr, quel missionnaire ne s’y intéresserait pas ? L’exemple et les exhortations de l’apôtre Paul font partie de notre formation de base sans parler des encycliques missionnaires : quelques textes ont toujours trottiné dans sa tête qui invitaient à un regard positif et à une méthode d’approche :

Ph 4,8 Au reste, frères, portez votre attention sur tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, de bon dans la vertu et la louange humaine.

Rappelez-vous : Philippes était une ville de colons romains, des mercenaires à la retraite venant d’un peu partout dans le monde.

Ac 17, 22 Athéniens, je constate que vous êtes des hommes très religieux à tous points de vue ... en effet, tandis que je parcourais votre ville et regardais les monuments qui servent à vos cultes j’ai trouvé même un autel sur lequel il est écrit : ‘à un dieu inconnu’

Paul part de ce que les gens connaissent ou vivent pour annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ. .ce Jésus venu parfaire ce qu’ils vivent déjà de bon, et leur révéler un mystère libérateur auquel ils n’osaient espérer.

Bon, direz-vous, Baabilen s’est intéressé au problème, mais pourquoi n’a-t-il rien publié de spécifique concernant la religion traditionnelle ?

Il y a pas mal de raisons :

1/ d’abord, il n’est spécialiste ni en théologie, ni en sociologie. Il est beaucoup plus à l’aise pour décortiquer une langue ou comparer des langues voisines.

2/ Ensuite, dans une ambiance aussi traditionnelle, où tout ce qui a trait aux grands fétiches est réservé aux initiés, faire paraître quoi que ce soit, c’est violer la loi du secret ... avec ses risques : poison ? (Ex : Rencontre du fétiche kɔmɔjan à K... aux alentours de Kɔlɔkani . Mon arrivée en petite voiture à la tombée de la nuit coincide avec la procession des affiliés autour du village ... Stop ! Je fais de l'intérieur de la voiture le signe de reconnaissance. Tout s'apaise d'autant plus que le chef de la société n'est autre que le grand chef de la famille où je loge d'ordinaire. ... Une petite heure après, pendant que nous prenions tranquillement notre repas, deux grands jeunes gens reviennent du bois sacré où ils ont bu de bonnes rasades de bière de mil. Ils bavardent, plaisantent, et l'un deux sort de sa poche une tabatière pleine de poudre en me disant : heureusement que tu as fait le signe, sinon, le porteur du poison, c'était moi.) Cette peur de la puissance du fétiche est grande . (Ex : du texte dactylographié sur le fétiche 'Nama' laissé sur ma table et lu par un catéchiste. L'ayant lu, il me dit : tu révèles sur papier ce qu'est le Nama et me laisse le lire, moi qui ne suis pas initié à ce fétiche ! ). Quoi qu'il en soit, même si vos amis fétichistes acceptent de vous montrer quelque chose, ils attendent de vous que vous respectiez la confiance qu’ils vous ont faite.

3/ Les années de sécheresse ont détourné pas mal de son temps vers d’autres préoccupations : multiplier des semences de cycle plus court permettant de remplir les greniers même si les pluies d’hivernage passaient de 1000mm à 800, 700 ou même 650mm. Jésus n’a-t-il pas dit aux apôtres : donnez-leur à manger. ?

4/ Sa documentation est assez limitée. Elle consiste en de petites interviews enregistrées et transcrites telles quelles dans l’orthographe officielle bambara, ou quelques réflexions sur la société patriarchale.

Comme dit un proverbe bambara :

Si tu vois un poisson dire le prix d’une calebasse de miel, c’est qu’il l’a entendu de la bouche des gens qui passent sur le pont. Ou encore : Quand on est étranger dans un pays, mieux vaut interroger son hôte .

Les meilleures informations viennent, bien sûr, des bambaras eux-mêmes, en particulier de ceux qui vous accordent progressivement leur amitié : les vieux catéchistes, les catéchumènes, les jeunes que vous avez aimablement accueillis ...

Même pendant les 17 ans d’enseignement de la langue bambara, donner des cours magistraux sur la religion traditionnelle n’a pas été mon souci premier, en partant du principe suivant : à quoi cela sert-il sur le plan pastoral et catéchétique de faire de belles synthèses en français sur le sujet si vous n’avez pas les mots pour en parler dans la langue des gens ? Mieux vaut travailler des textes bambaras qui en parlent et maîtriser au mieux des expressions qui seront reconnues d’emblée par vos auditeurs et capteront leur attention.

Pour ce qui est de la langue, vous, vous n’avez pas notre problème, vous retenez aussitôt ce que vous entendez et le comprenez d’emblée, c’est votre chance, encore faut-il être à l’écoute.

Limites du choix :

a) Baabilen est malentendant, manière polie de dire : ‘affligé de surdité’

(Mgr Julien Mori Sidibe m’appelait fraternellement ‘tulogerenba’). Il y a paraît-il, des échanges prévus après les exposés. Comme vous êtes des gens organisés, il vous faudra, au minimum trouver un bon griot, ou un bon forgeron, et peut être mettre par écrit les questions posées ...

b) Demande adressée en plein boom ! (Livre sur les Proverbes, réimpression du dictionnaire fr-bam, du Cours pratique) risque d’être appelé pour corriger l’AT en bambara... Impossible de stopper tous ces travaux ...

Pourquoi ce long préambule ? Pour vous prévenir de ce qui vous attend durant mes petites interventions : ce ne sera pas un vrai cours mais une sorte de témoignage des circonstances qui m’ont fait connaître quelques aspects de la religion traditionnelle et ce que j’en ai retiré personnellement ou d’un point de vue pastoral.

Bien des thèmes enregistrés se rapportent aux coutumes de la région du Bèlèdugu

Elles concernent spécialement :

- les fétiches Ntòmo / Kɔmɔ / Gwǎn/ Do / Nàma

- le mariage, la circoncision

- le système patriarcal

- Les derniers enregistrements faits exprès à votre intention le mois dernier auprès de trois vieux chrétiens de respectivement 85, 80 et 72 ans ,concernent :

Les sacrifices aux ancêtres et le protecteur des jumeaux dit ‘sìnsin’, je n’ose pas l’appeler ‘fétiche’ ... vous verrez pourquoi.

 

Documentation disponible concernant la religion bambara

 

Par ordre de parution :

1/ Dans la revue Anthropos en 1910 : ‘l’âme du peuple Africain : les Bambara’ du P. Henry

Un 'tiré à part' dactylographié, format demi commercial . 164 p. existait dans chacun des postes de mission.

Le P. Henry a d’abord travaillé en milieu malinké et a fait environ 6 ans dans la région de Bèlèkɔ et de Ségou, il y a cent ans. A l’époque il n’y avait pas foule pour entrer au catéchuménat et il a noté tout ce qu’il a vu et appris concernant la société bambara et la religion traditionnelle, il aborde pratiquement tous les sujets :

- Il distingue bien en particulier, les génies qui habitent des lieux privilégiés, mais peuvent les abandonner, et les fétiches : objets fabriqués, résidence définitive d’un ‘esprit plus ou moins puissant’, et certains d’entre eux s’opposant clairement à Dieu.

2/ Religion bambara de Tauxier ed. ? (L’ouvrage est une reprise des informations du précédent, présentées d’une autre manière) Enlevez les citations du P. Henry, il ne reste plus que quelques pages de son auteur.

3/ 'Essai sur la religion bambara par Germaine Dieterlen' . Presses universitaires de France ed.1951 . Germaine Dieterlen faisait partie de l’école anthropologique de Griaule qui a travaillé au pays Dogon... Le côté nouveau de cette école était d’accorder plus de respect à la société étudiée et à ses valeurs. Les côtés négatifs étaient :

a) de travailler presque toujours par interprètes.

b) de payer grassement leurs informateurs qui se concertaient pour inventer des réponses qui pourraient plaire à ces bienfaiteurs providentiels

c) de vouloir retrouver à tout prix le fameux mythe originel de la Création.

d) et d’avoir la ‘symbolite’ (par exemple vouloir retrouver absolument une signification à la moindre pyrogravure d'un tabouret fabriqué par les forgerons.

J’ai relu rapidement pour vous le livre en diagonale . On préférerait avoir les textes d’origine. Le peu de textes bambara cités en note révèlent déjà tant d'erreurs de traduction !

4/ 'Sociétés d’initiation bambara Le Ndomo / Le Korè par Dominique Zahan'

Ed. Mouton et Cie 1960

Réflexion de Mgr Sangaré au sujet de ce livre : ‘Quand j’ai vu le nom de son informateur, que je connais très bien, cela ne m’a pas encouragé à aller plus loin.’ Ce que l’auteur a vu est à retenir, mais ses réflexions et ses traductions restent sujettes à caution.

Pour vous donner un exemple de sa méconnaissance de la langue: Zahan a aussi écrit un livre intitulé ‘La dialectique du Verbe en bambara’ où il traduit :’ Hɛra sìra ?’ par as-tu fait bonne route ? et tɔɔrɔ t’a la’ par : le mal est parti ‘ alors que les salutations, c'est la première chose qu'on apprend. Le moins doué de ceux qui apprennent le bambara sait avant une semaine que ces phrases signifient : 'as-tu passé une bonne nuit ?' et 'il va bien.'

5/ Livre sur le Komo ? de Cissé ? S’intéresse surtout à la géomancie

6/ Philosophie et géomancie bambara / à paraître aux ed. Donniya par Mohamed Lamine Traoré



1/ Les sacrifices s'adressant directement à Dieu (saraka)

Ils sont généralement recommandés par les devins à l'occasion d'événements exceptionnels ( récolte mirifique, épidémie, sécheresse ...). Ils concernent tout le village et se font en présence de tout le village. Du bétail noble : bélier, boeuf blanc ... est sacrifié. L'histoire rapporte même des sacrifices humains (tradition de la fondation de Bamako : cliquez ici.)

Les sacrifices faits à l'occasion de la naissance de jumeaux s'adressent aussi directement à Dieu.

2/ Les sacrifices s'adressant aux ancêtres (suson)

Le sacrificateur n'interpelle pas directement Dieu mais les ancêtres, implorant leur protection pour la grande famille. Tout se passe généralement dans la cour intérieure en présence de tous (femmes, enfants, hommes) Pourtant toute l'assistance en conclusion s'adresse à Dieu par cette bénédiction : 'Que Dieu accepte ce sacrifice !' laissant bien entendre que, finalement, cette intercession est subordonnée au bon vouloir de Dieu ... cliquez ici)

3/ Les sacrifices s'adresssant aux fétiches (bolison)

Les sacrifices aux fétiches, spécialement ceux des sociétés d'initiation ne se font que dans les bois sacrés (bolitu) en présence des seuls initiés.