Sacrifices aux ancêtres

Résumé de causeries sur les sacrifices aux ancêtres, suivi des textes saisis d'après les enregistrements originaux

1/ à qui sacrifie-t-on ? de quels ancêtres s’agit-il ? - ceux de la famille
- Père : wolofa
- Mère : woloba
- grand’ pères : mɔkɛ
- grand’mères : mɔmuso
- fondateurs du village : bɛnbaw
expr : i tɔgɔ, i kɔrɔw, i dɔgɔw ... ù tɔgɔ bɛ fɔ, bɛnba kàrisa, an bɛ min dɔn, an tɛ min dɔn, aw bɛɛ ko don

2/ Qui sacrifie ?
- Le chef de famille : dutigi, gàtigi,
- le chef de village : dùgùtigi (pour tout le village ... mais c’est rare) bondasuw
- Ils peuvent chercher un sacrificateur pour les remplacer, un vieux, souvent un sènènkun (parenté à plaisanterie)

3/ Matières du sacrifice :
- libation : eau + ɲɛɲɛ (brisure de mil) / (parfois de la bière de mil)
- poule
- chèvre
- mouton
-
grosse bête tuée par un chasseur : bison : sigi...(très rare)
Qui peut en manger ? Hormis la veuve du défunt auquel on sacrifie : Tout le monde: hommes, femmes, jeunes, vieux... On en offrira sans problème au Père dont l’arrivée coïncide avec le sacrifice : ce n’est pas une viande à risques (sogojugu tɛ), au contraire d’une bête sacrifiée au fétiche.

4/ Lieux du sacrifice
- généralement dans la concession (au milieu) sacrificateur tourné vers le nord s’il s’agit d’un ancêtre masculin, vers le sud s’il s’agit d’une femme
- parfois, aux champs
- parfois, en voyage

5/ à quel moment ?
- généralement : début de l’hivernage aux semis (sàmiyɛdonda)
- après l’hivernage (fobɔnda)
- (sacrifice solennel aux ancêtres du village : Falajɛ. mars 1930/ fév 1932/1933)
- occasionnel chez le chef de village : [pour menacer (donni) les ennemis : les sorciers (domaw, subaaw) qui ont amené des maladies graves] expr : kà suw don u fɛ / kà u don suw kɔrɔ : vouer à la vengeance des ancêtres.
- au champ (sacrifice individuel au père et à la mère défunts)
- en cas de maladie pour un enfant
- en voyage (avec promesse , en cas de réussite du voyage / tous les ans jusqu’à sa mort, avec même obligation pour les enfants et petits enfants ... )
- quand la jeune épouse n’a pas été trouvée vierge et qu’elle accepte de donner le nom de celui qui l’a déflorée ... le coupable se doit de donner un bouc qui est sacrifié aux ancêtres ... l’épouse parfois n’accepte de le dire que lors d’un accouchement difficile où elle risque sa vie ou la vie de l’enfant.
- quand (d’après les devins) vos ancêtres sont fâchés

6/
Rites du sacrifice
- pour la libation : un peu de farine de mil dans une calebasse avec de l’eau, torse nu, tête nue, main posée sur la calebasse, interpellation des ancêtres et formulation du but du sacrifice, l’eau est versée à son côté.
- pour les poules : interpellation, but exprimé, souhaits, égorgement : la manière dont elles trépassent et la direction de la tête indiquent si le sacrifice est agréé ou non :
Dans le cas d’un sacrifice pour avoir de bonnes récoltes, si la tête est dirigée vers le sacrificateur : le sacrifice est agréé ... (Sens nord-sud : ba ni kɛɲɛka)
Dans le cas d’un sacrifice pour apaiser les ancêtres fâchés (‘ni suw ye kɛlɛ tigɛ i la’), ou quand un malheur s’est abattu sur le village (dùgùkɛlɛsyɛ) , c’est le contraire : la poule (le malheur) doit tourner le dos
- chèvre ou mouton : même scénario, mais pas de signification sur la manière dont ils trépassent

7/
Buts du sacrifice ? Ils sont exprimés par les formules de souhaits du sacrifice :
- sortir de la pauvreté, de la famine sɛgɛn bɛ du la, kɔngɔ b’an na
- la paix : kà kɛ hɛra ye kà kɛ bàadɛ ye
hɛra, mùsow k’à sɔrɔ du kɔnɔ
hɛra, cɛ̌w k’à sɔrɔ, denmisɛnninw k’à sɔrɔ
kà hɛra kɛ an ye bi, kà hɛrɛ kɛ an ye sini
- bonnes pluies d’hivernage sanji kùnfɔlɔ kà an sɔrɔ, à laban kà nà
kà ji kùnfɔlɔ nà, kà laban nà
- santé (des cultivateurs) kà cikɛlaw kisi bonjuguw mà
k’ù kisi sàjuguw mà
k’ù kisi warajuguw mà
k’u kisi gɛrɛgɛrɛ mà
kà cikɛlaw kɛnɛ to su, k’ù kɛnɛ to tile
ù kɛnɛ kà dàba tà, ù kɛnɛ kà dàba bila
kà du kisi bànàjugu mà
dàbàkùrùnnin ɲɛmajɔlen k’an kisi o ma
- une bonne récolte (mil/fonio) ù maa nin ɲɔ dàn k’o falen, k’o diya an na
kà ɲɔ ni fini(jɛ) sɔrɔ / kà sɔrɔkodaamu kɛ
- que la famille reste debout k’u kà so jɔlen to
- pour obtenir des enfants, garçons et filles kà den cɛman ni mùsoman sɔrɔ
(Jolis/jolies même !) kà woloden cɛɲà
- que les vieux s’en aillent plutôt kà ga jɔ denmisɛnw kàsikan na
que les enfants à kàna jɔ màakɔrɔw kàsikan na
- des belles-filles furumuso, k’o don so kɔnɔ

Réflexions intéressantes des informateurs

1/ Pas d’adresse directe à Dieu pendant le sacrifice mais selon un des catéchistes une allusion indirecte quand est formulé le souhait suivant :
Ni an garijɛgɛ kɛra san rɔ, sanji k’à lajigin N’an garijɛgɛ kɛra dùgùkolo mà, mɛnɛmɛnɛ k’à labɔ
‘Si notre chance est au ciel, que la pluie la fasse descendre, si elle se trouve sur la terre, que les petites fourmis la fassent paraître’
‘Est-ce que la pluie ne vient pas de Dieu ?
Le but du sacrifice aux ancêtres est donc que Dieu nous accorde la paix, d’une certaine manière on s’adresse aux défunts pour qu’ils prient Dieu pour nous...’

2/ Selon l’autre catéchiste, à la fin du sacrifice aux ancêtres, tous les participants disent :
Ala kà sɔnni mina ! Ala kà sɔnni ɲùman mina ! kà kɔ kɛ hɛrɛ ye ! Que Dieu accueille le sacrifice ! Qu’il l’accueille favorablement !
Cela a une signification : ils savent que quelle que soit la puissance des défunts, si Dieu n’y participe pas, le sacrifice sera vain, ils le savent puisqu’ils ajoutent : Ala kà sɔnni lamina ! Que Dieu accueille ce sacrifice !Tout le monde répond : ‘Amiina’

3/ On s’adresse spécialement aux parents défunts parce que comme dit le proverbe :
sù t'a ɲɛ ko dɔn, ǹka à bɔra kà min to à kɔ, à b'o dɔn
le défunt ne sait pas ce qui l'attend, mais ce qu'il a laissé derrière lui à son départ il le sait bien...
Même s’ils ne sont plus avec nous, on s’adresse à eux, ce sont nos points d’appui (comme ils l’étaient autrefois)

Réflexions de Baabilen

- Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Eglise s’est penchée sur les manières de vénérer par des offrandes les parents défunts et les ancêtres :
- St Augustin en parle dans ses Confessions : ( sa mère Ste Monique qui renonce à porter ses offrandes sur la tombe de son père par obéissance à l’évêque qui a demandé d’abandonner cette coutume.)
- Les missionnaires Jésuites et dominicains se sont affrontés sur ce sujet spécialement en Chine. Rome aurait tranché en faveur des dominicains en demandant d’abandonner ces manières de vénérer les ancêtres.
- Les trois vieux chrétiens interrogés ont eu des formateurs différents, même les deux d’entre eux durant leur formation de catéchiste (P. Fontanié et l’abbé Julien Mori Sidibe) ... aucun d’eux ne considère que ce type de vénération des ancêtres est contraire à la foi.
‘Le sacrifice de la messe bien expliqué leur a fait accepter de s’abstenir de cette forme de vénération.’
- Les funérailles solennelles accordées aux vieux sont à conserver : c’est une manière de rendre grâces à Dieu de leur avoir accordé une longue vie.
(fêtes, veillées avec balafon, tambour, chants)
- Des bambaras passés à l’Islam regrettent de l’avoir fait en voyant que ces marques d’honneur sont laissées de côté par les musulmans.
- Les occasions sont multiples pour nous de proposer de solides enseignements lors des enterrements, fête de la Toussaint, des bénédictions des semences ... dans les catéchèses aux adultes ...
- Tout ce qui est recherché par ces sacrifices est bon / mais le sacrifice du Christ est venu parfaire tous les sacrifices des hommes.
- Il est bon de souligner que la tradition de l’Eglise est de vénérer non seulement les défunts qui ont eu des enfants, mais spécialement ceux, quels qu’ils soient, qui ont marché sur les pas de Jésus... (culte des saints)
- de prier pour tous les défunts qui sont morts ... même les enfants dès qu’ils ont l’âge de raison...
- d’accorder une sépulture convenable à tous, pas seulement aux vieux
- les souhaits/ bénédictions faits à l’occasion des sacrifices aux ancêtres (cf plus haut) pourraient être repris tels quels lors des bénédictions des semences en s’adressant directement à Dieu
- Après l’hivernage, ne pas manquer de faire une célébration pour remercier Dieu

 

Ala sago, aw sago !