Démarches de mariage (traduction française)

Bɛɛ n'i ka laada don' (A chacun ses coutumes). Les coutumes relatives au mariage traditionnel au milieu bambara, ne sont pas uniformes d'une région à l'autre. Celles de la région de Falajè sont ici présentées par Benoît Traore, un ancien du village de 'Siraninduuru' (Cinq petits baobabs), très bon connaisseur des traditions et de leurs significations.

(Consultation des devins)

Dans notre coutume, quand c'est pour toi le moment de chercher une épouse pour un de tes (fils) ou pour ton frère cadet, tu te promènes pour observer les adolescentes au cours de tes voyages, chez tes amis, dans ta parenté ou dans les familles alliées. Tu observes les jeunes (filles). A ton retour, celle qui t'a paru la bonne, quelle qu'elle soit, tu vas consulter les devins à son sujet. On ramasse un peu de sable que l'on te remet. Tu l'envoies en disant : 'J'ai eu connaissance d'une telle dans la famille d'un tel. Il s'agit de la fille de X et de Y. Personnellement, elle me plaît. Je veux la demander en mariage sans avoir à hésiter, sans trouble, sans crainte, sans souci. Que je commence les démarches à son sujet et qu'on me l'accorde. Mais, ce mariage, s'il est très profitable, s'il va faire honneur au père et à la mère, que le sable que je vais remettre à un tel devienne dix bonnes figures une fois qu'il l'aura fait tomber (sur le sol).'
Le devin lance le sable avec son message. Il le lance avec le même message et l'éparpille; il l'étale, il le divise et répartit tous les grains dans leur compartiment propre. Quand il a bien examiné les figures, si le résultat est conforme aux paroles du consultant qui lui a confié le sable, il lui dit ceci : 'C'est parfait! Un tel ..., Tiens bon, marie cette femme, ne la laisse pas échapper. Si tu l'épouses, elle aura une grande descendance, de plus elle aura une longue vie. Tu ne le regretteras pas. Quelle que soit la dot que tu devras donner, tu ne regretteras pas ton argent, tu n'auras jamais de regret de l'avoir épousée.' Le devin précise alors les différentes offrandes que le consultant de mariage devra faire. 'Tu feras telle offrande pour la consultation : soit des kolas blanches, soit du lait frais, puis tu commenceras les démarches.'
Dans le cas (contraire), si le résultat de la divination n'a pas été conforme aux paroles de celui qui cherche une épouse, le géomancien déclare : 'Ah ! Je ne vais pas te bercer d'illusions. Si tu commences les démarches pour la demander en mariage, on va te la donner, tu vas l'épouser, mais elle ne vivra pas longtemps ... ou bien tu vas le regretter car elle n'aura pas de descendance. Si j'étais à ta place, j'y renoncerais.' Avec un tel oracle, celui qui recherchait cette épouse va y renoncer et en chercher une autre.

(Première démarche auprès du chef de famille de la future)

Mais si la réponse a été bonne : 'Qu'il épouse la fille, elle est en bonne santé, elle aura une descendance, ils vieilliront ensemble', (alors) il fait les offrandes prévues et commence les démarches. Il cherche un hôte pour l'accueillir et lui confie ce qu'il a à coeur : 'Me voilà chez toi sans avoir prévenu, ce n'est pas pour quelque chose de grave. Je viens chez toi à l'improviste (car) j'ai aperçu une personne désirable chez un tel (on dit : aux pieds d'un tel); ma visite soudaine a pour but de te demander de faire l'intermédiaire de mariage en ma faveur . Si je l'obtiens (grâce à toi), cela me fera plaisir. Son nom est : une telle'. L'hôte lui répond : 'Ce n'est pas une mauvaise chose. On n'interpelle pas un étranger en lui disant :'Viens loger chez moi'. L'étranger ne loge pas non plus sous un arbre. Pour ma part, je ferai tout mon possible pour me rendre chez eux. Si des arrhes ont déjà été versées pour l'obtenir, je ne suis vraiment pas au courant).' Ils passent la nuit ensemble. Le lendemain matin, l'hôte se rend très tôt chez le père à qui on doit demander la fille; il entre et s'adresse à lui en ces termes : 'Un tel de la famille d'un tel est venu chez moi. Il a aperçu récemment une personne désirable à tes pieds. Son nom est : une telle. Il dit que s'il pouvait l'obtenir en mariage, cela lui ferait plaisir.'
Alors, le père répond : 'Ce n'est pas une mauvaise chose, mais sa démarche est  trop tardive. A ton retour, tu diras que j'ai dépensé la dot (mangé)'. L'hôte se doute bien qu'il n'ajoutera rien. (En effet) le père dit : 'Je ne dirai rien de plus, car j'ai déjà dépensé la dot.' L'hôte retourne dire cette réponse à l'étranger en lui expliquant : 'Ce n'est pas une mauvaise (réponse). On ne t'a pas dit oui, on ne t'a pas dit non. On n'obtient pas quelqu'un du premier coup.' L'étranger acquiesce. Il s'en va. (Tout cela a lieu sans que personne d'autre ne soit au courant).

(Deuxième démarche. Le chef de famille met ses gens au courant)

Quand l'étranger est reparti, par la suite, le jeudi suivant (nos démarches de mariage n'ont lieu que le jeudi) il revient en disant : 'Je suis venu jeudi passé... 'L'affaire de mon (nouveau) champ me tient à coeur. Si les arbres ne sont pas au courant, les grosses mottes d'herbe vont l'être' (proverbe). Encore aujourd'hui ma parole est ma parole, je viens dans l'intention de l'épouser, je repars dans l'intention de l'épouser. Si j'arrive à obtenir une telle en mariage, cela me fera plaisir.'
L'hôte se rend de nouveau chez le père de la fille et lui transmet le message. Le père répond : 'Ce n'est pas une mauvaise chose. Personne ne se met à promener son enfant. Quand tu deviens père d'une fille, elle appartiendra à quelqu'un, mais dis à X de me pardonner, j'ai dépensé de sa dot.' L'hôte revient faire part de la réponse à l'étranger qui s'en retourne chez lui. Dans l'intervalle, avant que l'étranger ne revienne, le père réunit les gens de la famille et les met au courant des paroles (échangées) en disant : 'Bon ! Un tel est venu chez moi en disant que X , de la famille de X, a aperçu un être désirable à mes pieds. Il s'agit d'une telle. C'était sa deuxième démarche jeudi dernier. Quand des alliances existent entre personnes, des alliances anciennes, et que tu comptes leur donner ton accord, il ne doit pas s'user les pieds à faire le trajet. Avant sa prochaine visite, la troisième, il me faut vous en parler pour nous mettre d'accord sur la réponse.' Sur ce, les membres de la famille disent : 'Ce n'est pas grave, toute affaire du genre mariage, ça ne regarde pas qu'une seule personne. Entre nous et les gens de la famille de X, l'alliance est ancienne. 'Tu as ma fille, j'ai ta fille', ce n'est que cela. Ce dont Dieu a gratifié quelqu'un, il le donne à l'autre. Nous-mêmes pouvons bien dire les choses correctement, si Dieu n'est pas d'accord, cela ira à l'échec. Donc, ce que ta sagesse trouvera à leur dire, ce sera la réponse de nous tous.' Tous parlent dans le même sens. Le chef de famille dit alors : 'Bon! C'est bien! Cette fois-ci, quand il viendra, j'accepterai ce qu'il apporte. Quand j'aurai accepté, s'il est vraiment décidé, à sa nouvelle démarche, nous irons dans le grand vestibule à palabre. Ma fille m'appartient, mais moi et ma fille appartenons aussi à un maître.

(3° démarche : les noix de kola et une petite somme sont acceptées sous réserve de l'accord du grand chef de famille)

Alors, à la visite suivante l'étranger dit à son hôte la raison de sa venue. A sa première et à sa deuxième visite, il était venu porteur d'une somme d'argent : soit 500 francs, soit 250 francs, n'importe laquelle, mais elle n'était pas acceptée. Comme je l'ai dit, s'il s'agit d'une vieille alliance, ou d'une vieille liaison on ne répond rien d'autre que 'j'ai dépensé la dot'. A la troisième démarche, en plus de l'argent il achète des noix de kola. A son arrivée, il les remet de nouveau à son hôte avec les mêmes paroles : 'Je viens dans l'intention de l'épouser, je repars dans l'intention de l'épouser. Si j'arrive à obtenir une telle en mariage, cela me fera plaisir.' L'hôte va trouver le père de la fille, lui dit pourquoi il est venu et indique le nombre de noix de kola ajoutées. Le père répond : 'Bon, un mariage n'est rien d'autre qu'une atteinte au (bien de) quelqu'un. Si X est venu me ravir ma fille qu'il recherche (avec) ces présents que voilà,(qu'il sache) que je ne lui ai pas donné mon enfant...'lI acceptera ces kolas, il prendra cet argent' , quand nous serons chez le propriétaire de l'enfant ...( ma fille m'appartient, oui, mais moi et ma fille appartenons à quelqu'un d'autre) quand nous serons chez lui, s'il t'accorde la fille, moi aussi, mais s'il ne te l'accorde pas, je ne refuserai pas de te rendre ces présents que j'ai acceptés.'
Alors l'hôte remercie le papa avec effusion, se lève et va rapporter ces paroles à l'étranger. Tout cela se passe en l'absence de l'étranger. Il reste là-bas chez son hôte. L'hôte lui fait son rapport. L'étranger s'en va tout content. Il s'en va se préparer pour revenir avec une autre quantité de noix de kolas et une autre somme d'argent. Elle peut dépasser la première, en tout cas, elle ne lui est pas inférieure, car les choses (sérieures) commencent. Celle que tu as présentée en premier, si elle est supérieure à la plus récente, c'est comme si ta démarche ne te tenait pas à coeur. Certains doublent la première somme. Ensuite ils repartent (chez eux).

(4° démarche : acceptation par le grand chef de famille. Détail de la dot à fournir. Repas offert : fiançailles)

Quand l'étranger revient, il va chez son hôte et explique : 'Je reviens comme les premières fois. Encore maintenant, ma parole est ma parole, si j'arrive à obtenir une telle en mariage, cela me fera plaisir.' L'hôte va transmettre le message... Ce jour-là, on fait savoir à la mère qu'il y a un étranger et la mère prépare un plat pour lui. L'hôte va donc transmettre le message... On lui répond : 'Rassemble-nous chez le grand chef de famille.' L'hôte part et rassemble tous les participants au palabre de mariage dans le vestibule du grand chef de famille. Que ce soit le chef de village ou tous les grands chefs de famille, il les réunit tous pour dire leur avis en public. 'L'esclave costaud doit jeter le bois de chauffage à l'endroit convenable.' (proverbe).
Le grand chef de famille donne la parole au père de la fille en disant : 'X, voici le sujet du palabre, vous m'appartenez tous, vos enfants m'appartiennent, mais je suis après vous dans cette affaire.' Il lui répond : 'C'est bien. Honorable un tel, cet étranger, ce n'est pas sa première démarche, c'est la quatrième. C'est moi qui ai accepté les présents en lui disant que, lorsque nous serons chez toi, si tu l'accordes (en mariage), je la lui accorde aussi. Mais si tu la lui refuses, je n'aurai pas de peine à rendre ce que j'ai déjà dépensé. Dans cette affaire telle est bien ma parole. Si tu la leur donnes, moi aussi; si tu ne la donnes pas, moi non plus.'
Le chef de famille dit : 'C'est bien. Dans ce cas, un tel, dis à ton étranger que j'ai accepté ses présents, non pour les dépenser comme ça, mais au sujet d'une telle. Il s'agit de la jeune femme, je l'ai accepté pour lui donner une telle.' Tous reprennent la parole de cette manière en disant : 'Tout se passe correctement'. L'étranger est bien content. Les présents, ils les acceptent. Alors, l'étranger dit à son hôte : 'Les cadeaux secrets de la coutume, qu'il nous les fasse connaître. Même si nous ne les possédons pas, si nous ne les avons pas sur nous, nous allons arriver à les trouver.' L'hôte transmet la demande au grand chef de famille qui répond : 'Bon, nos cadeaux cachés coutumiers, ce sont : 1500 francs, ou 2500 francs, ou 2000 francs.' Normalement, ils s'y étaient préparés parce que leurs présents avaient été acceptés. Les kolas qui s'y ajoutent, ils les avaient aussi préparées. Après la réponse du grand chef de famille, ils sortent publiquement les cadeaux coutumiers avec les paroles d'usage. On les accepte. On fait connaître à l'hôte ce qu'il faut pour les fiançailles, à lui de les préciser à son étranger. 'Quand ça leur plaira, qu'ils viennent pour les fiançailles. Voici quels en sont les cadeaux coutumiers : une grande calebasse, 25000 francs et 500 cauris, plus le tabac (d'alliance)'. L'hôte acquiesce et le redit à l'étranger qui acquiesce aussi. Ils se disent merci mutuellement puis s'en retournent chez le logeur. Une fois là, l'étranger remercie chaleureusement son hôte en constatant qu'il a fait tout ce qu'il pouvait en sa faveur et obtenu (la main de) la fille. Alors il s'en va le coeur en fête faire son rapport à ses gens.
Ils se font un devoir de chercher les éléments de la dot... De fait, une somme d'argent était déjà gardée en vue du mariage... Ces cadeaux coutumiers, à qui donc reviennent-ils ? L'oncle paternel à qui la jeune fille était confiée, celui qui veille sur son éducation et se charge de régler toutes les affaires qui la concernent, c'est lui qui reçoit ces cadeaux. Il les dépense. Mais il a aussi une mission concernant les fiançailles de la jeune fille et le déroulement du mariage lui-même. Lui aussi s'y attache avec ardeur et commence les préparatifs. Quand les fiançailles ont eu lieu, les étrangers qui sont venus ont droit à un bon repas avec une grosse poule et un coq. C'est l'oncle-éducateur, celui qui dépense les cadeaux, qui les cherche et les garde à portée de main.

(Détails des éléments de la dot traditionnelle des fiançailles)

Ceux qui ont retenu (la main de) la jeune fille se mettent à la recherche des cadeaux traditionnels : les 25000 et les 500, c'est notre très ancienne dot bambara. Il s'agit de 25.000 'tama' que les toubabs appellent 'franc', quant aux 500, ce sont des cauris. C'est tout ce qu'on demande quand il s'agit de fiançailles officielles et non de prendre femme sans le consentement des familles. Les fiançailles ne peuvent avoir lieu sans les 500 cauris. Tout cela est déposé dans la grande calebasse pour la toilette et un messager va dire à l'intermédiaire qu'ils viendront pour les fiançailles à telle date. Le message reçu, l'hôte à son tour va prévenir les parents de la jeune fille que les gens de la famille de X viendront pour les fiançailles la semaine suivante. L'épouse de l'oncle-éducateur, la tante-éducatrice, se doit aussi de régler tout ce qui concerne la fille. Les travaux revenant aux femmes en ce qui concerne la fille, elle s'en charge. Elle s'y prépare dans son jardin potager afin de pouvoir offrir un bon repas aux membres de la famille alliée, aux gens de la famille du (futur) mari. Elle achète de quoi faire une sauce appétissante. Elle pile le mil. Si elle a les moyens de se procurer du riz, elle en prépare. Si la famille a une vache, elle garde du lait avant l'arrivée des étrangers.

(Sacrifice aux ancêtres)

Vient le jour des fiançailles. Il y a une coutume partout chez les bambara qui concerne les gens de la famille du (futur) mari. Au moment de prendre leurs bagages pour se rendre aux fiançailles chez les parents de la fille, les 25000 francs, les 500 cauris et le tabac d'alliance une fois déposés dans la calebasse, ils appellent un 'vieux'. Ils déposent la calebasse à l'entrée de la maison du (futur) mari et confient la fille aux ancêtres de la famille. Comment cela se passe-t-il ? Le vieux X vient s'accroupir ou bien s'asseoir. Il retire sa toque et tient la calebasse des deux mains, interpelle par leur nom les ancêtres, interpelle par son nom le père (défunt) du futur marié en disant : 'Bon ! Nous nous mettons en route pour chercher une femme chez un tel. Nous allons la donner comme épouse à un tel. C'est votre petit-fils, ou bien c'est votre fils. Voici que les envoyés pour les fiançailles sont sur le départ, voici la calebasse des fiançailles, je la dépose devant vous. Si cette épouse sera pour nous source de profit, que ce mariage ne se rompe jamais. Sinon, quels que soient les dépenses faites pour le préparer, que Dieu le rompe ! Si ce mariage sera désagréable pour nous, sans renom ni pour le père ni pour la mère, sans aucun profit pour nous, alors ... en cas de rupture éventuelle, que la rupture ait lieu. Mais nous voici sur le départ pour que la fille soit donnée à un tel. Est-elle une femme pour construire notre famille ? Sera-t-elle une femme féconde ? Sera-t-elle source de renom pour le père et pour la mère ? Sans procès, ni avec les riches ni avec les pauvres ? (Alors) que ce mariage réussisse ! Quand elle sera là, si elle pratique l'adultère avec un autre homme, ce n'est pas du tout à cet homme-là que nous l'avons donnée! Si elle se donne à un autre, à vous de régler l'affaire ! Si cela demande un règlement, réglez-le! Si cela n'en vaut pas la peine, réglez-le!'  C'est ainsi que la calebasse est présentée aux mânes des ancêtres.
Alors, les participants au voyage prennent leurs bagages et s'en vont au village du père de la mariée. Ils arrivent en fin d'après-midi chez l'intermédiaire de mariage. Ils précisent à leur hôte qu'ils ont apporté tout ce qui a été demandé. L'intermédiaire part prévenir la famille alliée que les étrangers sont là. On apporte le repas du soir. Pour ce qui est du repas des étrangers, la coutume chez nous (je ne connais pas celle d'ailleurs) pour toute personne participant au palabre de mariage, la coutume est qu'elle doit offrir un plat à l'étranger pour le repas du soir. Pour le repas de midi, c'est seulement la famille de la tante-éducatrice qui en est chargée, de même pour le petit déjeûner, mais le soir toute personne présente dans le vestibule du palabre de mariage est tenue de préparer un plat et de le donner aux étrangers.

(Grand palabre des fiançailles : alliance officielle des deux familles)

Alors, à l'aube, le petit déjeûner est apporté. On le prend. L'intermédiaire envoie des jeunes dire à toutes les personnes concernées par le palabre de mariage de venir dans le grand vestibule du chef de famille. Alors, l'intermédiaire et son étranger se lèvent, emportant les calebasses, les kolas. La somme d'argent gardée en vue du mariage est bien sur eux, mais l'argent et la calebasse de fiançailles ne vont pas au même endroit. Ils vont d'abord donner les précisions concernant la calebasse. A leur arrivée ils disent : 'Bon, Un tel et un tel, les étrangers étaient venus me supplier de demander (la main de) votre fille, je l'ai demandée et vous me l'avez accordée pour la leur donner. Vous avez précisé les cadeaux que vous demandez pour les fiançailles... Eh bien ils ont envoyé un message me disant qu'ils viendront pour les fiançailles. Je vous l'ai fait savoir. Nous y voici aujourd'hui. Ils sont venus pour vous apporter les cadeaux de fiançailles : la grande calebasse pour la toilette, le tabac, les 25000 francs, les 500 (cauris) et deux poignées de noix de kolas, en disant qu'un tel les envoie avec ces (cadeaux) pour fiancer la jeune fille.' Le chef de famille redit à toute l'assemblée : 'Voilà les paroles'. Et tous à leur tour de dire : ' Honorable un tel, ce que tu répondras sera notre réponse à tous'.

(Coutume de la triple demande)

Il y a alors une coutume à suivre sur le lieu des fiançailles. On dit (en proverbe) : 'On ne peut couvrir de paille une hutte en une seule fois'. Après qu'ils aient dit : 'Honorable un tel, ce que tu répondras ...' Le responsable du palabre dit : 'X, j'ai bien compris les paroles de ton étranger, mais 'On ne peut couvrir de paille une hutte en une seule fois'. Cela dit, l'hôte et son étranger se lèvent. Ils quittent le lieu où sont assis les gens et se retirent un peu à l'écart un petit moment puis reviennent. Ils reprennent leur première déclaration : 'Un tel est venu à l'improviste chez moi en disant qu'il désirait épouser votre fille et me demandant de faire l'intermédiaire pour obtenir sa main. Vous me l'avez accordée, à moi de la lui donner. Vous avez précisé quels étaient les cadeaux de fiançailles. Ils sont venus t'apporter tout ce qui a été dit. Tout est là pour fiancer la fille.' Le responsable du palabre redit : 'On ne peut couvrir de paille une hutte en une seule fois'. A ces paroles, ils se lèvent de nouveau et vont s'accroupir à l'écart un petit moment, puis reviennent s'expliquer de la même manière.
Bon, le 'proverbe : 'on ne peut couvrir de paille une hutte en une seule fois' a du sens. C'est une coutume, c'est une parole. Si tu veux couvrir de paille une hutte, tu ne peux en une seule fois couper de l'herbe, fabriquer des ligatures d'écorce, et couper des poteaux. Ce n'est pas possible sans faire ces actions à part, une par une. Ce proverbe est proféré à titre d'exemple pour obliger (les gens) à s'engager pour de bon en public dans ces fiançailles.
Après la troisième déclaration, le chef du palabre expose le cas à l'assemblée. Les assistants donnent leur point de vue. Certains disent : 'Ce n'est pas grave. Entre nous et X il y a une longue tradition d'alliance matrimoniale. Ce n'est qu'une relation d'amitié. Ma part est dans ta main, ta part est dans la mienne, les mariages ne sont que de vieilles relations. Là où tu as obtenu la tienne, si quelqu'un en vient pour ce qui t'appartient, cela ne demande pas un palabre prolongé. Si Dieu n'accepte pas (ce mariage), personne ne s'en offusquera. Mais, X, ton étranger X, vous êtes présents. Nous nous en tiendrons aux termes selon lesquels tu auras conclu ce mariage.' Tous prennent la parole de cette manière puis la donnent au chef du palabre. Celui-ci va s'assurer de quelques points auprès de l'hôte. Il l'interroge : 'Demande à ton étranger s'il y a un porteur de fétiche ici au milieu de nous.' Ils répondent : 'Non! Il n'y a pas de féticheur ici'. Le chef du palabre demande à l'hôte d'interroger son hôte : 'La jeune fille lui plaît. Est-ce qu'elle est infirme ?' L'étranger répond : 'Non!' Il l'interroge sur un autre point. : 'Qui donc par hasard vous a prévenu que la jeune fille était libre ?' L'étranger répond : 'Personne ne me l'a fait savoir'. (On n'épouse pas une fille sans en avoir eu connaissance par l'intermédiaire de quelqu'un, mais on n'en révèle pas le nom). L'étranger répond donc : 'Personne ne me l'a fait savoir, j'en ai eu envie et vous l'ai demandée.'
- 'Bon, vous êtes tous témoins. Je lui demandé :' Est-ce qu'il y a un fétiche au milieu de nous ? Est-ce qu'il y a quelqu'un de l'administration ? Est-ce que la jeune fille est malade?' S'adressant à l'hôte, il lui dit : 'Demande à ton étranger : 'S'il l'a fiancée aujourd'hui et que demain elle tombe malade, que dira-t-il?' L'étranger répond : 'Ce n'est pas une affaire telle qu'elle m'amènerait à la refuser. Je l'ai fiancée en très bonne santé, si Dieu la rend malade, je l'aimerai malade. Ce sera l'oeuvre de Dieu.' Le chef de palabre s'assure donc de quelques points auprès de l'étranger et dit : 'Bon, puisque tu affirmes qu'il n'y a personne de l'administration parmi nous, avant que la jeune fille ne te soit amenée, si tu me convoques à l'administration, alors que je ne l'ai pas avertie du mariage conclu, comment appeler cela ?' L'étranger répond : 'Je n'appellerai pas le chef d'arrondissement'. Le chef de palabre dit : 'C'est bien : (puisque) tu dis qu'il n'y a pas ici de fétiche, je te donne la jeune fille. Avant que le mariage ne soit définitif, si tu introduis un fétiche chez moi ou bien si tu utilises un fétiche contre quelqu"un de mes gens , ou même contre moi, comment appeler cela ?' L'étranger répond : 'Non, je n'aurai pas recours au fétiche.' Alors le chef de palabre conclut : 'C'est bien, vous êtes tous témoins ici qu'entre nous et la famille de X c'est une vieille alliance, une vieille amitié.' (Il rappelle les unions dont il a connaissance entre eux, depuis celle de la tante maternelle d'un tel jusqu'à celle de la soeur d'un tel), ce ne sont que de vieilles alliances mutuelles où nous les avons données. Nous sommes tous nés alors que ces vieilles alliances existaient déjà entre nous. Aucun d'entre nous ne peut être cause de la disparition de ces relations. Je vous donne (notre fille), je vous la donne aujourd'hui, je vous la donne demain.'

(Rite du calumet d'alliance)

Une fois que sont dites toutes ces paroles, pour bien les assumer, un rite alors s'accomplit. Lequel ? Le 'dooli' qui a été déposé dans la calebasse, il ressemble au tabac ( à priser) mais ce n'en est pas, il ressemble plutôt au tabac de cigarette. Ce 'dooli' est mis dans la calebasse. Avant que ce palabre de fiançailles ne prenne fin, si un fumeur de pipe se trouve dans l'assemblée, il en effrite un peu, le met dans sa pipe et en fait sortir des bouffées de fumée en public devant tout le monde. S'il n'y a pas de fumeur de pipe, un vieux envoie quelqu'un chercher des braises dans un tesson de canari. Il pose le tesson au milieu de l'assemblée, y effrite un peu de tabac pour que la fumée s'élève en public devant l'assemblée. Quelle est la signification de ce geste? Que la fumée s'élève et atteigne le ciel en présence de l'assemblée, cela veut dire qu'un mariage n'est pas destiné à avoir une fin. Le mariage est un rite source de bénédiction. Le mariage ne finit pas, il appartient au monde entier. Personnellement je pense que la fumée qui s'élève en public devant tous a cette signification.
Le chef de famille donne donc la jeune fille, conclut tout le palabre et la leur donne. Il déclare : 'Je ne vous la donne pas de mauvais gré (du revers de la main), je vous la donne de bon gré (de la paume de la main). Si vous-mêmes dites que je vous la désirez, je vous l'ai donnée aujourd'hui, je vous l'ai donnée à l'avenir. Si elle n'agit pas bien, ce sera en votre défaveur, si elle remplit bien son rôle, c'est vous qui en profiterez.' L'étranger de son côté acquiesce. Il est tout content ! Il acquiesce à tout, car les paroles du père, c'est la vérité (même). Aucun être humain n'est immortel. A chacun le moment de sa mort. Des éventualités semblables à celles évoquées par le père ont souvent lieu. Les fiançailles ont à peine eu lieu que la jeune fille ne rejoint même pas le domicile du mari : Dieu lui manifeste sa volonté, c'est à dire : la mort. Mais cela ne rompt pas les bonnes relations humaines entre nous.

(Présentation officielle des éléments de la dot.)

    La jeune fille est donc accordée ainsi. Pour ce qui est des éléments de la dot, les kolas sont partagées. Alors on vient avec la calebasse au milieu des gens, on la dépose en public. Ainsi que je l'ai dit, la dot gardée par la famille de l'époux en vue du mariage du jeune homme et de la femme, cette dot et la calebasse n'apparaissent pas en public. Quand la distribution des kolas est presque finie, la calebasse est déposée à l'écart. On n'appelle même pas la dot : argent. On dit 'une poule'. Quand la calebasse est installée sur le côté, l'hôte prend alors la parole. Il s'adresse à l'assemblée : 'X, toi et Y, les gens de telle famille sont venus pour les fiançailles, les vieux leur ont remis une poule en disant que, une fois les fiançailles terminées, qu'elle soit laissée ici pour la dot de fiançailles.' Ils indiquent la somme dont il s'agit. Certains hôtes ne la précisent pas, ils donnent simplement l'argent, et environ deux poignées de kolas. Une fois données les kolas, le chef de famille dit à un jeune de prendre l'argent et de le compter. Il prend l'argent et le compte. Sil y a 20000 francs, il dit : 'Il y a 20000 francs'. S'il y a 25000, il dit : 'Il y a 25000.' Quelle que soit la somme, il en indique le montant au chef de famille. Le chef de famille le transmet à l'assemblée en disant : 'Puisqu'ils ont envoyé une poule en vue des fiançailles et envoyé telle somme, il ne reste plus qu'à terminer tout ce palabre en disant chacun son mot.' Tous disent leur mot et redonnent la parole au chef de famille. Il la prend, fait de grands remerciements et ajoute : 'Leurs gens sont là, (mais) pas la dot.' En effet, les éléments de la dot ont été emportés : l'argent et les autres éléments ne sont jamais déposés au même endroit. Même l'argent apporté n'est pas appelé par son nom, on dit : une poule. On dit une poule à la place de l'argent. Pourquoi dire une poule ?
    Les objets pour les fiançailles et l'argent ne sont jamais présentés au même endroit. Le chef de famille prend cet argent et le remet à l'oncle-éducateur de l'adolescente, que ce soit le grand frère de son vrai père, ou son cadet, l'argent lui est remis. Il se confond en remerciements. Il se trouve qu'il a lui-même pris une grosse poule et un coq et les a gardés dans un endroit à l'écart. Il se lève, prend la volaille et s'adresse au chef de famille en lui disant : 'Puisque les gens de X sont venus pour les fiançailles, voici donc une grosse poule et un coq pour leur repas.' Le chef de famille transmet les paroles à l'hôte en disant : 'Voici une grosse poule et un coq pour le repas de ton étranger.' L'étranger dit : 'C'est bien, que tout se déroule comme font les autres.' Un oncle se lève alors, égorge la poule, ou bien on donne la poule à un 'senenkun' (parent à plaisanterie), ou bien à un cousin assez âgé du côté maternel. Il se lève et l'égorge.

    (Sacrifice des poules aux ancêtres)

Il égorge cette poule selon quel rite ? Cette poule est égorgée en sacrifice aux ancêtres : au père ou au grand père. Elle est sacrifiée accompagnée de bénédictions, pour que ce mariage prospère, qu'il soit prolifique, qu'il dure longtemps, que (les époux) aient des enfants et s'entendent bien. Elle est ainsi égorgée et jetée. Les gens observent attentivement la manière dont les poules tombent. Si elles tombent dans l'axe sud-nord, cela signifie que les ancêtres acceptent le mariage. Si c'est dans l'axe est-ouest, certains hochent la tête et se lèvent. Mais quelle que soit l'issue de ce mariage, même s'il n'y aura pas de divorce, il aura donné lieu à de nombreux commentaires. Les poules sont donc sacrifiées selon ce rite. Une fois égorgées, l'oncle-éducateur les prend et les emporte à sa maison. Les garçonnets vont les déplumer, les passer à la flamme, les découper et les donner à la tante-éducatrice. Elle va les faire cuire en vue du repas de midi. Quand le repas est prêt, on présente le plat et la viande de poulet au maître de maison en disant : 'voici le repas des étrangers!' - 'C'est bien, dit-il, emporte-le!' Alors, elles l'emportent et vont le donner à la maîtresse de maison de l'intermédiaire de mariage. Celle-ci à son tour va le lui présenter, elle l'interpelle en annonçant: 'Le repas de l'étranger !' ou bien : 'Voici le repas de vos étrangers'. On le leur donne. Les jeunes enfants de l'hôte s'approchent pour le manger, ou bien quelques hommes âgés.Quand ils ont fini, l'hôte dit : 'Bon, voici la viande de poulet! Faites selon vos coutumes, ne me prenez pas en considération, à chacun ses coutumes!' L'étranger répond : 'Il n'y a pas de mal! Quand il s'agit de nos relations, ce n'est pas d'aujourd'hui que nous contractons mariage entre nous. Nos coutumes sont les mêmes. Fais le partage de la viande de poulet.' L'étranger venu pour les fiançailles, si quelques unes de ses filles sont présentes, on leur en donne. Si un parent à plaisanterie est présent, on lui en donne, à un forgeron présent, on en donne. Si un autre étranger de marque est présent dans la maison, on lui en donne.
Une autre coutume est respectée au sujet de la viande de poulet. Des deux gallinacés, si les enfants n'ont pas pris le cou de la poule pour le manger, ils prennent le cou du coq. Certains même prennent le dos d'une poule pour le manger et laissent l'autre dans la calebasse, mais normalement, ils doivent prendre le cou de la poule et rendre l'autre. Le fiancé lui, mange un cou, l'autre va dans la famille de sa belle-mère. On le donne au sacrificateur de la poule. Il le mange. Pourquoi ce rite ? Il a du sens. Quand on fait un sacrifice de poule dans la famille de ton épouse pour bénir le mariage, de toute façon, s'il y a deux poules, manges-en une et donne l'autre. Laisses-en une dans la calebasse pour que les gens de la belle famille en mangent. Cela signifie qu'on est tenu d'être fidèle à l'alliance (conclue). Que les gens des deux côtés tiennent parole et honorent jusqu'au bout ce mariage. Que personne ne perde confiance en l'autre partie. Il n'est pas normal que la fidélité ne soit le fait que d'une seule partie. C'est là le rite du cou de poulet. C'est ainsi que se fait (le partage) de la viande de poulet : l'étranger en prend un cou et le mange, l'autre s'en va chez la belle-mère. En fin d'après-midi, ils se lèvent pour remercier chez eux chacun des membres de la famille alliée entière.

(Départ des envoyés du fiancé, fête des 'mères' de la fiancée)

Alors, le lendemain matin, ils retournent remercier en disant : 'L'étranger ... l'étranger-de-mariage, tu sais quand il vient, tu sais quand il part.' En dehors d'une décision de Dieu, le voyage de l'étranger-de-mariage est fixé, son retour est fixé. Chez nous, le voyage du fiancé a lieu le jeudi, mais c'est le samedi qu'il repart. Donc il remercie, demande de pouvoir prendre ses bagages. On le lui permet. Il s'en va. Une fois parti, les gens de la famille de la belle-mère se réunissent. On doit donner la calebasse à la mère à qui elle revient. Alors, le maître de maison dit de la lui donner. On la lui donne. Une fois donnée, si cette femme sait bien jouer du fameux tambour bambara, elle pousse des youyous. Alors, les femmes arrivent, elle font la fête avec la calebasse. Comme je l'ai (déjà) dit, si tu entends ce tambour (ntegedunu) chez les bambaras où que ce soit, on n'en joue jamais en cas de malheur. Si on en joue, c'est pour un événement heureux. Les femmes en jouent à coeur joie. C'est le plus ancien de tous les tambours bambaras. Mais les hommes n'en jouent pas, ils ne le gardent pas, ils ne le 'dansent' pas. Il appartient aux femmes. C'est un tambour de bonheur. Elles en jouent à qui mieux mieux et en font une grande fête. Ensuite les gens se dispersent.

(Dès que la jeune fille est pubère commence la cohabitation et son va-et-vient entre les deux familles jusqu'à la remise totale de la dot)

Le mari continue donc les démarches, jusqu'à ce que la jeune épouse ait l'âge de commencer la coutume du va-et-vient. Quand l'envoyé du mari observe que ses seins sont arrondis, qu'elle est réfléchie, qu'elle peut passer la nuit avec son époux, ils font une (nouvelle) démarche. Ils remettent aux envoyés un cadeau apprécié de l'épouse en disant : 'Quand vous irez, demandez-lui de venir pour que les vieux la voient'. C'est ainsi que se fait le départ chez le mari. Les intermédiaires envoyés font leur déclaration de cette manière. Mais chez nous les bambaras ici, la coutume est de ne pas faire qu'une seule demande, ne demander qu'une seule fois qu'elle aille chez son mari, cela ne se fait pas. Les beaux-pères disent : 'C'est bien. Il y a des plats de 'to' qui sont cuits, mais qui ne sont pas encore prêts à être mangés' (proverbe). Quand elle sera (vraiment ) prête pour aller chez son mari, nous n'y verrons pas d'inconvénient.' L'hôte rapporte la réponse à son étranger qui acquiesce. A son retour à la maison, il la communique à ceux qui l'ont envoyé. Le chef de famille dit : 'Ce n'est pas grave, c'est notre coutume à tous. Ne demander qu'une seule fois de commencer le va-et-vient, cela ne se fait pas.' Par la suite, il envoie de nouveau quelqu'un. Les beaux-pères se consultent et disent : 'D'accord ! Quand on fiance une personne, si jeune soit-elle , et que tu entends son propriétaire demander de la voir parce qu'elle lui semble mûre à son goût, la fille a beau être jeunette, il faut l'envoyer.'
Ce voyage aussi chez nous les bambaras, si c'est vraiment le premier chez son mari, on ne peut l'entreprendre pendant le mois de la Tabaski. Aucune de nos coutumes agréables n'a lieu le mois de la Tabaski. Qu'est-ce que cela signifie ? Chez nous, le mois de la Tabaski est un mois d'événement heureux. Et nous avons un adage qui dit : 'On ne cumule pas deux bonheurs.'
Donc, le chef de famille du mari envoie quelqu'un chez la jeune fille lui redemander (de venir). Quant à eux, ils répondent : 'Si quelqu'un a fiancé une fillette, si jeune soit-elle, s'il lui demande d'aller (chez lui), qu'il puisse la voir, il nous faut donner la permission, car cette démarche a une raison valable : elle est nubile. Qu'elle y aille.'  Ils donnent donc cette réponse et font patienter (lajò) l'étranger .
Le jour où le départ doit avoir lieu, la tante-tutrice de son côté fait les préparatifs. Les coutumes des femmes sont nombreuses, mais voici celles que nous connaissons : (la jeune femme) emporte du savon et du beurre de karité. On lui achète des habits qu'on lui donne. Quand le moment de lui mettre son chargement sur la tête est arrivé, une femme entre dans la case et prépare les bagages pour le voyage chez le mari. Les femmes se rassemblent. A ce moment, elles suivent beaucoup de coutumes dont les hommes ne sont pas au courant. Ce sont les leurs.
Quand un homme est allé pour ces préparatifs et qu'il revient avec la jeune mariée, il va s'asseoir à l'entrée du village. L'homme n'entre pas avec la femme au village s'il s'agit de sa première visite au foyer. Il installe l'épouse à l'entrée du village et annonce sa visite : 'Un telle est arrivée, elle est à hauteur des champs tout proches du village.' Le chef de famille envoie vite une femme alerte pour l'apprêter.
Alors, chez nous ici se pratique une autre coutume pour laquelle on s'est préparé. De laquelle s'agit-il? Pour tout mari, que ce soit sa première épouse ou sa deuxième, la première fois qu'elle vient chez toi, elle ne doit jamais entrer dans ta maison sans que tu y sois assis (à l'attendre). Une femme sort et part prendre les bagages et les apporte au foyer. L'épouse entre dans la cour alors que le mari y est assis... Avant que l'épouse bien habillée n'arrive, le chef de famille se dépêche d'envoyer quelqu'un chercher le mari discrètement. Le mari arrive, (il y pensait bien sûr! Mais il ressent de la gêne à s'approcher de lui-même). A cause de cette gêne extrême, le mari a prévenu un de ses copains, un de sa promotion de circoncision pour qu'ils y aillent ensemble et que sa gêne ne soit pas trop grande. Ils arrivent ensemble et s'asseyent dans (la cour de) la maison familiale. L'épouse entre. Comme je l'ai expliqué pour l'éducation des enfants chez les bambaras, la tante du mari qui était chargée de son éducation, vient déposer les bagages dans sa chambre, celle où les bagages de l'épouse doivent être déposés. Elles passent, bien sûr, devant le mari assis.
Cela fait : une fois les bagages déposés dans la case, cette femme se relève et pousse de grands youyous. Les femmes se rassemblent et jouent du tambour à tout casser, elles en jouent pour qu'on l'entende au loin. Ce jeu de tambour plaît, ce n'est pas un tambour de rien ! Les femmes se réunissent et entament des chants pleins de sens qui instruisent la jeune épouse, qui instruisent le mari. Ces chants leur donnent de bons conseils : sur la manière dont ils doivent se traiter au foyer, sur la manière dont la jeune épouse doit être soumise aux beaux-pères, aux belles-mères, aux aînés et aux cadets du mari. Elles les chantent, ces conseils, au son du tambour , surtout pour que l'épouse soit assez sage pour bien traiter (sa belle-famille).
Alors, les frères cadets du mari achètent des noix de cola, en offrent aux femmes. Le chef de famille lui-même dans sa joie achète des colas pour en gratifier celles qui font la fête. Certains compagnons du mari aussi achètent des noix de cola et en gratifient les femmes en fête. On ne peut plus compter les noix de cola. Beaucoup peuvent en avoir à croquer.La fête se termine là dessus.
Ils prennent le repas soir et causent. Au moment de se coucher, la jeune femme ne connaît pas où est la case de son époux. Alors un camarade de l'époux ou la femme du grand frère du mari qu'on appelle 'nimaamuso' (entre un homme et sa 'nimaamuso' il n'y a pas de gêne, de même entre un homme et son compagnon de circoncision) s'en va apprêter l'épouse pour l'introduire dans la chambre (nuptiale), il y entre avec elle, s'assied et plaisante. Le mari est assis sur son lit dans sa chambre. Sinon, la première fois, que la femme entre dans la chambre du mari avant lui, cela ne se fait pas chez nous. Comme je l'ai déjà dit, que la femme entre dans le village et arrive dans la maison du mari en son absence, cela ne se fait pas chez nous. C'est la même chose pour la chambre à coucher. Quand le sommeil se fait sentir, ils congratulent l'époux et sortent pour aller se coucher.
Alors, 'je ne te connais pas', 'tu ne me connais pas', les voilà tous les deux l'un chez l'autre. C'est le comble du courage, parce que le mariage est conclu chez nous et la cohabitation commence alors que l'époux ne connaît pas sa femme et que l'épouse ne connaît pas son mari.
Il est vrai que maintenant, beaucoup d'hommes ne se trouvent plus gênés en ce qui concerne l'épouse. Beaucoup vont se renseigner et font leur enquête jusqu'à ce qu'il se connaissent. Sinon, autrefois, l'épouse ne contactait pas son époux sauf le jour où elle se rendait au foyer. Avant ce jour, ils ne se connaissaient jamais....Les voilà donc tous deux ensemble. Le camarade sort et part se coucher, ou bien la 'nimaamuso'. Ils sortent en les félicitant et regagnent leur endroit habituel.
Les époux vont s'apprivoiser. Si la vue de l'épouse réjouit le mari, ils ne mettent pas longtemps à s'aimer. De même si la vue du mari réjouit l'épouse, l'amour ne tarde pas. C'est un grand bonheur partagé. Ils en remercient Dieu en disant : 'C'est la femme que je désirais, c'est l'homme que je désirais.' Le va-et-vient entre les deux familles a lieu ainsi dans ce contexte. Chaque année elle fait un séjour (bis). Certaines épouses font deux séjours. Certaines en font même trois, quand l'union est étroite.

(Fête du mariage = boloko, fùràsi)

Alors, voilà la fête du mariage (de l'excision = 'boloko') qui approche. Quand les pères de la mariée se rendent compte qu'elle est parvenue à pleine maturité, qu'elle peut faire tous les travaux d'une épouse au foyer, au tout début de la saison froide, si la belle famille a commencé tôt les démarches, il se trouve que le chef de village a convoqué une assemblée concernant le 'boloko' pour que chacun désigne aux autres qui va en faire partie. Si le mari a recommencé les démarches, dans le même temps, les parents de l'épouse disent : 'Bon ! Nous avons parlé du 'boloko' pour cette année en demandant de faire les préparatifs. On n'en connaît pas le mois, on n'en connaît pas le jour, mais cette année, quelle qu"elle soit, nous allons faire la fête du mariage (définitif = furasi)'. L'époux prend l'affaire à coeur. Il remercie avec effusion et s'en va.
Au retour, après avoir tranmis le message au chef de famille, ils s'y mettent avec ardeur. Tout ce qui concerne cette coutume du 'boloko', ils en font les préparatifs. Si par hasard, il n'ont pas pu commencer tôt les démarches, et que le chef de village a parlé très tôt de la fête (la prise d'habit traditionnel), alors certains pères consciencieux n'attendent plus la prochaine démarche, ils demandent à l'intermédiaire de prévenir la famille du mari : 'Nous avons l'intention de conclure le mariage cette année. Toutes les coutumes qui le concernent, qu'ils les fassent avec diligence.' L'intermédiaire se fait un devoir de le leur faire savoir. Ces coutumes du mariage j'en ai (déjà) parlé suffisamment. Ce qui concerne la calebasse contenant le beurre de karité, la plus importante, j'en ai déjà bien parlé. A la fin de la fête, le repas offert a lieu ainsi que je l'ai déjà expliqué, tout se passe de la même manière. Ce que j'ai oublié de dire dans ma première causerie sur cette fête du 'boloko', commençons par cela : je veux parler de la présentation de l'habit traditionnel (kufin).
Quand le rite du repas est achevé, le grand chef de famille fait une réunion pour dire : 'Que les excisées aillent montrer leur habit chez leur mari'. Il s'agit d'un voyage de l'épouse chez son mari pour se présenter en habit traditionnel. Ce voyage n'est pas sollicité par le mari. Les beaux-pères doivent proposer d'eux-mêmes : 'Qu'elles aillent montrer leur habit!' Que signifie cette présentation ? Il s'agit de ton premier voyage comme femme 'accomplie' chez ton mari. Il n'est pas sollicité par le mari, il est spontanément décidé par ses beaux-parents. C'est au beau-père que la décision revient. Toute fille excisée qui a accompli les rites de la fête, c'est ton devoir de l'envoyer présenter son (nouvel) habit. S'il a une date précise, il l'indique. Le père de la mariée s'en occupe sérieusement. Elles s'en vont chez leur mari. Certaines mêmes font une veillée complète là-bas chez leur époux.

(Dernière récolte des noix de karité)

Mais notre plus vieille coutume, c'est le ramassage des dernières noix de karité. Après avoir passé un moment chez leur mari, au moment du ramassage des noix de karité, les maris les renvoient chez elles. Certains maris attentionnés l'envoient avec des cadeaux, comme ça s'est fait pour son voyage au foyer conjugal, mais ce n'est plus une obligation. Du moment que la fête a déjà eu lieu et qu'on l'a envoyée chez son mari avec son trousseau, ce n'est plus une obligation... Certains achètent un pagne, mettent du mil dans la calebasse emportée et l'accompagnent. Mais le mari porte le gros des bagages, comme cela s'est fait à la première visite de son épouse.
Les épouses passent l'hivernage à ramasser des noix de karité. La tante surveille sa nièce pour voir si elle est paresseuse. Elle l'asticote tout le temps en lui disant d'aller ramasser des noix. La fille, de fait, en ramasse beaucoup. Que signifie cette coutume du dernier ramassage des noix de karité? Cela signifie que c'est la dernière fois que tu ramasses des noix de karité dans ta famille paternelle. Tu ne passeras plus d'autre saison là-bas dans la maison de ton père. C'est une signification. Une autre est que, si ta fille est courageuse au travail, les noix de karité ramassées n'appartiendront ni au père ni à la mère, mais les tantes l'ajouteront à leur réserve pour acheter les éléments de la batterie de cuisine (qu'elle emportera). Au début de la saison froide, quand les démarches de mariage reprennent, au cours du palabre le grand chef de famille dit : 'L'an dernier, nous avons fait la grande fête de l'excision. Puisque la saison froide a commencé, que tous fassent les préparatifs ! Au moment que j'aurai fixé, au mois que j'aurai fixé, que l'on remette donc les épouses à leurs maris!'  Chaque chef de famille va le dire chez lui. Toutes les tantes, elles, se mettent au travail. Avec la jeune épouse, elles font sécher les noix, les pilent, en extraient le beurre et le vendent. Que la jeune ait ramassé des noix ou non, les pères attentionnés n'en tiennent pas compte, ils prennent l'affaire à coeur et s'efforcent d'acheter de toutes les sortes d'ustensiles pour le voyage (définitif) de leur fille chez son mari. Mais tu as beau être un bon père, (comme dit le proverbe) 'Quand ta main ne peut atteindre ta tête, tu la poses sur ton cou'. Et si tu n'as rien, toi le bon père, finalement, ton espoir est dans les noix ramassées par ta fille. Ce que tu as complètera son cadeau de beurre de karité et permettra d'acheter le trousseau de la jeune épouse. Ce que tu auras pu trouver, si Dieu le Très haut a fait dans sa miséricorde que tu aies quelque chose, pour ta part, tu fais tout ce que tu peux pour participer à l'achat des ustensiles et des habits. La tante s'efforce de préparer en quantité des graines d'oseille et de nèrè fermentées. Certaines remplissent un panier complet de 'datu' (graines d'oseille fermentées) et un autre panier de 'nèrètu' (graines de nèrè fermentées).

(Dernier voyage de noces. Le message à transmettre à la belle-famille)

Bien, alors le grand chef de famille précise le mois et dit : 'Que les filles partent ce mois-là!'  Tous les chefs de famille ne s'accordent pas sur le même jour. Les uns envoient leur fille tel jour, les autres tel (autre) jour. On sait bien que tous (les départs) ne peuvent se faire le même jour. Tous ne peuvent terminer les préparatifs en même temps. Les pères s'en occupent avec zèle. Celui qui veut envoyer sa fille à telle date le fait savoir au grand chef de famille : 'Bon, on envoie une telle à telle date.' Comment se déroule cette coutume? La mission est confiée à l'intermédiaire de mariage. Qu'il aille lui-même (prévenir), c'est lui le responsable, ou qu'il envoie quelqu'un, c'est lui le responsable. Et quand la date fixée par le père arrive ? (comment la coutume se déroute-t-elle?). Le père dit aux mères de sortir dans la cour avec tous les ustensiles qu'elles ont achetés. Lui-même fait de même avec ce qu'il a acheté. Il appelle l'intermédiaire pour montrer les objets. Alors le grand chef de famille confie à l'intermédiaire son message : 'Les gens de la famille de X sont venus pour une telle. Ils ont compté sur toi pour me la demander en mariage. La jeune femme elle-même est présente. Les termes dans lesquels le mariage a été conclu, encore aujourd'hui je les revendique. Je leur ai donné ma fille, encore aujourd'hui je ne les bernerai pas. Depuis le début de l'accord matrimonial jusqu'à maintenant, ils ne m'ont fait aucune entourloupette lors de leurs visites. Ils ont traité ce mariage avec égards et ont suivi parfaitement les vieilles coutumes. Voici la jeune femme. Je te la donne pour que tu la leur remettes. Je la leur ai donnée aujourd'hui, je la leur ai donnée demain. Dis-leur (ceci) : 'Quand tu donnes une épouse à un homme quel qu'il soit, tu lui as donné un adversaire. L'homme et la femme sont des adversaires. Je n'ai pas dit qu'ils ne doivent jamais se disputer, je ne l'ai pas refusée, mais elle n'est pas accordée pour lui briser une jambe, pour lui crever un oeil, ou lui casser un bras. Mais ce qui serait le plus grave de tout, insiste bien là-dessus : qu'on la corrige, soit ! Mais qu'on ne coupe jamais la fine et longue branchette, sinon nous ne pourrons pas le supporter.'
Bon, il rappelle quelques vieilles alliances : 'Telle alliance a été conclue (entre nos 2 familles) jamais la fine branchette n'est apparue entre nous. Telle alliance aussi a été conclue entre nous, jamais on ne s'est servi de la fine branchette. Quand tu iras, dis-leur de bien (la) traiter. Quand les époux s'entendent bien, la famille de l'épouse est sauvée, quand les époux s'entendent bien, la famille du mari est sauvée. Mais si le mari et la femme ne s'entendent pas, quoi qu'il arrive, donner une femme à un mari c'est lui donner un adversaire, soit, mais qu'on ne coupe pas de fine branchette (flexible). Ça nous fera plaisir. Que la fille traite bien son mari! Que le mari la traite bien aussi! Qu'une jeune fille aille s'installer chez son mari en disant : me voici en personne!' ça ne doit pas survenir. Si le mari se dispute avec elle à ce sujet, cela ne doit même pas nous être rapporté ici. Une femme n'est pas autre chose qu'un être appartenant à un autre. Si quelqu'un n'accepte pas cette dépendance et veuille en faire un problème, il n'y a pas d'endroit pour le régler. Je ne l'ai pas donnée pour qu'elle domine son mari. Tout le monde sait qu'on ne contracte pas mariage pour devenir rivaux, que le mari aussi ne traite pas comme une rivale ma fille une telle, de toutes manières, qu'il ne brandisse pas la longue et fine baguette. D'autres alliances ont été conclues entre nous, si tu as pu conclure celle-ci, c'est l'oeuvre des anciennes. Efforcez-vous de vivre celle-ci comme les anciennes l'ont été.'
Que veut donc dire l'expression 'la fine et longue branchette'. Quand tu entends parler d'elle au sujet d'un mariage, si au cours d'une querelle de ménage l'époux se met à insulter le père et la mère de son épouse ou quelqu'un de sa parenté, c'est de cette fine branchette là qu'il s'agit. Cela ne doit pas se faire. Pourquoi ? La jeune femme peut bien créer beaucoup d'ennuis à son mari, ni sa mère ni son père ni son frère n'en sont responsables. Si tu te mets à les accabler d'insultes, aussitôt vos relations vont se détériorer complètement. Le comportement d'une personne et celui des siens, ce n'est pas la même chose. Tu peux éduquer beaucoup d'enfants sans qu'ils imitent ton comportement. La menace concernant la fine branchette s'appuie sur cette réalité. Les insultes au père, à la mère ou à la parenté, c'est cela la fine et longue branchette. Qu'elles ne surgissent pas au cours de la querelle!
L'intermédiaire de mariage acquiesce. Il prépare les bagages, aide à les mettre sur leur tête et prend la route. Quand il y a vraiment beaucoup de bagages, trois ou quatre femmes accompagnent (la mariée). Voici la fille qui arrive chez son mari. Ils entrent et déposent les bagages chez l' hôte. Cela fait, ils saluent et expliquent à l'intermédiaire de mariage du mari la raison de leur venue. En effet chez nous il y a deux intermédiaires de mariage, celui qui réside au village de la jeune femme et celui qui réside au village du mari. Quand la jeune femme va chez son mari, son hôte est l'intermédiaire de mariage résidant au village de son mari. Ils lui transmettent les recommandations du beau-père. C'est l'autre intermédiaire, celui qui accompagne (les femmes), qui se charge de les lui transmettre. Ce dernier part prévenir qu'un étranger est arrivé. A cette annonce, les gens de la famille du mari viennent faire ensemble le palabre de mariage. On prévient tous les chefs de famille de l'arrivée de l'étranger. Eux aussi offriront un plat de 'to' comme cela s'est fait dans la famille de l'épouse. Tous les chefs de famille offriront un plat le soir. Le matin et le midi, cela revient uniquement à la famille du mari, aucun plat ne vient d'un autre endroit. Mais tous les soirs, les chefs de famille offrent un plat.

(Dernier grand palabre de mariage dans la famille de l'époux)

A l'aube donc, ils vont exposer en public le motif de leur venue ou bien dans la famille de l'époux ou chez le grand chef de famille. Ils prennent les bagages et vont à l'entrée du vestibule de palabre. Tous ceux qui ont été convoqués sont là. L'intermédiaire de palabre prend alors la parole : 'Honorable un tel, toi et un tel, et papa un tel, je vous ai demandé de venir ici. C'est que les gens de la famille d'une telle m'ont prévenu qu'elle serait envoyée (définitivement chez son mari). Il lui ont donnée des gens pour l'accompagner et se rendre chez toi, Honorable un tel. Ils m'ont chargé de vous la remettre avec ces recommandations : 'Il n'existe pas de mariage sans offenses faites au conjoint, à celui qu'on aime.' Quand la fille a été donnée, l'alliance a été respectée comme il faut, il n'y a pas eu d'entourloupette concernant le mariage, ils ont observé les coutumes jusqu'à arriver à celles de la fête du mariage définitif. On n'a pas eu de motif de se disputer pendant toutes les démarches, aucun motif. Aussi, encore maintenant, les termes dans lesquels le mariage a été conclu, encore aujourd'hui ils les revendiquent : quel que soit l'homme à qui tu as donné une épouse, tu lui as donné un adversaire. Le mari et sa femme sont à la fois du savon l'un pour l'autre, mais aussi des adversaires (proverbes).  On ne confie pas une personne à une autre pour qu'ils se disputent, mais des avertissements sont utiles à quelques unes. L'homme et la femme sont différents. Chaque jour que Dieu crée, une épouse pourra faire une sottise qui mérite correction. Nous sommes venus vous donner notre fille. Si une querelle surgit, ne lui brisez pas la jambe ! Ne lui cassez pas un bras ! Ne lui crevez pas un oeil! Mais le plus important, ne brandissez pas la fine et longue branchette. Cette alliance a été vécue ainsi par les anciens, ils n'ont pas brandi la longue tigette entre eux. Quand on dit : à chacun son époque, et qu'on dit la vôtre est arrivée, nous avons vécu notre alliance comme nos anciens. Les anciens n'ont pas proféré d'insultes envers leurs beaux parents, si cela se fait dans notre alliance, nous ne l'accepterons jamais. Le mariage est définitif, c'est vrai. Si nous venons vous demander de nous prêter de l'argent alors que vous en avez, il ne faut pas nous le refuser. Sinon, nous n'avons plus de dette envers vous concernant ce mariage. Nous sommes venus donner notre fille une telle. Qu'on la donne à son mari, qu'il la traite bien! Qu'elle ne reste pas à rien faire! Si elle commence (à voler) un objet trouvé dans la maison, ou quelque chose d'abimé, qu'il se trouve quelqu'un pour lui dire : ' oh, une telle, arrête ça! Tu n'as pas encore vu (quelqu'un) agir comme cela ici.' Alors, elle pourra réfléchir et ne plus le faire. Mais si on la voit et qu'on la laisse sur ce mauvais chemin, la famille ira à sa ruine à cause d'elle. Que Dieu vous en préserve! C'est une enfant, encore maintenant, ce n'est qu'une enfant. Si elle agit mal en quoi que soit, montrez-le lui! Si vous la voyez en train de faire quelque mauvaise action dans la maison, dites-lui de cesser. Il s'agit bien sûr d'un vrai mariage, mais c'est aussi 'une fille est dans la main d'un fils'. Notre enfant et le vôtre, une fois donnés l'un à l'autre, ce n'est que cela : notre fille est dans la main de votre fils. Ne les laissez pas faire si vous les voyez. Quelle que soit l'action mauvaise qu'ils sont en train de faire, dites-leur de la cesser. Mais ce qui est le plus important de tout, c'est l'affaire de la fine et longue branchette. Ne la brandissez pas!' L'intermédiaire de mariage parle de cette manière et termine son intervention.
Le grand chef de famille en fait part à tous. Tous remercient, parce que c'est une bonne intervention. Ils remercient en disant : 'C'est une telle marque d'honneur, que nous n'avons pas de mots pour le dire, si ce n'est notre grand chef de famille. Toute personne qui fait le voyage pour te donner quelqu'un, a fait le maximum.' Tout le monde confie le dernier mot au grand chef de famille de cette manière. Celui-ci prend la parole en rappelant les vieilles alliances matrimoniales, les vieilles amitiés, les vieilles actions passées. Il dit beaucoup de bonnes paroles et remercie chaleureusement les étrangers.
Ce palabre, même si le mari est encore jeune, même s'il n'est pas chef de famille, ne se passe jamais en son absence. Le palabre de la remise définitive de ta femme a lieu en présence de vous deux. Tout ce qui est dit par telle personne, vous l'entendez tous les deux. Que vous arriviez à le mettre en pratique, tous les deux l'entendez, que vous n'y arriviez pas, tous les deux l'entendez. Mais un homme de valeur, un mari de valeur y réfléchit sérieusement, parce que votre mariage est relié à celui de vos ancêtres, à celui de votre grand père, à celui de votre père. On vous rappelle le proverbe : 'Ce n'est pas une vilaine chose que de ressembler à son père' . On vous le rappelle afin que vous ressembliez à votre père, votre grand père, à vos aïeux. Toi aussi peux devenir sage et bien traiter ton épouse. Que des gens s'assoient et rappellent ainsi des jours qui ne datent pas d'aujourd'hui, et leur bonne manière de vivre leur mariage, qu'ils invitent d'autres à vivre le leur de cette bonne manière, cela fait réfléchir des maris sérieux.
De même pour la jeune femme ... (ce palabre) amène les jeunes femmes consciencieuses à être soumises à leur mari, à ceux de la génération plus ancienne, à ses belles-mères, aux frères cadets de son mari, à bien comprendre sa mission au foyer conjugal. Une jeune femme consciencieuse, elle aussi peut réfléchir à des paroles de ce genre.
Ils terminent ainsi le palabre. Il se trouve que l'oncle-éducateur chargé des coutumes a préparé à l'écart une grosse poule et un coq, ou bien une chèvre adulte ou un bouc. Le palabre terminé, le grand chef de famille demande alors aux mères du mari de fouiller les bagages. Pour quelle raison ? Pour vérifier qu'il n'y a pas d'élément insolite. Comment ça insolite? Certaines épouses arrivent avec des fétiches pour mettre le mari à leur merci. Certaines viennent avec des drogues en poudre. Ce rite se pratiquait autrefois, mais plus maintenant. Même si cette coutume a encore lieu, les femmes d'aujourd'hui sont très malignes. Elles ont vite fait de cacher cela dans un repli de vieux linge. Elles ne le déposent dans leur case aux yeux de tous mais le cachent à part. Ces poudres et ces drogues pour la tête de leur mari, à quoi servent-elles? On ne les connaît pas, mais croyez bien que les femmes en préparent en quantité pour se rendre au domicile du mari !
Donc le chef de famille dit aux vieilles de fouiller les bagages. Elles les fouillent. Si elles n'ont rien trouvé d'insolite elles reviennent dire au chef de famille : 'Tout est parfait ! Il y a beaucoup de bagages et il n'y a rien d'anormal.' Le chef de famille répond : 'C'est bien! C'est à leur honneur ! Faites tout ce qui reste à faire!'
Avant que les femmes s'occupent du reste, l'oncle-éducateur amène au chef de famille en public la chèvre gardée à l'écart, ou la grosse poule et le coq en disant : 'Voilà le repas des étrangers!'. On en fait part au logeur qui en fait part à ses étrangers. Ils répondent : 'Agissez selon la coutume!'. On les égorge. Alors les vieilles viennent régler le problème des bagages. Chacun sa part. En effet tout ne va pas rester aux mains de la jeune épouse. Certaines vieilles gagnent une calebasse, d'autres une petite louche, d'autres du 'nèrè' fermenté. Une calebasse pour offrir du 'to', et du 'nèrètu' pour la sauce reviennent au chef de famille. Elles répartissent ainsi, à chacun son dû. Quand tout a été réparti et que chacun a eu sa part, le reste est alors ramassé et emporté au domicile du mari.
Pendant tout ce temps, dès que l'arrivée de l'épouse et de son cortège a été annoncée, ce que tu peux offrir comme noix de kola, tu vas en donner le matin, tu vas en donner le midi, jusqu'à ce que les accompagnateurs de l'épouse soient retournés chez eux. Quand le repas (de noces) est prêt, on suit les coutumes telles que je les ai expliquées plus haut.
Quand vient le moment de partir pour les étrangers, un époux riche se doit de venir le matin avec une somme d'argent en disant : 'C'est pour le départ des étrangers, pour le voyage-retour de ceux qui ont accompagné l'épouse.' Certains donnent 2500 francs, d'autres 3000 francs, en certains endroits 5000 francs. Mais chez nous ici, on considère cela comme de l'ostentation. On ne l'accepte pas. La bonne somme chez nous ici : 1500 francs, 2000 francs, 1000 francs ou même 500 francs. On la remet à l'intermédiaire de mariage le samedi matin en disant : c'est pour le voyage-retour des étrangers. Elle est acceptée avec de grands remerciements. Ils font le tour (des familles) en remerciant. On leur fait les adieux. Ils s'en vont. Les messages confiés au départ, leur transmission, les paroles des gens de la famille du mari, celle des vieux aussi ... ils rapportent tout à ceux qui les avaient envoyés. Les cadeaux reçus, ils les détaillent. Le viatique donné : 2500 francs ou bien 2000, quelle que soit la somme, ils en font part.
Les vieux qui les avaient envoyés les remercient alors vivement en disant (l'adage) : ' Si tu vois quelqu'un assis, l'esprit tranquille, c'est grâce au messager qui a fait la route. En effet ' Tu envoies beaucoup de gens à pied, mais tu n'envoies pas leur bouche' . Quand tu entends dire cela à un messager, c'est qu'il a été un messager fidèle. Un tel ! Merci !'
(Ce proverbe) : 'Tu envoies beaucoup de gens à pied, mais tu n'envoies pas leur bouche', en voici le sens : Quand le messager transmet le message parfaitement , d'un bout à l'autre et qu'il y ajoute de bonnes paroles de son propre cru, c'est parfait. Ils remercient vivement tous les envoyés. Le viatique donné n'appartient pas au père ni à la mère, il revient à ceux qui ont fait le voyage. Alors, ils se réunissent pour le partager et donner à chacun ce qui lui revient.
Voilà donc la cohabitation commencée. Le mari et la femme sont ensemble. Complaisance mutuelle, ils sont ensemble. Déplaisir mutel, ils sont ensemble. Le mariage, ce n'est pas provisoire, tant que le mari est en vie, il ne prend pas fin, tant que la femme est en vie, il ne prend pas fin, même si les deux meurent, il ne prend pas fin, parce que le jour où il a été conclu, on a fait intervenir les anciennes alliances. Le mari et la jeune épouse sont ensemble. Peut-être vont-ils bien se traiter, peut-être non. En tout cas, la cohabitation est en cours.

Il faut demander pardon (pour cette longue causerie), pardonne-moi !