Histoire de Samory (traduction française)
Histoire de l' Almamy Samory 

Traduction française (premier jet !) de l'histoire de Samory racontée par Amadu Kulubali, originaire de Jimini, village rasé par l'Almamy.

 

1/ Débuts de Samory. Sa montée en puissance.

Je m'appelle Amadu Kulubari, (mes parents) m'ont engendré à Dabakala, Giminina. Le Français qui s'est établi à Kofidugu m'a prié de lui raconter cette histoire, celle de l'Almamy Samory Ibn Lafiya. Je lui ai dit  :'Samory est né dans la région de Sanankoro (dans un village) du nom de Konia. Son père est malinké, on l'appelait Lafiya Touré, il était pauvre. Sa mère était de Konia. On l'appelait Masoronan Kamara. On la disait belle.
Il y avait alors un grand chef du nom de Sori Burama. C'était le fils de Foden. Il savait bien se battre. Tous les gens de Konia le craignaient. Sori Burama a envoyé ses soldats armés de fusils pour capturer des esclaves. Ils ont rencontré des commerçants qui transportaient des noix de cola et se dirigeaient vers Sanankoro. Masoronan, son mari et Samory s'y trouvaient. Les soldats ont fait parler la poudre et tué tous les hommes. Puis, ils ont pris les femmes et les enfants. Samory s'est enfui à toute vitesse, ils n'ont pas pu le prendre. Ils ont regardé Masoronan, l'ont trouvé belle, l'ont emmenée chez Burama en lui disant : 'Voici une femme, nous l'avons capturée et te l'amenons pour te la donner. Elle est à toi.'
A cette époque, Samory n'était plus un garçonnet, il venait d'être circoncis, c'était un jeune homme. Il est revenu à Sanankoro, et il a dit aux gens de Sanankoro : 'Ils ont tué mon père et pris ma mère pour l'emmener chez Burama. Elle est devenue son esclave. Allez et faites soumission à Burama en le priant d'épargner ma mère.' Ils lui ont répondu : 'Qui donc es-tu? Tu ne possèdes rien. Pourquoi irions-nous transmettre tes paroles à Burama?' Ce jour-là, Samori pleura beaucoup.
Après cela, Samory est allé lui-même saluer Burama. Burama demeurait alors à Madina, dans la région de Worokoro. Samory n'avait pas de cheval, sans or il ne pouvait en acheter un, il voyagea à pied. Il fit un jour, deux jours de marche sans rencontrer de village habité, car les fusilliers de Burama faisaient la guerre et tous les villageois se cachaient dans la forêt. Il n'a rien trouvé à manger. Pendant sept jours de marche il n'a rien mangé. Entré dans Madina, il dit à Burama : 'Père, prends-moi, je suis ton esclave. Ma mère qui m'a engendré est ton esclave et cela m'est désagréable. Que ma mère qui m'a engendré en soit une, cela me déplaît. Laisse-la partir de nouveau dans son village.' Sori Burama lui a répondu : 'Installe-toi chez moi, et fais la guerre pour moi. Si tu combats bien, je me calmerai et ta mère pourra rejoindre son village.' A longueur de temps, Samory est à la tête des cavliers de Burama, et part faire la guerre. Le jour où il part, à chaque fois, il prend des vaches, des esclaves et les ramène comme butin à Burama. Quand il ne part pas en expédition guerrière, Burama lui montre le Coran. Il est resté sept ans chez Burama. Puis Burama l'a appelé et lui a dit : 'Tu as bien fait le travail que je t'ai donné, voici ta mère, retournez dans votre village.' Il leur a donné des esclaves et de l'or. Samory est parti avec sa mère Masoronan. Ils sont entrés à Toron du Bisandugu. Là, Samory acquit beaucoup d'esclaves, il gagna beaucoup d'or et d'argent. Il acheta beaucoup de kolas, les revendit, acquit beaucoup de biens, il devint riche.


2/ Samori prend le Wasulu, il prend Konia.

Il y avait à Toron un chef du nom de Bitikye-Swane. Il avait beaucoup de fusilliers à son service, mais il était vieux et ne pouvait plus faire la guerre. Il a demandé à Samory de prendre la tête des ses soldats. Samory fit la guerre. A chaque fois, il gagnait. Les soldats l'ont reconnu comme leur seul chef, ils n'ont plus reconnu Bitikye-Swane. Alors, Samory a appelé Bitikye-Swane et tous les chefs de Toron en leur disant : 'Maintenant, c'est moi qui suis à votre tête.' Le chef du Bisandugu, du nom de Famori, lui a répondu : 'Pour ma part, je ne connais pas Samory'. Alors Samory a appelé tous les gens de Toron. Ils sont allés à Bisandugu, ont pris le village, ont tué Famori et l'ont décapité. Quand les gens de Konia ont appris ce coup de main, ils ont envoyé des messagers chez Samory pour lui dire : 'Nous sommes tous à toi, sois à notre tête, nous ne voulons plus nous soumettre à Burama.' (Mais) les gens de Sanankoro ont dit : 'Ce Samory était chez nous comme petit commerçant. Il veut se mettre à notre tête. Cela ne nous plaît pas. Nous avons ici beaucoup de chefs qui sont des gens beaucoup plus importants que Samory. S'il vient ici, nous ne l'installerons pas à la tête de notre village.' En entendant ces paroles, Samory se mit fort en colère. Il a appelé les gens de Toron et ceux de Konia. Il les a tous appelé pour partir en expédition. Alors les gens de Sanakoro ont construit une muraille. Samory est arrivé. Il a placé ses chefs de guerre pour cerner le village. Tous les gens qui étaient allés chercher du bois de cuisine ou de l'eau ou de la nourriture, Samory les a fait prisonniers, tuant les hommes et gardant les femmes. Au bout de six mois de siège, les gens de Sanankoro étaient à bout de forces, ils n'avaient plus rien à manger. Alors les hommes déclarèrent : 'Nous avions dit que Samory n'était qu'un enfant, nous nous sommes trompés, il est plus fort que nous.' Ils ont pris douze belles esclaves, et de l'or et les ont offerts à Samory en disant : 'C'est toi en personne qui est le chef du pays, notre village t'appartient.' Aussitôt Samory est entré dans Sanankoro, il a appelé tous les vieux et leur a dit : 'Ce village est à moi, ma mère m'a engendré dans ce village, j'ai l'intention d'y faire ma demeure.' Ensuite Samory est parti faire la guerre au Wasulu. Il a pris successivement Lèngèsoro, Bondugu, Baniyan, Juma, Kulubala, Kurulamini. Il a pris tous ces villages où demeurent les gens du Mande.
Un jour, Sori Burama a appelé ses deux fils Amara et Mori Laye. Il leur dit : 'Voyez ce Samory! Sa mère, c'est mon esclave. Je lui ai fait des tas de cadeaux. Et c'est lui qui prend tous ces villages qui m'appartiennent : Sanankoro, Sankara ... Moi, je suis vieux et ne peux plus faire la guerre. Mais vous ! Allez chasser Samory de mon territoire.' Samory l'a appris, il a appelé ses deux frères cadets Malinka Mori et Kyèmè Burama et leur a dit : 'Je ne veux pas faire la guerre chez Sori Burama, c'est mon maître, c'est mon père, ses fils vont venir faire la guerre chez moi. Allez ! Capturez-les et amenez-les moi ici.'
Alors les frères de Samory sont partis, ils ont rencontré les fils de Sori Burama, ils ont livré un dur combat. Malinka Mori et Kyèmè Burama ont capturé amara et Mori Laye, ils les ont décapités et ont donné leurs têtes à Samory. Ensuite, ils sont allés faire la guerre à Mori, roi de Kankan. Samory voulait prendre Kankan. Il a installé son camp et encerclé le village. Ils en ont fait le siège pendant neuf mois et neuf jours. Les villageois ont fait leur soumission.
Alors que Samory faisait le siège de Kankan, Sori Burama était très en colère de la mort de ses fils. Il avait l'intention de prendre Sanankoro. Sur ce, Samori a appelé Mori le noir en lui disant : ' Pars capturer Sori Burama'. Sori Burama eut le dessus sur Mori le noir et tua beaucoup de ses soldats. ... Samory en personne s'est mis en route, il a pris Sori Burama et lui a dit : 'Tu es mon père. Que le vieux père fasse la guerre à ses fils, cela n'est pas bon. Maintenant, te voilà installé dans mon camp. Je prends des femmes et te les donne, je prends des esclaves et te les donne. Tu connais mieux le Coran que tout le monde. Prie et demande à Dieu d'accorder la paix à ton fils.'
Tous les villages du Sankara et de Kuranko, tous ceux du Wasulu, Samory les a tous pris. Tous ceux de la forêt, qu'on appelle 'Toma' sont venus faire soumission à Samory. Alors, Samory est allé à Sanankoro, il a appelé tous les chefs de village, tous les chefs de famille, tous les chefs, tous les vieux et leur a dit : 'Voici mes paroles : je dis vrai, je témoigne de l'existence de Dieu, qu'Il est unique, qu'Il n'a pas de fils, qu'Il n'a pas été engendré, qu'Il a créé les anges, les démons, les hommes, la terre, le ciel. Lui seul est Dieu et Mahomet est son prophète. Maintenant, Dieu m'a envoyé dans ce pays, c'est moi qui suis l'Almamy Samory, fils de Lafiya, le Magrébin, j'ai été installé à la suite de Mahomet. Tous les vendredis, dans les mosquées, vous proclamerez mon nom pendant la prière, vous m'appellerez Almamy Amiroulmumenina. Je n'ai pas d'autre nom.' Tous les gens qui l'appelèrent 'Samory', il les a pris. Les riches, il les a tués, les pauvres, il les a vendus. Quand Samory a déclaré que Dieu l'a envoyé pour être installé à la place de Mahomet et qu'il était l'Amiroumenina, il a menti, nous savons tous que l'homme qui a été installé à la place de Mohamet, c'est le roi de Turquie, il demeure à Istanboul, lui seul est l'Amiroumenina. Les gens ont eu peur de Samory, c'est pourquoi, ils l'ont appelé comme cela.

3/ Samory commence la guerre contre les Français.

Un jour, Samory a appelé ses aînés et ses cadets en leur disant : 'J'ai l'intention de conquérir le pays qui est à l'ouest, derrière le fleuve Niger. Maintenant que nous avons conquis (mangé) le Wasulu et le Koniyan, il y a de l'autre côté du Niger des esclaves en quantité, des villages en quantité et beaucoup de mil. Allons-y ! Toutes les femmes que vous voulez, tous les esclaves que vous voulez, je vous les donne.'
Samory, ses aînés et ses cadets sont donc partis, avec leurs soldats et leurs cavaliers, ils se sont tous mis en route. Sept jours après, ils ont traversé le Niger... Les malinkés de Kankaba l'ont appris, ils sont venus se soumettre. Ensuite, l'Almamy voulut prendre Nyagasola. Les habitants ont pris peur, ils se sont enfuis dans les montagnes et ont envoyé des messagers chez le chef des Français qui se trouvait à Suraka au bord du fleuve pour lui dire : 'Samory est en route dans l'intention de prendre nos femmes, nos enfants et tous nos biens. Nous ne sommes pas forts, nous ne pouvons pas le combattre et il veut nous tuer tous. Mais vous, les français, vous êtes plus forts que tout le monde. Vous seuls pouvez tuer Samory. Venez et Samory s'enfuira rapidement.'
Les gens de Nyagasola ont dit vrai. Personne n'est plus puissant que les Français. Les Français sont plus puissants que tous les Blancs. Les Français ont quitté Surakabada, eux et beaucoup de soldats avec des canons. Samory prit peur. Il est retourné sur l'autre rive du Niger et installa son camp près d'un village du nom de Kenyeran dans l'intention de s'en rendre maître. Les gens de Kenyeran n'ont pas eu peur. Almamy a installé son camp et cerné leurs remparts. Il n'a pas pu y pénétrer. Alors, le chef des Français a envoyé un de ses hommes chez Samory pour lui dire : 'Regarde! Tu t'es fatigué pour rien. Tu n'a pas pu prendre Kenyeran. Les Français sont les amis des gens de Kenyeran. Laisse-les ! Repars dans ton village de Sanankoro.'
Samory s'est fâché. Il déclara avoir l'intention de lui couper la tête et lui dit : 'Quand les Français viendront, je n'aurai pas peur d'eux, je ne ferai pas demi-tour même une seule fois. Ces Français-là, je les capturerai, et les donnerai à mes femmes pour qu'elles se moquent d'eux.' Ce messager fit demi-tour, il est revenu chez le chef des Français et lui a dit : 'Voilà! J'ai transmis à Samory l'injonction de retourner chez lui à Sanankoro et il voulait me couper la tête.' Quand le chef des toubabs entendit la réponse, il se mit en colère et dit à ses troupes : 'En route : tout le monde en route!' Ils se sont mis en route, ont traversé le Niger. Ils étaient prêts d'entrer dans le camp de l'Almamy. Soudain, tous les cavaliers se sont mis à crier : 'Les Français sont arrivés, les Français sont arrivés.' L'Almamy se mit en selle et s'enfuit. Les Français ont mis le feu au camp de l'Almamy et l'ont brûlé. Cela fait, ils ont planté une grande palissade au bord du Niger. Un jeune frère de Samory, Kyeme Burama (Fabou) se mit en route et s'en est allé faire la guerre à Bamako; Les Français quittèrent leur camp le matin et à marches forcées ont rejoint leur arrière-garde. Kyeme Burama rassembla tous ceux qui avaient un fusil. Au lever du soleil, les tirs ont commencé, le soleil allait se coucher qu'ils tiraient encore. Le Français disposait de 300 tirailleurs, Kyeme Burama disposait de 3000 soldats. Tous se sont battus comme des panthères, les Français ont eu le dessus. Quand ils sont entrés de nouveau dans le camp, le fleuve était tout plein de cadavres. Les survivants de Kyeme Burama ne pouvaient pas boire. Sans demander leur reste, Kyeme Burama et ses hommes ont pris la fuite. Ensuite, le chef des Français, appelé Konbo, est venu à Nyagasola, y a bâti une maison. L'Almamy l'a appris et s'est dit : 'Les Français sont de nouveau là, si je les chasse aujourd'hui, ce sera une bonne chose, sinon ils vont entrer à Sanankoro.' Il a appelé son jeune frère Malinka Mori et lui a dit : 'Prends tous tes soldats et pars. Traverse le Niger, et attaque les Français qui sont à Nyagasola. Coupe-leur la tête et rapporte-les moi.' Malinka Mori a traversé le Niger. Un Français est sorti du camp. Malinka Mori l'a appris, il s'est rendu dans un bosquet près du fleuve pour l'attendre. Il a dit à ses hommes : 'Couchez-vous à terre, cachez-vous sous les arbres, derrière le tronc de fromager et derrière les lianes. Quand le Français vous aura dépassé, vous lui tirerez dessus.' Ils l'ont attendu. Peu après, les Français sont arrivés. Les soldats de Malinka Mori ont tiré. Malinka Mori ne savait pas que les Français avaient un canon. Ils ont fait parler le canon. Les gros obus cassaient les arbres et les abattaient. En tombant, ils écrasaient les cavaliers cachés derrière les arbres. Ensuite les tirailleurs ont mis la baïonnette à leurs fusils et ont attaqué en courant et en hurlant comme le tonnerre. Les sofas n'avaient pas eu peur des fusils, ils n'avaient pas eu peur du canon, mais en voyant les fusils à baïonnettes, ils ont pris la poudre d'escampette. Les Français ont continué leur route. Malinka Mori a rappelé ses cavaliers et leur a passé une bonne engueulade : 'Bande de poltrons! Vous avez entendu les français crier et vous avez tremblé comme des femmes ! Si je ne lui coupe pas la tête et ne la rapporte pas à mon frère aîné, il va vouloir me couper la mienne et la vôtre. Partons tous à Nafajè ! Les Français sont fatigués, nous les capturerons sans difficulté.' Sur le champ, Malinka Mori et ses troupes sont partis encercler le camp des Français en disant : 'En ce moment, ils n'ont pas de ravitaillement, ils ne peuvent pas se nourrir, ils n'ont rien à boire. Quand la faim les tenaillera, ils se rendront.' Le Français resté à Nafajè a écrit une lettre et l'a envoyée à Konbo. Konbo a pris la lettre, l'a lue. Aussitôt, il s'est mis en route, et à marches forcées, à la vitesse du vent, il est arrivé dans la même journée. Il a chassé Malinka Mori et tous ses hommes. Ensuite, il a ramené le français de Nafajè à Nyagasola.
Après la saison sèche, Konbo est retourné en France. Samory l'a appris. Il a dit à Malinka Mori. : 'Il n'y a plus rien ici, n'aie pas peur. Konbo sait faire la guerre, mais il est parti. Prends avec toi beaucoup de soldats et pars sur la rive des Surakas pour y faire la guerre.' Malinka Mori a pris avec lui beaucoup de guerriers, un millier, et beaucoup de chevaux. Il s'en est allé traverser le fleuve Niger. Il a pris tous les villages sur la rive gauche. Il est entré dans celui des Surakas en bordure du fleuve. Il y a tué tous les hommes. Prenant les femmes et les enfants, il les a vendus. (Avec l'argent) il a acheté des chevaux, de la poudre et des fusils. Ceux qui avaient échappé au massacre, ils les a fait mourir de faim, détruisant leurs cultures de petit mil et de maïs, arrachant leur manioc et leurs arachides, coupant leur riz, car il cherchait beaucoup de ravitaillement pour nourrir ses hommes et ses chevaux. Kyeme Burama aussi s'en est allé capturer des esclaves dans les villages bambaras. C'est alors que Konbo est revenu de son pays en compagnie d'un autre chef. Celui-ci s'est mis en route rapidement. Malinka Mori se trouvait dans un village. Ce chef français, l'ayant appris, a marché en hâte. Quand il est arrivé dans ce village, Malinka Mori y a mis le feu et pris la fuite. Chaque jour, le chef français poursuivait son chemin. Il est arrivé à Nafajè. Malinka Mori y a mis le feu et s'est enfui. Le chef français a continué sa marche. De nuit, il est entré dans un village où étaient les sofas. Il les a pris, les a attachés et leur a dit : 'Montrez-nous le chemin, marchez devant jusqu'au camp de Malinka Mori. Si vous criez, nous vous tuerons, si vous nous faites faire fausse route, nous vous tuerons.' Ces trois hommes ont montré la route. Arrivés à un marigot, le (français) a inspecté les lieux et a aperçu une grand fumée, celle du camp de Malinka Mori avec plus de 1000 femmes et plus de 2000 esclaves. Le français et ses soldats se sont dirigés en file indienne, sans dire un mot. Les sofas dormaient encore. Ils n'étaient pas réveillés. Le chef français a donné l'ordre de tirer. Comme un seul homme ils se mirent à bondir et à se précipiter comme les panthères bondissent sur les moutons. Ils chantent, ils crient, ils tirent des coups de fusil. Beaucoup de sofas furent tués. Malinka Mori s'enfuit. Les Français ont pris tous les chevaux, tous les fusils, tous les bagages et tous les esclaves.

4/ Samory et les Français font un traité

Quand Samory apprit tous ces événements, il pleura beaucoup. Les malinkés, les bambaras et les gens du Wasulu se moquèrent tous de Samory en disant : 'Regardez! Les français sont peu nombreux, ils ont tué tous les soldats de l'Almamy : en un seul jour, ils ont pris les esclaves. Leurs esclaves sont plus nombreux que ceux que Malinka Mori a pu prendre en trois ans.!' Samory a appelé un lettré du nom de Omaru Jalè. Il l'a envoyé chez le chef des français pour lui dire : 'Maintenant je reconnais que les français sont plus forts que moi. Celui qui prétend leur faire la guerre en pensant qu'il est plus fort qu'eux est un insensé. Je t'en prie, laisse-moi dans mon territoire. Je leur laisserai celui qu'il ont conquis. Si cela te plaît de m'envoyer un émissaire pour me transmettre tes paroles, envoie-le. Nous lui donnerons audience aussitôt, et ce qui convient, nous le lirons.' Le chef des Français a appelé un homme et l'a envoyé à Samory. Ce français est arrivé, est descendu chez Samory. Ils ont parlé. Samory a appelé Omaru. Omaru parle arabe, il peut bien l'écrire. Ils ont fait un traité. Dans cette lettre, Samory disait qu'il voulait devenir l'ami des Français, que toute la rive gauche du Niger leur appartenait et que ses soldats n'iraient pas y guerroyer. Samory a pris un garçonnet, fils d'une de ses esclaves, appelé Cèbilen Karamogo. Il l'a pris et l'a remis au Français pour payer sa dette. Le français a pris Cèbilen comme otage et l'a emmené en France. Un an après, ce français est revenu avec Cèbilen chez l'Almamy. L'Almamy a bien accueilli le français chez lui. Il lui a remis beaucoup de cadeaux, et a réécrit une lettre où il se dit l'ami des Français.

5/ Samory fait la guerre à Sikasso.

A cette époque il y avait un grand chef à Sikasso du nom de Cèba Traore. Il commandait à tous les bambaras dont le 'bon nom' est Sendere, ceux qui habitent le Kènèdugu. Cet homme était très riche. Il avait bien sept cents femmes. Quand il partait en expédition guerrière, son avant-garde avait 10.000 fusils, son arrière-garde 10.000. C'est la raison pour laquelle on l'appelait Cèba (le grand guerrier). Ce chef était commerçant, il était venu autrefois de Folona. Il a bâti une grande ville, entourée de trois remparts.Quand on sort de la ville par une porte le matin, tu y entres par une autre porte vers midi (après avoir longé les murs). On ne peut y compter les maisons tellement il y en a. Cette ville s'appelle Sikasso.
Samory se dit : 'Maintenant que j'ai fait un traité, moi et les français sommes des amis. Les français ne feront plus la guerre ici. Je peux envoyer des gens dans leur pays pour y acheter des fusils et de la poudre. Quand je les aurai, je pourrai faire la guerre à la ville de Cèba. Les français et moi sommes amis. Je pense qu'ils me donneront un canon. Avec les obus, je pourrai faire une brèche dans les murs de Sikasso, je prendrai toutes les femmes de Cèba, tous ses esclaves et tout son or.'
Alors, il s'est mis en route. Il quitta le Bisandugu pour s'en aller faire la guerre à Sikasso. Au départ de Bisandugu, ses joueurs de tambour, ses joueurs de tambour de guerre, ses joueurs de trompe et ses chanteurs formaient l'avant-garde en grand nombre. Ils chantaient : ' Voici l'Almamy, le plus puissant des chefs. Les français n'ont pas pu le vaincre. Il part en guerre contre Cèba. Il va pénétrer tout droit dans Sikasso. Ses murailles vont maintenant s'écrouler. Alors l'Almamy reviendra au Bisandugu, après avoir coupé la tête de Cèba et il la rapportera avec lui.'
Les chanteurs ont composé ce chant parce l'Almamy leur avait donné beaucoup d'argent et qu'il les avait abreuvé de bière de mil. Quand l'Almamy est arrivé à hauteur de Sikasso, il prit peur car il n'avait jamais vu de ville aussi grande. Il prit peur, mais personne ne s'en rendit compte. Il établit son camp retranché. Il s'installa en cernant les remparts. Un camp fut confié à Malinka Mori, un autre fut confié à Furuba Musa, lui-même en prit un autre. Il confia tous ces camps à ses jeunes frères et à ses fils en leur disant : 'Surveillez bien! Patientez un petit peu! Sous peu, Sikasso n'aura plus rien à manger, ils ouvriront les portes et nous y entrerons.'
Les gens de Sikasso ont beaucoup de greniers bien remplis de mil, de riz. Ils ont beaucoup de bovins, de moutons, de chèvres, de poules. Ils ont de tout en quantité. Ils mangent bien, sont en bonne santé. Ils sont grands, forts et très résistants. La nuit tombée, ils sortent de la ville. En se courbant et en rampant, ils entrent dans les camps de l'Almamy, y tuent des 'sofas' puis ils rentrent en ville sans que les sofas aient réussi à en capturer. Ils ont des flèches empoisonnées. Les gens de Sendere et les Bambaras sont de très bons archers. Ils tendent leur arc et tirent leurs flèches du haut des remparts. Ils tuent les gens de l'Almamy. Les balles des fusils de l'Almamy ne sont pas capables de percer et de faire écrouler les murailles. La distance est trop grande. Les balles de fusil ne peuvent atteindre la ville... Les gens de Samory n'ont plus rien à manger. (En effet) dès que les Sendere ont appris que Samory était en route, ils ont coupé tout le riz, récolté tout le mil, et tout enlevé dans la campagne. Deux jours avant son arrivée, il ne restait plus une gousse de piment ni un fruit de gombo dans les jardins. Samory fut obligé d'envoyer des âniers au Wasulu pour y chercher du mil, des ignames et du maïs et de les rapporter. Les gens de Samory en étaient au deuxième de siège de Sikaso. Ils maigrissaient, beaucoup tombaient malades, les chevaux avaient du mal à marcher. Sans bois de cuisine, ils ne pouvaient faire cuire le to. L'avant-garde des soldats arrivée devant Sikasso avait coupé tous les arbres, les avait entassés, y avait mis le feu. Il ne restait même pas une bûche. Les gens de Samory furent contraints de manger les ignames crus, beaucoup avaient du sang dans les selles. L'eau n'était pas potable, les marigots s'asséchaient. Beaucoup (de soldats) attrapèrent le ver de Guinée. Cèba riait à en mourir. Chaque jour, ses chanteurs chantaient à tue-tête pour que Samory les entende. Ils chantaient : 'Voici Samory! Il est venu pour prendre nos femmes, pour prendre l'or de Cèba, il disait que la famine allait nous exterminer. Et Voilà ! C'est lui qui meurt de faim!'
Les femmes de Cèba se sont rassemblées sur la place publique de Sikasso. En dansant elles chantaient, insultaient Samory, insultaient ses fils et tous ses soldats. Alors, Samory, écrivit à ce Français devenu le chef de tous ceux qui étaient établis dans le pays. Il disait : 'J'ai fait un traité avec les français, ils sont mes grands frères, toi tu es mon père, tu es ma mère. Maintenant, Cèba m'a insulté, je ne suis pas capable de prendre sa ville parce qu'il a construit une grande muraille. Donne-moi un canon et un français capable de tirer du canon. Tout le monde verra que je suis ton ami, tout le monde le saura.' Le chef des Français n'y a pas répondu. Une seule fois (?) un français qu'on appelait Lieutenant Binger, et plus tard 'Gouverneur Binger', vint de Bamako et arriva à Sikasso. Il n'y est pas entré tout de suite. Samory pensait que le chef des Français le lui avait envoyé pour lui remettre le canon et le canonnier qu'il lui avait demandés. Dès qu'il apprit la venue de Binger, il se réjouit et envoya un esclave à Cèba avec ce message : 'Tu n'as pas appris ?Un français arrive ici et va loger dans mon camp. Ils ont un canon. Maintenant, je vais prendre Sikasso et te couperai la tête.' Il a appelé Cèbilen, le fils d'une de ses esclaves qui était allé en France et parlait français et lui a dit : 'Pars à la rencontre de ce français pour le saluer.'Binger est arrivé. Quand Samory s'est aperçu qu'il n'avait avec lui que deux fusils, il s'est inquiété et lui a demandé : 'Où sont tes soldats ?' Binger répondit :' Je n'ai pas de soldats.' - Samory dit : 'J'avais demandé au chef des français un canon et des soldats. Tu ne les as pas ?' Binger dit : 'Quoi ? Que dis-tu?' Samory de reprendre : 'Tu n'as pas compris ? Je dis : Ces soldats et ce canon que j'avais demandé au chef des français, où sont-ils ?' Binger répondit : 'Le chef des français ne m'en a pas parlé. Il ne te donne pas de soldats. Tu fais la guerre à Cèba, cela ne plaît pas aux français. La guerre que tu es en train de faire n'est pas bonne. Tu vas t'épuiser, tu ne peux pas prendre Sikaso.' En entendant ces mots, l'Almamy était furieux. Il dit à Binger : 'Tu vis chez le chef des français, tu connais l'art de la guerre, viens m'aider, nous attaquerons et je prendrai Sikaso.' Binger répondit : 'Non, je ne veux pas faire la guerre, je suis venu regarder la ville, parcourir tous les villages qui font du commerce. Je regarde tout. Je ne veux pas faire la guerre, car Cèba est l'ami des français. C'est toi l'instigateur de cette guerre. Je ne veux pas demeurer ici. Je demande la route.' Binger lui demande donc la permission de partir attendant sa réponse. Samory se dit en lui-même : 'Si le français s'en va, Cèba l'apprendra et se dira que le français ne veut pas m'aider. Ce n'est pas bon.' Il refusa de le laisser partir. Ce Binger est très intelligent. Il patienta une semaine. Chaque jour, il appelle des gens, leur demande le nom des villages, les routes qui y mènent. Voilà qu'il connaît mieux les routes que Samory. Samory ne peut être plus fort que Binger. Il finit par comprendre et le laissa continuer sa route. Binger est un homme droit. C'est un noble. Pour ne pas l'avoir écouté, Dieu a châtié Samory.
Samory est aux abords de Sikaso depuis 14 mois et 14 jours. Ses 7000 hommes sont sur le flanc, sans cesse souffrant de maladies. Le mil manque totalement, plus d'ignames, plus rien. Tous les chevaux sont mal en point, tous les âniers sont exténués, la poudre manque. Alors Samory a levé le siège, il est reparti dans sa région. A leur départ, les Sendere se sont embusqués et ont tué beaucoup de sofas. Dieu a provoqué ces événements : il a sauvé Cèba, il fut son protecteur, parce que c'était un homme bon. Il a châtié Samory parce que c'était un malfaiteur.... A la mort de Cèba, Babenba lui a succédé. Il devint chef de Sikasso. Lui aussi voulut être comme Samory, un chef de guerre qui tue les gens, razzie les femmes et les esclaves. C'est pourquoi Dieu l'a châtié, il a envoyé les français. Ils ont pris Sikasso, y sont entrés, ont tué Babenba. Cette ville, Samory n'a pas pu la prendre. Il l'a assiégée pendant 14 mois et 14 jours, en vain. Les Français l'ont assiégée pendant 14 jours et l'ont prise. Les Français sont résistants, ils sont plus puissants que tous. Seul Dieu est plus puissant que les Français.

6/ Samory et les Français se font de nouveau la guerre.

Samory était furieux parce que les Français ne lui avaient pas donné de canon. Il dit : 'Je n'aime pas les Français, ce sont des menteurs. Nous avons fait alliance par écrit. Ils ont mangé le 'Coran'. Ils avaient dit qu'ils étaient mon ami, mais quand je leur ai demandé de l'aide, ils ne l'ont pas fait.' Il a pris le traité et l'a déchiré, il l'a renvoyé déchiré au chef des Français en lui disant :' Je ne veux plus de ton traité écrit.' Alors, il a envoyé un messager chez Amadu Seku, chef de Ségou et des Fula-jalen (toucouleurs) qui étaient en guerre avec les français pour lui dire : 'Tu es seul à faire la guerre aux Français, ils te vaincront. (si) je suis seul à faire la guerre aux Français, ils me vaincront, mais si toi et moi nous nous mettons en campagne à deux en même temps, toi au nord et moi au sud, nous les vaincrons et nous les tuerons tous.' Le chef des français s'est mis en route venant de Siguiri. Il a traversé le fleuve Niger. Il a avec lui beaucoup de soldats, de cavaliers et de canons. Après un courte marche, il est arrivé à Kankan. Les gens de Samory se sont enfuis après avoir incendié la ville. Le Français s'est remis en route. Il est arrivé à Bisandugu. Samory s'est enfui après avoir brûlé le village. Le français n'a rien trouvé à manger. Il a fait demi-tour vers Siguiri. Il a ramené tous les gens de Sankara qui craignaient Samory, persuadés que l'Almamy allait les capturer pour les vendre contre des chevaux et de la poudre. Le Français les a tous amenés à Siguiri.
Une deuxième fois, les français sont revenus à Sankaran. Ils sont entrés à Kuranko, y tuant beaucoup de gens appartenant à Samory. Ils ont pris Faraba, un très gros village. Samory s'est enfui dans le territoire de Kisi. Il a dit à un chef de sofas du nom de Cèmogo Bilali : 'Installe-toi ici! Si les français veulent venir ici de la rivière Susu, empêche-les.' Les Français étaient installés dans le territoire Susu, c'était vrai. Samory craignait qu'ils n'aillent plus loin. Le français a de nouveau traversé le fleuve Niger. Ils sont arrivés à Kankan. Ils ont marché toute la journée. Les gens de Samory se sont embusqués près de la rivière. Quand les français y sont arrivés, les gens de Samory ont tiré les uns après les autres. Les français ont riposté de même. Les sofas ont fui. Samory s'était installé près d'une autre rivière du nom de Jamuko. Lui-même s'y trouve avec sa femme appelée Sarana. En voyant les sofas qui fuyaient, il les appela et leur dit : 'Arrêtez! Venez ici! Je veux tuer tous les français aujourd'hui!' Samory s'est battu courageusement, sa femme s'est battue comme un homme. Pour cette raison ils ont changé son nom et l'ont appelée Sarancè (Saran-homme). Ils ont tué beaucoup de français. Les français aussi ont tué beaucoup de sofas. Samory lui-même a pris de nouveau la fuite. Les Français sont arrivés à Sanankoro le village de naissance de Samory. Samory l'a d'abord incendié avant de s'enfuir. Les français y ont installé leur camp. Samory a emporté de la poudre en quantité. Il l'a cachée dans un village du nom de Tukoro, bâti sur une colline. Les français ont grimpé sur la colline, y ont trouvé la réserve de poudre, y ont mis le feu. Aussitôt la poudre a explosé. Samory, caché dans un endroit tout proche dans les bois, a entendu l'explosion. Aussitôt, il a appelé ses jeunes frères et leur a dit : 'Ne faites plus la guerre! Nous n'avons plus de poudre et les français peuvent nous tuer tous. Partons nous cacher au loin. Reposons-nous et achetons de la poudre. Quand nous en aurons acheté, nous reprendrons la guerre'. Samory a envoyé beaucoup de gens. Les uns sont allés dans les villages malinkés, d'autres sont allés au pays du Jula occidental (chez les Waï), ce pays est situé au bord de la grande mer salée. Les Tons l'appellent 'geji'. Dans cette région il y a beaucoup de Naswara (protestants noirs du Libéria) qui sont noirs. Les gens de Samory y sont allés, ils ont acheté aux noirs chrétiens en quantité, des fusils, de la poudre, des amorces. Ils ont tout emporté et sont revenus auprès de Samory. Une fois en possession de la poudre, dès que Samory apprenait que les soldats passaient la rivière, il envoyait des gens pour les tuer. Quand les transporteurs de ravitaillement avec la farine de blé ou du riz dans des sacs' passent, ou bien quand ils transportent des munitions, si Samory l'apprend, il envoie aussitôt des gens pour les tuer, prendre leur chargement de nourriture et leurs caisses pour les lui apporter. Les Français se sont reposés un peu. Peu après, ils sont entrés au pays des Jallonka, et au pays des Kissi. Ils ont fait la guerre. Il y avait aussi là-bas Cèmogo Bilali et Bakari Touré. Ils n'ont pas pu empêcher les Français de passer. Les Français sont arrivés aux sources du Niger. Ils ont mis en fuite Bilali et tous ses sofas. Ceux-ci ont traversé la rivière Kuran et sont entrés à Konyan. Une autre colonne de français est arrivée. Ils sont tombés sur Amara, un fils de Samory dans un endroit rocheux. Les français ont tué beaucoup de sofas. Une autre colonne française est arrivée dirigée par Konbo. Il a chassé Samory de Sangaran. Il est entré dans la province appelée Nafana et dans la ville appelée Odienné. Quand Samory avait quitté le pays Kisi, il était venu s'y installer. Ayant appris que Konbo arrivait, Samory s'est souvenu que Konbo l'avait autrefois bien fait souffrir. Aussitôt il a plié bagages et emmené les gens d'Odienné. Il a brûlé la ville et s'est enfui au Kurodugu.

7/ Samory conquiert le Juladugu

Après le départ de Konbo, Samory ne trouvant pas de chevaux au Kurodugu, voulut aller dans la région derrière le Wasulu pour s'efforcer de trouver des chevaux. Il se mit en route et guerroya dans la région appelée Tenetu. Il y prit beaucoup de villages, et emmena beaucoup d'escalves et de chevaux. Les gens de Tenetu le firent savoir aux français. Aussitôt le chef français est arrivé, il chassa Samory. Samory revint au Kurodugu. Il mit en ruines tous les villages. Il conquit le Worodugu? Entra dans la forêt chez les peuplades qu'on appelle Lo, Les Tons (les Agni) leur donnent le nom de Guro, ce sont des antropophages. Puis, Samory envoya Sekuba prendre le village de Seguela où il tua un français. Tous les villages habités par les gens du Kurodugu et du Juladugu avaient bien suivi les instructions du roi de Kong. Samory l'a su. La famille des Watara régnait sur ce pays. Samory l'a su. Alors, il a envoyé des émissaires à Kong. Ils ont logé chez le roi. Ce roi s'appelle Karanmogowule Watara. Son frère cadet a pour nom Jawari Watara. Il y a aussi à Kong un vieil almamy du nom de Sitafa Sanandogo. Samory a pris cent hommes et cent femmes esclaves et les a donnés à Watara. Il lui anvoyait une lettre où il disait : 'Cet écrit est de ma main, je suis l'almamy Amiroumunenina, j'écris pour saluer Karanmogowule, un homme important, pour saluer Jawari, un homme riche, pour saluer Sitafa, un lettré, pour saluer tous les Watara, tous les musulmans, hommes et femmes. Voici mon message : 'Les blancs m'ont fait la guerre, ils ont pris mon pays. Je suis venu au Kurodugu, j'y suis entré et y ai trouvé beaucoup de commerçants, beaucoup de Sarakolés. Tous reconnaissent Dieu et Mohamet, ils reconnaissent les prophètes de Dieu... Watara est leur chef à tous, je le sais. C'est pourquoi je dis que je ne veux pas faire la guerre à un pays de musulmans. Je ne veux pas ruiner Kong, parce qu'il y a beaucoup de gens qui possèdent le Coran, et qu'il y a beaucoup de gens qui l'enseignent. Je ne veux pas prendre des musulmans pour les vendre, je ne veux pas piller leurs biens, je ne veux pas prendre leur mil et leurs récoltes sur pied. Je ne fais la guerre qu'aux païens qu'on appelle bambara. Commercer avec vous, c'est bien, aussi j'envoie chez vous des émissaires avec des esclaves et de l'or pour vous acheter des fusils, de la poudre et des chevaux. Vous et les toubabs qui sont au sud, au bord de la mer, vous êtes amis. Prenez l'or pour aller chez eux y acheter des fusils et de la poudre que vous me revendrez. Vous êtes aussi les amis des gens du Kènyèdugu. Prenez nos esclaves pour acheter des chevaux chez Babenba et me les revendre. Faites ainsi. Je ne veux vraiment pas pénétrer dans votre pays.'
Dès que Karamogowule a vu cette lettre, il a appelé tous les vieux. Sitafa aussi a appelé tous les marabouts pour une réunion. Karanmogowule leur a demandé : 'Qu'en pensez-vous?' Tous ont répondu : 'L'Almamy Samory a bien parlé. Faisons-le tous. Il ne viendra pas porter la guerre ici, notre ville ne sera pas incendiée comme il l'a fait pour les nombreux villages qui ne l'ont pas écouté.' Au cours de cette même réunion, un Watara surnommé Kèlètigi parce qu'il avait autrefois fait la guerre leur a dit : ' Quand Samory voulut abattre Cèba, celui-ci s'est installé fermement dans sa cité et Samory n'a pas pu y pénétrer. Pourquoi ne pourrions-nous faire comme lui?' Karanmogo répondit : 'Cèba a pu faire la guerre heureusement parce que ses gens savaient bien faire la guerre. Mais nous, nous ne savons que faire du commerce, lire et écrire, nous ne savons pas guerroyer.' Un homme de Soronji dont j'ai oublié le nom dit (alors) : 'Si nous écoutons Samory et faisons ce qui lui plaît, les français penseront que nous sommes ses amis. Ils viendront ici nous faire la guerre et abattront notre cité. Prenons cette lettre écrite de la main de Samory, et partons la remettre à ce français était à Bassam, qui est venu autrefois ici et avec qui nous avons fait alliance.' Les Watara ont répondu : 'Bassam est loin. Si nous y envoyons un émissaire, avant qu'il ne soit revenu ici, Samory aura pris notre ville, la mettra en ruines, prendra nos femmes et nos enfants pour les vendre.' C'est la raison pour laquelle ils ont répondu à Samory qu'ils voulaient commercer avec lui. Karanmogowulen et Jawara ont pris des chevaux et beaucoup de fusils et de poudre et les ont remis à l'envoyé de Samory ainsi que beaucoup de cadeaux. Quand ils ont agi ainsi, c'était des aveugles aux yeux fermés. Ils ne connaissaient pas Samory ni les Français.
A la même époque un homme du nom de Mori, faisait la guerre aux Tagbona. Il fit prisonniers beaucoup de Tagbona et les vendit aux Tons du Bawule pour avoir des fusils et de la poudre. C'est pourquoi, on voit beaucoup de Tagbona esclaves ches les Tons. Samory a appelé Mori, il lui a demandé de faire alliance et d'y répondre en lui disant : 'Les fusils et la poudre que tu possèdes, donne-les moi!' Mori consentit à tout. Cela fait, Samory, se sentit de nouveau très fort car les gens de Kong lui avaient donné beaucoup de chevaux et beaucoup de poudre et Mori avait à sa disposition beaucoup de soldats. Il pensait : Samory est grand, il est puissant.
Alors, Samory a fait prisonniers tous les Tagbonas, en a fait des esclaves, les a emmenés avec lui et les a vendus aux gens de Kong. Mais un commerçant de Tagbona du nom de Ali Baba Watara prit peur, il s'enfuit et se réfugia à Jimini. Il est allé saluer tous les chefs et parla avec eux. A l'époque, Denba Watara avait été le roi de tout Jimini. Il est mort. Que Dieu accueille son âme près de Lui ! C'était son frère cadet Burama Watara qui était le chef de tous les Dagara. Il résidait à Dabakala, à la tête de tous les commerçants de Jimini. Il y avait (aussi) un bambara du nom de Nanbogosyè et un autre du nom de Péminyan accompagné de son fils Kitara Sara. Tous trois étaient des hommes mûrs, chefs à Wadarama, à Sokolo et à Jimini, chefs de tous les bambaras qu'on appelle Kyepere. Ils se sont tous rassemblés pour palabrer. C'est alors qu'un français arriva à l'endroit même. Il venait de la forêt. Son vrai nom est le Capitaine Marchand, mais les Tons l'ont surnommé Kpakibo. Le chef de Jimini lui a dit : 'Tu n'as pas entendu? Samori a conquis le Kurodugu. Maintenant il s'attaque aux Tagbona, sous peu, il va venir ici. Denba Watara qui était notre chef est mort (Que Dieu ait son âme!). Il avait fait alliance avec Binger. Toi-même, tu viens de chez Binger. Tu nous as rapporté ses paroles. Que pouvons-nous faire? Nous sommes faibles, nous ne sommes pas assez forts pour combattre Samory. Si les français désirent que nous lui résistions, qu'ils lèvent des troupes et viennent nous aider. Qu'en dis-tu?' Kpakibo répondit : 'J'ai l'intention d'aller à Kong parler avec les Watara? Ensuite, je retournerai près du gouverneur Binger en lui demandant d'envoyer beaucoup de français avec leurs soldats et des canons pour vous aider. Avant qu'ils n'arrivent, si Samory vous attaque ici, résistez-lui fermement en m'attendant. Sous peu, je reviendrai ici accompagné de beaucoup de soldats.'
Ensuite, Kpakiba est parti. Arrivé à Kong, les habitants qui avaient d'abord fait alliance avec les français, puis avec Samory, ne savaient quel parti prendre : l'accueillir ou le chasser ? Beaucoup s'en allaient chez Jawari et lui disaient : 'Tu dois capturer ces trois français qui sont là, couper leur tête et les envoyer à Samory. C'est la meilleure chose à faire. Samory se calmera et ne sera plus fâché contre nous.' Aussitôt, Jawari a appelé Sitafa Sagandogo pour avoir son avis. Il a demandé à Sitafa de lui indiquer la manière de tuer ces français. Sitaba est un vieillard, un marabout, qui connaît bien le Coran, et qui a beaucoup d'expérience. Il lui a répondu : 'Il est écrit dans le Coran : l'étranger que tu as accueilli chez toi, qui a dormi sous ton toit, ne lui fais pas de mal!' Sur cette réponse de Sitafa, ils ont accordé la vie sauve à Kpakibo. Mais que Kpakibo ait été accueilli ne plaisait pas aux gens de Kong.
Après cela, Kpakibo est retourné à Bassam. Dès que Kpakibo eut pris le départ, Samory dit : 'Je veux aller prendre Jimini rapidement, car dans quelques jours, quand Kpakibo sera revenu dans la région avec beaucoup de soldats, je ne le pourrai plus. Les gens de Jimini sont riches, nombreux, il y a beaucoup de femmes et d'enfants, du mil, du riz, des ignames savoureux, des vaches en quantité, des moutons, du gibier. Il y a des tisserands de qualité, des fabricants de nattes. On y trouve de tout et en quantité. Partons tout prendre! Les soldats français ne sont pas encore ici, Ce ne sera pas difficile de tout rafler.' Samory l'avait à peine dit qu'il commença à tourmenter les gens de Jimini. Mais les gens de Jimini ont dit : 'Si c'est vraiment notre village, notre terre où tous nos aînés ont été ensevelis, que Dieu tue Samory! Qu'Il tue les enfants de Samory! Qu'ils soient tous exterminés en enfer!'

8/ Prise de Jimini par Samory.

Un jour, nous étions tous réunis dans l'enceinte de Benba. Ce jour-là des gens s'étaient levés de bon matin pour aller en brousse déterrer des termitières. Ils ont aperçu un cavalier, ils lui ont dit 'voilà le village'. Ils ont appelé le cavalier lui sont tombés dessus et ont décapité quatre hommes. Aussitôt, ils sont revenus en courant dire que la guerre a commencé. Tous les hommes ont pris leur fusil, leur arc. Ils ont pris la route, traversé la rivière et combattu. Tous les Sofas de Samory, ont poussé le cri de guerre, tiré du fusil, fait beaucoup de prisonniers. Arrivés dans la ville, ils y ont mis le feu. Les habitants de Jimini se sont enfuis. Arrivés tous très loin, ils ont crié. Ils ont appelé les gens de Burama, de Kosi, de Perninyan, de Folonu, les Julas, les gens de Kitala Sara, de Bandogo, de Bigiyalan, de Kpana, de Kunbelen, de Wolon, de Takbona. Tous se sont réunis à Dabakala. Saranke Mori a établi des camps cloturés, un pour lui, un pour Sekuba, un pour Sagwola, un pour Foruba Musa. Il a beaucoup de chevaux. Les cavaliers font bondir leurs chevaux, ils caracolent dans la plaine. Quand des femmes passent, ils les capturent et les emmènent. Les gens de Jimini n'ont pas peur, les Kyepere n'ont peur de rien. Il prennent leurs arcs, lancent leurs flèches et tuent beaucoup de sofas dans leurs camps. Nous n'avons pas grand chose à manger, nous attendons Kpakibo. Mais Kpakibo ne vient pas. Alors, un habitant de Dabakala, du nom de Mamadu Watara, un froussard, s'est levé de nuit, a ouvert une porte du village. Il a appelé Saranka Mori qui est venu avec tous ses cavaliers. Ils ont tué tous les gens qui s'y trouvaient. Ils ont tué Nanbogosye, Peninyan. Ils ont tué mon père (Que Dieu l'accueille près de Lui!). Ils ont tué tous les vieux affligés de rhumatismes, les malades, ceux qui ne purent s'enfuir. Seul Mamadu a été épargné avec ses femmes et ses enfants. Alors Burama a pris ses troupes et ils se sont enfuis jusqu'à Satama Janbala, pour se réfugier chez Karamogo Ali Watara. Le frère cadet de Burama du nom de Dala Watara, c'est un Soronji, avec le fils de Nanbogosyè du nom de Latè et le fils de Peninyan, du nom de Kitara Sara, et moi-même, nous avons pris la fuite. Samory a pris nos femmes, nos enfants, nos esclaves, nos chevaux, tous nos biens et les a donnés à son père.
Quand je me suis enfui de Dabakala, j'étais dans l'angoisse et dans une grande tristesse. Beaucoup de gens étaient morts. Il y avait des chevaux morts sur toutes les routes, beaucoup de têtes coupées. Je marchais dans le sang, mes jambes étaient rouges de sang. Ce Samory et son fils Sarankè Mori avaient tué mon père, ma mère, mon petit frère, ma petite soeur. Que Dieu les tue! Qu'Il les extermine! Qu'Il les déchire en morceaux! Qu'Il les brûle au feu de l'enfer!
Ensuite, Sarnke Mori a pris Sokola, il a pris Wadarama, tous les villages du Jimini, tuant tous les hommes, et ligotant les femmes et les enfants. Alors, le soleil était ardent, sans nuages, le vent était sec. Pendant deux mois il n'y eut pas une seule pluie. Tous les marigots étaient secs, sans une flaque d'eau. Les tirailleurs de Samory avaient soif. Le mil n'avait pas levé dans les champs. Il y avait un marabout à Waradama, il était très vieux, chenu. Il avait fait le pèlerinage à La Mecque. Il connaissait tout, c'était mon arrière-grand' père, un Kulubali du nom de Wenjè (Gueji). Samory l'appela et lui dit. 'Pars faire tes prières et demande à Dieu d'envoyer la pluie sur la terre.' Le vieux a fait sa prière, il a fait la sourate de midi, il a dit son chapelet, il a fait la prière de selifana, celle de laansara, il a redit son chapelet. Quand il eut terminé la sourate du crépuscule, la pluie est tombée, elle est tombée à verse pendant huit jours.
Quand Samory l'a vue, il a appelé tous ses gens et leur a dit : 'Celui qui volera même un grain de sel de Wengè, je lui couperai la tête.' C'est la raison pour laquelle Wengè a pu résider à Waradama sans que personne ne le tourmente.
Samory a appelé sa femme Sarankè, son fils Sarankè Mori, tous ses chefs de guerre, Foruba Musa, Sekuba, et leur a dit : 'Maintenant je vais partir en guerre contre Babenba. Vous allez rester ici à Jimini : Sarankè à Dagara, Sarankè Mori à Dabakala, Sekuba à Sokola, Foruba à Waradama. Les gens de Jimini qui se sont réfugiés à Salama, envoyez des tirailleurs pour les capturer, et si les Français viennent, chassez-les!' Après ces paroles, il s'est mis en route. ... (Mais( Babenba est plus fort que Samory. Il a tué beaucoup de ses soldats. Samory a battu en retraite et s'est réinstallé à Jimini.
Alors, le chef des français installé à Bassam a recruté beaucoup de soldats. Ils viennent de la côte. Ils sont en route avec des cavaliers, des canons. Le chef les a confié au Colonel, à Kpakibo. Ils sont en route pour faire la guerre à Samory et le tuer. Que les soldats français traversent le Bawulen ne plaît pas aux Tons. Ils ont envoyé des gens armés de fusils pour tuer les soldats. Ils ont attaqué les français. C'est la raison pour laquelle, les français ne sont pas arrivés à Jimini avant Samory. Ce sont les Tons qui ont permis à Samory de mettre en ruines Jimini. Le colonel a envoyé un émissaire du nom de Osmana Mandao, il lui a confié une lettre en lui disant d'aller chez Samory et de la lui donner. Cette lettre disait que Jimini appartient aux français, que Samory doit la quitter et que s'il ne le fait pas ce sera la guerre dès maintenant. Osmane est parti, il est entré à Janbala, il y a rencontré Burama. Burama ne lui a pas permis d'aller voir Samory et lui a dit : 'Samory est là-bas, (mais si je te donne la route) tu ne le verras pas. Sa femme est à Jimini avec ses enfants, c'est une personne cruelle, si tu vas chez eux, ils te couperont la tête.' Osmana est revenu à Satama. Quand le colonel a entendu le rapport d'Osmana, il se trouvait à Tumodi. Le même jour, il s'est rendu à Kofidugu, il a appelé Kpakibo et lui a dit : 'Pars à Janbalan!'. Kpakibo est parti, il est entré à Satama. Nous l'avons rencontré et nous lui avons parlé. Tout ce qui s'est passé au village, nous le lui avons raconté. A ce récit, il pleura beaucoup en reconnaissant : 'J'ai trop tardé, ce n'est pas bien!' C'est ce qu'il a dit et c'est vrai, s'il était venu rapidement, ai aurait chassé Samory, Jimini n'aurait pas été détruit, car Kpakibo est compétent et n'a peur de rien. Kpakibo est reparti en passant par Lafiboro. Il a traversé la rivière qui est derrière Lafiboro. Il a rencontré les hommes de Foruba Musa et les a poursuivis. Ceux-ci sont allés dire à Foruba Musa et à Sekuba : 'Kpakibo arrive!'. Aussitôt, Foruba a appelé tous ses tirailleurs. Ils sont venus, impossible de les dénombrer. Ils ont encerclé Kpakibo. Ils ont attaqué le soir, le lendemain ils ont recommencé leur attaque. Le troisième jour, le colonel est arrivé ici avec ses troupes. Ils ont chassé tous les sofas. Puis les français sont arrivés à Sokola. Les sofas ont fui devant eux, sans avoir le temps d'emporter leurs plats de mil. Les troupes des français ont bien eu à manger. Alors, le colonel apprenant que l'almamy se trouvait à Dabakala s'est mis en route aussitôt pour le capturer. L'Almamy l'a su. Il a dit à Sarankè Mori : 'Prends position ici, avec Foruba Musa retiens les français pendant une journée. Pendant qu'ils combattent, j'aurai le temps de m'enfuir.' Sarankè Mori a laissé passer les français et au moment où ils traversaient la rivière, il s'est précipité à leur rencontre. Sekuba les a attaqués sur leur gauche, Foruba Musa les a attaqués par derrière. Ce jour-là le colonel fut blessé à la cuisse. Les français ont poursuivi tous les sofas. à l'aube (ou au coucher du soleil ?) ils sont entrés à Dabakala, mais ils n'y ont trouvé personne. Le colonel a dit : 'Mes soldats n'ont presque plus de munitions, beaucoup sont blessés, moi-même suis blessé.' Sur ce constat, il a fait demi-tour. Il n'était pas encore entré à Lafiboro que Foruba les a attaqué. Ils ont bien combattu. Après un autre jour de marche, ils sont entrés à Satama.

9/ Les gens de Jimini abandonnent leur village et partent s'installer dans la zone des français.

Kpakibo a appelé tous les chefs des Julas, tous les chefs bambaras et leur a dit : 'Nous n'avons plus de troupes, plus de poudre, nous ne pouvons pas continuer le combat. Beaucoup de soldats sont blessés, ils ne peuvent plus marcher. Nous allons donc retourner au bord de la mer. Je reviendrai une autre fois et chasserai Samory de Jimini. Les français sont toujours fidèles à leurs promesses. Ils n'oublient pas que les habitants de Jimini sont leurs amis. Maintenant, ne vous installez pas ici, si vous le faites, Samory va revenir vous capturer, il vous coupera la tête en notre absence, il prendra vos femmes et vos enfants pour les vendre. Abandonnez le village que Samory a détruit, levez-vous et partons ensemble au Bawule. Il y a des français là-bas, ils sont installés chez les Tons. Vous installerez votre village auprès d'eux, construirez des cases, vous cultiverez, vous patienterez cinq mois, six mois, un an. Le grand roi des français qui réside en France, va lever des troupes nombreuses et me les donner. Je reviendrai et nous ferons une guerre sans merci à Samory. Nous le prendrons, le tuerons, alors vous pourrez revenir à Jimini. Levez-vous ! Emmenez vos femmes, vos enfants et vos bagages et partons !' Burama Watara s'est levé le premier pour prendre la route. Il a pris ses gens, beaucoup de tirailleurs et s'en est allé résider à Bondugu près de son frère aîné Ajumani, chef de Gamandugu. Kpakibo dit (alors) à Dala Watara : 'C'est toi qui seras le chef des gens de Jimini maintenant, le chef des Julas, Kitara Sara sera le chef des bambaras.' Le fils de Nanbogosyè qui s'appelle Latè, frère aîné de Sara, était très vieux et ne savait pas parler, les petites gens ne le comprenaient pas, c'est pourquoi Kpakibo a dit Kitara Sara de rendre la tête des bambaras.
Cela fait, Dala a appelé tous les Jula, tous les Soronji, tous les Karijula. Il sont tous venus. Kitara Sara a appelé tous les Kyepere, et tous les Takbona. Il sont tous venus au palabre commun. Dala a dit : 'Que préférez-vous ? Vous installer ici ou accompagner Kpakibo au pays des Ton ?' Tous les Jula et les Karijula ont répondu : 'Nous préférons accompagner Kpakibo. Nous sommes tous du côté des français.' Les Kyepere ne sont pas instruits, n'ont pas d'habits, si ce n'est un slip, ils ne connaissent pas la religion de Mahomet, ce sont des païens. Ils combattent sans peur. Ils ont répondu : 'Nous nous installons ici, nous combattrons avec nos arcs et nos flèches. Si nous partons chez les Ton, nous pensons que les français vont nous tuer ou nous vendre aux Ton.' Quand Kitara Sira entendit cette réponse , il fut dans la tristesse et leur dit : 'Vous ne connaissez donc pas les français ? Vous n'avez pas vu Binger ? Il est venu autrefois faire alliance avec mon père. A-t-il pris des gens comme esclaves ? En a-t-il vendu ? Est-ce que les français ne sont pas venus soutenir et faire la guerre pour nous? Moi, je dis : les français n'ont qu'une parole. Vous voulez vous installer ici ? Si vous le faites, Samory va aussitôt venir vous prendre. Quant à moi, je pars m'installer dans la zone des français. Même s'ils s'en vont au-delà de la mer, nous partirons avec eux.' Les Kyepere ont compris, ils se repentirent et dirent : 'Nous aussi, nous partirons tous!'
Aussitôt, Kpakibo et le colonel quittèrent Satama. Ils ont installé le colonel dans un hamac fixé à un 'bâton'. Ils l'ont soulevé et posé sur leurs épaules. Comme il était blessé, il ne pouvait marcher. Les soldats avaient déchiré leurs habits dans les fourrés. Quand ils avaient tué des gens de Samory, ils leur prenaient leurs habits, leurs sous-vêtements, leurs culottes, leurs toques, leurs chaussures dont ils se revêtaient. Au début les français avaient beaucoup de chevaux, mais tous étaient épuisés. De plus les chevaux ne peuvent pas rester en bonne santé au pays des Ton. Les chevaux des français étaient dans les mains de Samory. Ils ont donc pris deux ânes, que les soldats devaient tirer, car les chevaux ne tenaient plus debout. Tous les gens de Jimini qui n'étaient pas partis avec Burama, accompagnèrent Kpakibo sur la route. Quelques dix mille personnes. Beaucoup de femmes et d'enfants, ceux que les sofas n'avaient pas emmenés ou tués étaient tous là. Beaucoup de vieux et de vieilles. Les jeunes gens étaient partis avec Burama. Karamogo Ali et les Jula de Janbala restèrent en arrière au village des Aari. Les Aari, ce sont des Ton, ils sont installés près de Nzi. Les gens de Janbala s'installèrent là-bas et y établirent un gros village. Des gens de Jimini et des gens de Takbona s'en allèrent chez un chef Ton du nom de Gbweke (Bouaké). Celui-ci leur donna un endroit pour s'y installer, ils l'ont appelé Kpakporesu. Les bambara de Janbala, leur chef Boronbo et son fils Cèjan au nombre de 10.000, ont tous accompagné la colonne de Kpakibo. Au point du jour l'avant-garde a quitté Satama. Vers 14 heures, tout le monde avait quitté les lieux. Les soldats qui nous accompagnaient n'étaient pas nombreux. Les sofas de Foruba Musa passaient sur notre droite, d'autres sur notre gauche. Ils ont coupé la colonne en deux et ont pris des femmes et des enfants. Les femmes ont crié. Les français les ont entendues. Ils sont accourus à rescousse ont tiré des coups de fusil. Les sofas se sont vite enfuis et sont partis se cacher dans les fourrés. La nuit, les sofas en se courbant se sont approchés du camp, l'ont encerclé comme des hyènes qui cernent une bergerie. Sortis des bois, ils se sont approchés et pris des femmes et les sont emmenés en courant. Kpakibo et son frère cadet ont combattu farouchement et tué beaucoup d'hommes. Le frère cadet de Kpakibo (le futur général Baratier) a tiré sur Sekuba et l'a tué. Quand nous sommes arrivés dans le territoire des Ton, Les Tons ont agi comme les sofas. Samory leur avait donné beaucoup d'esclaves en disant :' Aidez-nous! Les français vont passer sur la route, Tirez sur eux, tuez-en et prenez des esclaves dans leur colonne.' Samory leur dit que nous étions les esclaves des français. Les Ton nous ont beaucoup tourmentés. Tout la journée, ils tiraient au fusil. Le matin, ils tiraient, en pleine chaleur, ils tiraient, le soir, ils tiraient de nouveau. Les gens de Jimina que les Tons avaient pris dépassaient le chiffre de mille. Ils les ont emmenés chez eux et les ont vendus au loin. La marche prit fin, nous étions arrivés à Kofibugu. Il y a là un français, installé dans la maison fortifiée. Quand nous sommes entrés à Kofibugu, les Ton ne nous ont plus tourmentés car ils avaient peur des français. Ce français qui est chef de la zone des Bawule s'appelle le commandant Nebout, un homme noble à la parole droite. Kpakibo nous a pris et nous a remis au commandant Nebout. Cela fait, il est parti avec tous les soldats. Une cinquantaine de soldats seulement est restée à Kofibugu.
Nous n'avions rien, nous avions faim. Samory nous avait tout pris. Quand nous avons quitté Jimina en exode et sommes entrés à Kofibugu, pendant un mois, nous avons mangé des feuilles d'arbre, de l'herbe qui pousse à terre. Les garçonnets prenaient des chenilles et des souris, nous les avons mangées. Nous étions tous à bout de forces. Les vieillards n'arrivaient plus à marcher, épuisés, beaucoup d'entre eux mouraient de faim sur la route. J'ai demandé aux Ton de me vendre des ignames. Ils nous ont insultés, nous ont appelés 'Kanga'. Dans leur langue cela veut dire 'esclave'. Les Ton affublent tous les Jula et les bambara de ce surnom : 'esclaves'. Durant cette période j'ai vu des femmes aux seins taris, sans lait. Leurs bébés mouraient dans leurs bras. J'ai vu beaucoup de vieillards dont Samory avait tué tous les fils et toutes les filles. Ils n'avaient personne pour les soigner, personne pour les aider à marcher. Leurs os transperçaient leur peau. Leurs jambes étaient comme des bâtons secs. Incapables de se relever, ils sont morts, étendus, sur le chemin. Moi-même quand je suis entré dans Kofibugu, j'étais comme un homme sans forces, ma femme était devenue folle, ma fille unique, une belle jeune fille était morte d'épuisement. Quand je pense à cette période, que je repense à tous ces malheurs, je me mets à pleurer, encore aujourd'hui je pleure et demande à Dieu de ruiner Samory, de tuer tous ses fils, tous ses gens. Ce Samory qui se prétend 'amirulmumenina' n'est qu'un homme cruel, plus cruel que tous les païens. Je demande à Dieu de donner la paix aux français. Que Dieu garde en santé Binger! Qu'Il garde en santé Nebout! Qu'il te garde aussi en santé! Qu'Il vous sauve tous et vous accorde une longue vie. Seuls les français nous ont accueillis comme leurs fils, ils sont nos pères, ils sont notre mère. Si je suis en vie aujourd'hui, si je peux prendre la parole aujourd'hui, c'est grâce à eux. Toutes ces actions je ne les oublierai jamais...
Un jour, le commandant Nebout a appelé le chef de Kofidugu, un certain Kwado-Kofi, homme très âgé, et lui a dit : 'Regarde-moi ces gens! Ils sont venus de Jimini. Samory, que vous appelez 'le fauve de la forêt', leur a pris leur village. Ils sont arrivés ici, je les ai mis sous ta tutelle. Vous les appelez 'esclaves'. Ne les appelez plus ainsi, ce ne sont pas des esclaves, ce sont des guerriers, des nobles tout comme vous. Maintenant vous allez les appeler de leur bon nom : gens de Jimini. Ils veulent fonder un village auprès du vôtre. Ne les tourmente plus car ce sont des enfants. En ce moment, ils ont faim. Ils n'ont pas d'or pour acheter de quoi manger. Samory leur a tout volé. Allez dans vos champs, prenez beaucoup d'ignames, de maïs et de bananes et donnez-les leur à manger. La saison des pluies est proche, montrez-leur des terrains qu'ils pourront cultiver quand la pluie viendra. Ils feront nos travaux, ils feront des poteries, ils tisseront, fabriqueront des houes, bleuiront les tissus à l'indigo, tous travaux qu'ils font à la perfection. Ils feront du commerce, achèteront du sel, de l'or, et feront des profits importants. Quand ils seront devenus riches, ils vous rembourseront ce que vous leur aurez donné comme nourriture.' Kwado-Kofi qui est un honnête homme, plein d'expérience, qui est vieux et a vu beaucoup de choses, répondit : 'D'accord! J'ai compris!' Il a appelé tous les Nsipuri et leur a dit : 'Ces exilés de Jimini crèvent de faim. Allez dans vos champs, rapportez des ignames, des bananes et donnez-les aux gens de Jimini!' Le commandant a appelé Dala, il a appelé Kèjan car Boronbo était mort. Il leur a donné beaucoup d'argent, beaucoup de tissu en leur disant : 'Prenez cet argent et ces tissus, appelez tous les gens de Jimini et faites le partage entre eux. Nous avons construit un grand village à Kofidugu. Le commandant Nebout a appele Kitara Sara, Latè, Tulusyo et tous les chefs bambara. Ils sont tous venus. Il leur a dit : 'Les gens qui sont ici sont trop nombreux, le problème de la nourriture est grave. Si tous s'installent ici, la famine va tous vous faire périr. Partez avec vos bambara à Tumodi. Il y a là-bas un français, un honnête homme qui vous accueillera bien, vous vous installerez près de lui.' C'est ainsi qu'il a parlé. Kitara Sara a pris avec lui beaucoup de bambara. Ils étaient bien 1.500. Ils se sont mis en route et sont allés à Tumodi. Toi-même résidait là-bas. Tu as accueilli Kitara Sara chez toi, tu l'as bien reçu et tu as empêché les Ton de les tourmenter. Les bambara ont bâti un gros village à Tumodi. Ils lui ont donné le nom de Sokola. Les Ton l'ont appelé 'Kangakro'. Un autre jour, Karanmogo Ali Watara est venu à Kofidugu, lui et tous les Jula de Janbala. A un certain moment, Kofidugu a pris de l'ampleur. Quand tu es à bout, tu ne peux voir l'autre bout. Chaque jour, les Ton capturent de nos gens, ils prennent nos femmes, ils prennent nos enfants. Les gens de Jimini, affamés, s'en vont dans les champs, ils volent des ignames, certains volent des poules. Les Ton les attrapent et en font leurs esclaves. Le français les réprimandait en leur disant : 'Ne faites pas ça! Ces gens ont faim, c'est pourquoi ils volent. Quand ils auront cultivé, que les ignames auront grossi et seront devenus très gros, ils ne voleront plus. Tous ces gens que vous avez capturés, libérez-les et rendez-les à Dala.' Chez les Ton, quand un vieux est mort, ils tuent des esclaves. Le français le leur a interdit. C'est pourquoi nous sommes les amis des français. Les gens de Jimini ont fait quelque temps à Kofidugu. Maintenant, ils sont devenus riches, plus riches que les Ton. Chaque jour ils faisaient du transport pour les blancs. Les blancs payaient bien ceux qui faisaient du transport. Ils nous ont donné du fer pour que nous puissions fabriquer des houes et cultiver. Nous avons fabriqué des nattes, tissé des bandes d'étoffe. Nous avons acheté du sel aux gens de Casalen. Avec le sel nous avons acheté des ignames comme nourriture. Nous avons vendu nos tissus de très bonne qualité. Certains tissaient les bandes. Nous avions acheté le fil et confectionné de belles étoffes que nous vendions. Nous faisions beaucoup de commerce.
Au cours de l'évacuation de Jimini, beaucoup de nos femmes et de nos enfants avaient été capturés par les Ton. Nous les leur avons rachetés. Quand la fête d'Alhiji est arrivée, nous étions déjà capable de tuer beaucoup de moutons. A la fin du carême, le premier jour du mois de la fête nous avions de beaux habits de soie et les avons portés. Nous avons construit une mosquée où nous faisons la prière. Nous avons ici beaucoup de lettrés, de maîtres qui apprennent à lire aux enfants, leur enseignent l'arabe et le Coran. Beaucoup peuvent s'instruire, apprendre à écrire, à 'kardasi' kè . Dieu soit loué!

10/ Fin de la guerre contre Samory.

Dès que le colonel eut levé le camp de Satama et s'en est allé, Foruba-Musa envoya des cavaliers pour espionner le camp. Il arriva aux abords de Kofibugu (ils constatèrent) que tous les soldats étaient partis au bord de la mer. A leur retour ils dirent à Foruba-Musa : 'Les français sont partis'. Alors, Foruba-Musa conquit tout le territoire des Janbala. Les gens qui n'avaient pas écouté Kpakibo, il les fit prisonniers et les donna à Samory qui les vendit. Samory lui-même, qui n'avait plus de ravitaillement vendit beaucoup d'esclaves aux Famafwe et aux Warebo. Il vendit des esclaves contre des ignames, des poules, des moutons. Ils disaient avoir acheté six poules pour un esclave, un mouton pour trois esclaves, une vache pour dix esclaves. Moi-même je l'ai entendu dire. Cela s'est passé comme cela ou non, je n'en sais rien, mais je pense bien que oui. Il avait beaucoup d'esclaves, il avait fait beaucoup de prisonniers à Jimini, à Janbala. Il ne put les nourrir car les français avaient brûlé tout le mil qu'ils avaient dans leurs greniers à Sokala et à Dabakala. Samory voulut alors conquérir le Bawule. L'idée lui plaisait beaucoup car les Bawule tiraient de l'or des mines, ils le fondaient sur place. Ils étaient très riches. Samory le savait, mais il les craignait. En effet, tous les Ton sont de bons guerriers, ils sont nombreux comme les étoiles du ciel. Ils possèdent des fusils de tout genre dont ils savent très bien se servir. Ils sont adroits, marchent très vite et leur pays est protégé par des forêts denses et impénétrables. Samory les craignait pour ces raisons. Il a appelé un forgeron du nom de Daba qui travaillait chez Sarankè. Il lui a demandé d'aller au pays des Gbweke pour leur dire : 'Je ne veux pas me battre contre les Ton, je vous prie de récolter beaucoup d'ignames et de fournir beaucoup de gibier à mes gens. Ils vous les acheteront.' Ce Daba s'installa à Gbweke, y bâtit une maison qu'on appelle Kocin-Kofidugu. Ils y ont établi un grand marché où les gens de Samory et les Ton venaient acheter et vendre beaucoup de marchandises. Un jour, l'Almamy a pris la route vers Kun. Autrefois, il avait promis aux gens de Kun qu'il ne prendrait pas leur ville. Cette fois, il leur dit : 'Pourquoi avez-vous permis à Kpakibo de parcourir le pays et d'entrer chez vous?' Pour ce motif, il prit leur ville et la rasa. Il y tua beaucoup de gens. Les gens de Kun sont des lettrés, ils ne savent pas se battre. Samory a pris tous ces musulmans, tous ces marabouts qui avaient étudié le Coran à Jènè, qui connaissaient le Coran comme un enfant boit le lait de sa mère, il les a tous pris et les a décapités. Pour ce méfait, Dieu l'a abandonné et a permis aux français de la capturer de force... Ensuite Samory a pris Ganra, il a attaqué les Kwaminagbwe. Ces Kwaminagbwe régnaient sur des Tons qu'on appelle Gbeyada et qui vivent dans la forêt. Autrefois, les Maraba (Haoussa) étaient venus dans la zone des Gbeyada, y avaient bâti une grand ville appelée Mango. Samory prit aussi leur ville. Burama Watara s'enfuit à son approche accompagné d'une foule de gens. Samory l'apprit, il traversa la rivière Kunweni. Au même moment, Burama et les Ajumani sont sortis de Bondugu et se sont cachés dans la forêt. Tous les soldats de Burama étaient là, les guerriers du village Abron, ceux des Gbeyada, en très grand nombre. Ils ont déclanché les tirs et tué beaucoup de gens de l'armée de Samory. Celui-ci prit peur. Il a retraversé la rivière (Komoe) et s'enfuit au loin, sur la frontière du pays de la Komoe, dans une région qu'on appelle Kurunsa. Il a appelé Sarankè Mori et lui a dit : 'Je ne peux pas pénétrer dans la forêt. Toi, pars à Gbona. De là tu pénétreras dans le Bondugu.' Sarankè Mori est parti prendre Gbona, puis il a attaqué les Kpagala (Pakhala ou Kulango) qui résident au Nasyan. Mon oncle maternel s'y trouve. Son nom est Usmana Kulubali. Il est le chef du pays Nasyan. Sarankè Mori a pris tout son territoire. Arrivé à Bondugu, il n'y a pas de forêt. Adioumani et Burama s'enfuirent, ils sont allés dans la grande forêt du nom d'Abron. Sarankè Mori n'est pas allé plus loin que Bondugu. Il y a installé ses sofas. Il y a laissé Bakari en lui recommandant de bien veiller sur sa famille. Il est reparti au Bawule, puis à Wa. Il y a attaqué deux chefs, l'un s'appelle Baba To, l'autre Isiyaka. Il a pris tout ce territoire et l'a détruit. Ensuite, il est parti au pays Bobo. Il y a là-ba sune ville appelée Julaso. Il y a beaucoup de commerçants qui exercent leur commerce. Tout le pays des Jula, Samory l'a pris et l'a pillé.

11/ Les français et Samory palabrent.

A ce moment, Samory avait beaucoup d'esclaves. Il pouvait acheter du ravitaillement chez les Ton et des chevaux aux gens de Julaso, mais il n'avait plus beaucoup de poudre, ni beaucoup de fusils. Il voulut imiter les français. Il acheta de la poudre, une autre poudre que celle des français. Mais cette poudre de Samory n'était pas bonne. Quand on la mettait dans le canon du fusil. On avait beau bien la tasser, quand on tirait, la balle n'allait pas loin. Il se mit à fabriquer des fusils en cherchant à imiter la technique de fabrication des français. Les forgerons de Samory étaient très habiles. Ils forgeaient bien les morceaux de fer, ils étaient capables de faire les pièces métalliques des fusils, leurs gachettes, leur crosse. Ils ont pris du cuivre ou du laiton, il ont pris du plomb, ils ont fabriqué des balles en cuivre. Ils n'avaient pas d'amorces. Ils n'ont pas réussi à en fabriquer. Samory n'a envoyé personne au pays des français pour y commercer, car il les craignait. Ces français qui étaient installés sur la rive gauche du Niger, il en avait terriblement peur.
Un jour, il a écrit une lettre et l'a fait parvenir au gouverneur Binger à Bassam . Il y disait : 'Je désire faire du commerce sur ton territoire et permettre aux commerçants du tien de venir sur mon territoire pour y faire du commerce.' Il écrivit une autre lettre pour la remettre à Nebout. Un jour, trois hommes sont arrivés à Kofidugu venant de chez Samory. Ils ont pris la lettre et la lui ont remise. L'un d'eux était un vieux du nom de Jabi, les deux autres étaient des jeunes gens, l'un s'appelait Karifala, le deuxième Daba. Ce Daba, un forgeron, était le chef du marché de Koci-Kofidugu. Ils sont entrés dans Kofidugu, porteurs de la lettre de l'Almamy. Ils ont dit : 'Père, bonjour!' Nebout répondit : 'Bonjour! Bonne arrivée! De quoi s'agit-il ?' Ils ont répondu :' Tout va bien. Notre roi est l'Almamy Amirulmunena. Il nous a dit de venir ici pour causer (sérieusement). Il voudrait que toi et lui deviennent amis. Nous venons de Kurunsa. Nous venons d'arriver.' Nebout leur a répondu : 'Vous allez partir avec moi à Bassam, je vous introduirai chez le chef des français. Celui qui réside là-bas, c'est mon supérieur, il a plus de pouvoir que moi. Vous causerez avec lui.' Ils sont partis à Bassam.
Le français qui réside à Bassam a appelé un homme du nom de 'Capitaine Braulot'. Il lui a dit de prendre une troupe de soldats, des chevaux et d'aller chez Samory pour causer avec lui. Le Capitaine Braulot se mit en route. De Bassam, accompagné de Jabi, de Karfala et de Daba ils sont arrivés à Kofidugu. Jabi a dit : 'Ne va pas plus loin! Attends ici! Le territoire de l'Almamy commence avec la région des Gbweke, si toi et tes soldats entrent dans le territoire de l'Almamy, s'il l'apprend, il croira que tu cherches bataille, que toi-même es venu pour l'attaquer, ce n'est pas bon.' Le capitaine Braulot répondit : 'Je vais vous accompagner jusqu'à la frontière du Gbweke. Quand on sera là-bas je vous donnerai une lettre, vous la remettrez à l'Almamy. Je vais choisir deux hommes qui vous accompagneront : Kulubali et Amadu Sura. Kulubali connait le malinké, Amadu Sura parle l'arabe et sait l'écrire. Ils peuvent causer avec l'Almamy. Allez à Kurunsa. Je prends moi-même domicile à Kofidugu. J'y attendrai la réponse de l'Almamy. Ne tardez pas!'
Samory a bien accueilli chez lui Kulubali et Amadu Sura. Auparavant, le français installé à Jènè avait envoyé deux soldats à l'Almamy. Samory les avait bien reçu, leur avait donné deux femmes, une pour chacun. Samory a appelé un marabout lettré en lui demandant de lui lire la lettre du Capitaine Braulot. Une fois terminée la lecture Samory dit : 'Pourquoi ce français at-til dit dans sa lettre que je leur ai demandé un territoire pour y résider? Quand je conquiers une région, je ne la demande à personne, je la demande à Dieu et je la prends. Pourquoi ce français a-t-il dit que je veux un français auprès de moi? Dans la première lettre que j'ai envoyée à Nebout, je lui disais que je craignais les français, et que craignais qu'un français ne s'installe près de moi. Pour quelle raison ce français vient-il chez moi, lui et ses soldats? Je pense que les français veulent me faire des entourloupettes. Ils m'ont déjà coupé la route à l'ouest. Ils veulent aussi me la couper au sud, il ne reste plus que deux directions, le nord et l'est. La terre de Dieu est grande.' Ce furent ses paroles. Il a remis la lettre au Kulubali en lui disant : 'Ce qui est écrit dans cette lettre, je ne le comprends pas, prends-la et rends-la à Braulot.' Kulubali a pris l'autre lettre et l'a donnée à Samory. La photographie du français qui réside à la place de Binger à Bassam s'y trouve. Il désirait que l'Almamy la voie. L'almamy a regardé la lettre et a dit : 'Je ne connais pas ce français.' Il leur a demandé : 'Binger est-il toujours le chef à Bassam?' Kulubali lui a répondu : 'Binger est parti en France. Le chef qui commande au Sénégal, commande à tous les territoires, il commande aussi à Bassam.' Samory leur a demandé : 'D'où venez-vous ? Du Sénégal? C'est le chef du Sénégal qui vous a envoyé ici?' Kulubali a répondu :'Oui.' Samory s'est aussitôt levé en disant : 'Je ne veux plus dialoguer. Je ne tiens pas à connaître ce français qui vous a envoyé ici, parce que la guerre et l'arrogance sont venues de l'ouest. Je ne connais qu'un seul français, un seul. C'est Binger, lui seul ne ment pas. Comme tu as dit qu'il était reparti en France, je ne veux plus écouter les paroles des français. Qu'ils restent chez eux, moi, je reste chez moi.' Il a appelé un marabout lettré du nom d'Osmana en lui demandant d'écrire une lettre. Il l'a écrite. Samory a remis la lettre à Kulubali. Dans cette lettre il disait à Braulot de ne pas venir. Kulubali et Amadu sura sont partis. Ils sont entrés à Kofidugu et ont remis la lettre au Capitaine Braulot. Peu après, le capitaine Braulot et ses soldats sont repartis. Tous les soldats ont traversé la rivière Bawule et ont rejoint par mer le Sénégal.
Un jour, Foruba Musa qui résidait à Jimini, se rendit compte qu'il n'y avait plus beaucoup d'hommes là-bas. Ceux que la guerre avait épargnés, Samory les avait vendus ou bien ils s'étaient enfuis à Gbeyinda ou au Bawule. Il n'y avait plus personne pour cultiver. Les gens de Samory avaient faim. Foruba Musa s'en rendait compte. Il envoya une lettre à Burama en lui disant : 'Reviens dans ton village! Reviens-y avec tous les tiens! N'aie pas peur de moi! Je ne te tourmenterai pas. Toi et les tiens pourrez rebâtir un beau village.' Burama lui a renvoyé sa réponse où il disait : 'Qui es-tu? Pourquoi me dis-tu : 'Viens ici' ou bien 'Va là-bas!' Tu es le chien de Samory, tu aboies derrière ton maître. Notre vieux village s'est écroulé. Prends-le, découpe-le, mange-le. Je suis ici, en paix, je réside ici. Quand tu auras déguerpi et que tu ne seras plus à Jimini, j'y retournerai.' Alors, Foruma Musa écrivit une autre lettre qu'il envoya à Dala en faisant croire qu'elle était de Samory. Elle ne l'était pas tout le monde le savait. Il a écrit : 'Je suis Samory l'amirulmunenina.' Il a écrit : 'Le colonel a peur. Kpakibo a peur, tous les fançais ont peur, Foruba Musa les a chassés. Ils ont dû traverser la rivière Bawule.' Tout le monde savait que Foruba Musa l'avait écrite ainsi, car Samory n'envoyait pas de lettre aussi arrogante. Dala a remis la lettre au français qui résidait à Kofidugu en lui disant :'C'est toi notre chef, cette lettre t'appartient.' Ce français t'a montré la lettre. Aussitôt, tu as appelé Kitara Sara et tous les bambara et les Jula qui se trouvaient à Tumodi. Tu les as appelé en leur disant : 'Vous avez entendu, Samory vous appelle et vous demande de retourner dans votre village. Qu'en dites-vous?' Aussitôt, Kitara Sara s'est levé et a dit avec violence : 'Samory a tué mon père, il a tué ma mère, il a tué mes frères cadets. Autrefois j'étais riche, il a fait de moi un pauvre, autrefois j'étais un chef, il a fait de moi un enfant. Toi-même, à mon entrée ici alors que la faim me tenaillait, tu m'as donné des vivres à manger, alors que j'avais soif, tu m'as donné du vin de palme à boire. Je n'avais pas d'habits, tu m'en as donné à mettre, je n'étais plus un homme, tu as fait de moi un roi. Je ne connais personne si ce n'est toi. Si tu me dis d'aler à Jimini, j'irai. Là où tu t'installeras, je m'y installerai.' Tous les Jula et les bambara ont approuvé en disant : 'Par Dieu, c'est la vérité même.' Personne n'a bougé... A un moment donné, les Anglais sont arrivés de Dagonba. Ils avaient l'intention d'arracher la région de Gbona (Buna) des griffes de Saranke Mori. Ils ont combattu. Les anglais ne savent pas se battre (tout le monde le sait). Ils ne savent que faire du commerce. Sarankè Mori a tué beaucoup de soldats des troupes anglaises. Ils lui ont pris deux canons. Il a même capturé un anglais qu'il a envoyé à son père Samory. Samory était bien content. Il n'avait jamais fait prisonnier un blanc. Il n'avait jamais pu faire prisonnier un français. Les français, si tu leur fais une embuscade sur la route, tu peux les tuer, mais tu ne peux jamais les prendre vivants. Pour les anglais, ce n'est pas pareil. Samory s'est moqué de cet anglais sans limite. Il lui disait : 'Salut! Grand merci!' L'anglais lui demandait :' (Merci ?) Pourquoi ?' Samory lui dit : 'Parce que tu m'as fait cadeau de deux canons, je te dis merci.' Tous les chanteurs qui se trouvaient là ainsi que tous les chefs riaient à gorge déployée. Les tempes de l'anglais devinrent aussi rouges que ses cheveux. Samory lui dit : 'Depuis longtemps je voulais saluer cette femme qui est votre chef, car on m'a rapporté que votre chef est une femme. Chaque jour, je cherchais un messager mais n'en trouvais pas. C'est pourquoi je suis si content aujourd'hui. Dieu t'a envoyé ici. Tu seras ce messager.' Samory a écrit une lettre où il saluait la vieille femme qui commande aux anglais. Il a pris deux grandes calebasses remplies d'or et les lui a remises en disant : 'Retourne dans ton pays, prends cette lettre et ces calebases et remets-les à ta 'cheftaine'. Au même moment, un français venant de Jènè arriva à Bondugu. Les sofas qui se trouvaient à Bondugu, vinrent en toute hâte à Kurunsa pour avertir Samory : 'Un français arrive'. Samory prit peur. Il quitta Kurunsa et vint à Dabakala où il résida lui et sa femme Sarankè. C'est alors que les français qui étaient installés de l'autre côté du fleuve Niger, lui firent savoir que le Buna leur appartenait et qu'il disent à ses gens de quitter le Buna. Il y avait à Buna un guerrier du nom de Sulemani qui commandait aux sofas. Samory a appelé Sarankè Mori et lui a dit : 'Pars à Buna et dis à Sulemani de quitter le pays. Je l'ai accordé aux français. Je suis vieux maintenant et ne veux plus faire la guerre.'
Sarankè est parti. Il a rencontré en chemin le capitaine Braulot en route vers Buna. Ce qui s'est passé, je n'en sais rien. Samory dit que Braulot est arrivé à Buna, qu'il y a passé la journée. Il a tiré du fusil. Les sofas de Buna ont répliqué. Sarankè Mori est arrivé, il a aidé Solimani, ils ont tué tous les français et leurs soldats. Les français disent, eux, que Sarankè Mori à cheval, a rencontré en chemin Braulot. Ils sont arrivés à Buna. Ils y ont passé la journée. Sarankè Mori a tué Braulot. Les sofas ont encerclé les français et les ont tous tués. J'ai moi-même entendu une autre version de la bouche de gens venus de Buna disant que Braulot et Sarankè se sont rencontrés sur le chemin, ils ont lié amitié et ils sont marché en une seule colonne. Ils ont fait étape dans un village proche de Buna en un seul campement. Un sofa a vu un soldat accompagné d'une femme. Il lui a dit : 'Cette femme m'appartient, laisse-la! Donne-la moi!' Cette femme, une esclave, s'enfuit de la main du sofa et le soldat l'a prise en répliquant : 'Menteur! Elle ne t'appartient pas!' Il a insulté le sofa en l'appelant : 'Kutuyuma!' Le sofa l'a insulté en retour en lui disant 'Esclave des français!' Il a insulté son père et sa mère. Aussitôt, le soldat a bondi sur le sofa. Ils se sont battus. Tous les soldats se sont levés pour aider le tirailleur. Tous les sofas de leur côté sont venus. C'était la bagarre collective. Les français couchés dans leur maison, dormaient. Ils se réveillèrent, sortirent. Braulot a pris un bâton et a battu le sofa. C'était la nuit? Où sont les blancs? Où sont les noirs? Pas moyen de les distinguer. Alors, le sofa que Braulot avait bastonné a pris son fusil et a tiré sur Braulot. Un autre français aussi a pris le sien et a tiré. Tous les sofas et tous les soldats ont pris leur fusil. Les sofas qui étaient plus nombreux, ont tué tous les français et tous les tirailleurs. Dieu seul sait où est la vérité...
Un jour, le chef des français résidant à Bassam a appelé le commandant Nebout. Il lui a dit d'aller chez l'almamy pour parlementer. Le commandant Nebout et un autre français ont traversé la forêt de Kunwesi (Comoé) et sont arrivés à Satama. Samory se trouvait à Dabakala. Quand il apprit que le français voulait venir le saluer, il a envoyé deux hommes à Satama pour les lui donner (comme accompagnateurs). Voilà les deux français à Dabakala. Samory leur a dit : 'Bonne arrivée! Bonne arrivée' et leur a rris la main. Il a donné l'ordre à l'un de des hommes de tuer une vache et de donner la viande aux français, à leurs hommes et aux porteurs. Ayant appris que les français aimaient les oeufs de poule, il leur donna une calebasse remplie d'oeufs de pourle. Il remplit aussi un canari de lait de vache et le leur offrit. Puis, il a appelé les joueurs de trompe, les joueurs de tambour, et les femmes dansèrent. Après cela, les fils de Samory, au nombre de deux cents, sont montés sur leurs chevaux. Leur selle est en peau de panthère, leurs étriers en argent, leur uniforme en soie, leur bottes de cuir écarlate, sur leurs toques des gaulettes sont cousues de fil d'or. Ils cavalcadent à toute vitesse, s'arrêtent net puis se remettent à galoper. Ils crient, tirent des salves en l'air. Puis c'est le tour des tirailleurs, des fantassins, un millier. Chacun a son fusil qui ressemble à celui des français, de beaux fusils, fabriqués par les forgerons de Samory. Ils marchent au pas comme les soldats français. A leur tête, un seul homme marche qui joue du clairon comme les français. Puis les sofas arrivent sur leurs chevaux, 1.000 sofas chacun avec son cheval. Tous ont défilé devant les français. Le défilé terminé, l'Almamy a dit au français : 'Tu as vu? Est-ce que je ne peux pas former des soldats comme les français?' Nebout lui a répondu : 'Tu dis vrai. Tes soldats sont beaux, tes fusils sont beaux, mais nos soldats sont plus beaux que les tiens, ils sont plus nombreux. De plus, nous avons beaucoup de canons. Recommencer la guerre n'est pas bon pour toi. Les français ont pris position au nord, au sud et a l'ouest. De leur côté, les anglais ont pris position à l'est. Tu ne peux plus t'enfuir.' Alors Samory a bien ri. Il a répondu : 'Je ne peux m'enfuir en traversant les camps français. C'est un constat. Mais la route de l'est m'appartient toujours. Les Anglais, que sont-ils? Ils ne peuvent me prendre mes fusils. Je crains les Français, mais les Anglais, si je veux tuer une antilope ou si je veux les combattre, c'est tout un.' Cela dit, il a craché par terre, et tous les chefs présents ont acquiescé en disant : 'L'almamy a dit vrai.' Nebout lui a dit : 'Pour quelle raison ne veux-tu pas faire un traité entre toi et moi ? Les français choisiront une province et te la donneront. Elle t'appartiendra et les français n'y entreront pas.' Alors l'Almamy a répondu : 'Si je m'installe dans une unique province, comme ferai-je? Est-ce que les oiseaux se posent toujours sur le même arbre?' Il refusa de faire un traité et dit à Nebout : 'Le jour où les français me donneront cent fusils et un beau canon, alors je saurai qu'ils sont mes amis et je signerai un traité. Va dire cela au gouverneur.!' Sa femme Sarankè prit la parole en disant : 'Mon père a dit la vérité.' L'Almamy a appelé Jaba, lui a donné la lettre en lui disant : 'Tu connais le chemin de Bassam, pars avec le français, tu salueras le gouverneur et lui donneras la lettre.' Le français a pris congé et s'en alla avec Jaba. L'almamy a donné trente vaches en lui disant : 'Voilà du lait et de la viande pour la route.' Il lui a donné aussi deux chevaux. Lui-même les a accompagnés un bout de chemin. Arrivé au marigot derrière Dabakala, il lui a donné la main en disant : 'Que Dieu te garde!'

12/ Les français capturent Samory.

Dès que les français ont appris que Samory demandait 100 fusils et un canon, ils se sont dit : 'Il a l'intention de reprendre la guerre, sinon, il ne demanderait pas de fusils, ni de canons.' Ils ont décidé : 'Allons le prendre. Quand nous l'aurons capturé, la guerre sera complètement finie.' Aussitôt, les Français ont quitté la ville de Kurunnya et traversé la Kunweni (Comoé). Ils sont entrés à Kun. Ils n'étaient que deux français avec peu de soldats. Samory l'a appris. Il y a envoyé beaucoup de sofas avec des fusils. Ils avaient aussi les deux canons pris aux anglais. Quand les sofas sont arrivés aux abords de Kun, ils ont cerné la ville. Tous les jours, ils tiraient au fusil, ils tiraient au canon. Pendant 14 jours, ils ont tiré. Les français n'avaient plus d'eau. Ils n'ont pas pu quitter Kun à cause des sofas. Ils avaient très soif. Sarankè Mori dit : 'Je veux les mystifier.' Il y avait des sofas, qui étaient habillés comme les soldats des français. Il les a appelés en leur disant de monter sur une hauteur rocheuse. Ils y sont montés. Ils ont pris un drapeau du roi, un drapeau français à plusieurs couleurs pour faire croire que d'autres français arrivaient en disant aux soldats : 'Ne tirez plus! ' Les soldats ont dit : 'Ce ne sont pas des troupes françaises, sinon, Sarankè Mori leur tirerait dessus.' Aussitôt le français leur dit : 'Tirez de nouveau!'. L'après-midi, un nuage de sauterelles est arrivé, car l'harmattan soufflait. Les soldats des français ont dit : 'Si les sauterelles viennent, c'est que les français sont en route. Ce sont eux qui les chassent.' Beaucoup de français sont arrivés venant de l'est. Ils ont combattu vaillamment, ont chassé tous les sofas, ils ont chassé Sarankè Mori et sont entrés à Kun. Le français qui commandait à Kun et tous ses soldats ont crié : 'Loué soit Dieu! Nous allons pouvoir boire.'
Sarankè Mori s'est enfui, il est entré à Dabakala et a dit à Samory : 'Les français sont entrés à Kun. Ils sont nombreux, sous peu ils vont venir ici et entreront à Jimini. Samory leva le camp aussitôt, il a pris toutes ses femmes, tous ses biens, les deux canons et tous ses fils. Tous s'enfuirent auprès de la rivière Bani au même endroit appelé Banfora. Quand il y est entré, Samory a dit : 'Je ne veux plus fuir, je suis trop vieux, je veux m'établir ici. Quand les français viendront, nous les attendrons, nous combattrons au fusil. Quand il n'y aura plus de poudre, je me tuerai.' Aussitôt, il a cloturé son camp, construit des murailles, en disant : 'Ce village est à moi et je lui donne le nom de Boli-banna (fin de fuite) parce que je ne veux plus fuir.' Le français quitta Kun, il est entré à Jimini dont il a chassé tous les sofas. Ils se sont enfuis rejoindre Boli-banna. Le sofas installés auprès de Gbweke se sont enfuis eux aussi. Les Ton ne les ont pas laissé partir. Ils se sont battus. Beaucoup de Ton s'enfuirent, ils entrèrent à Kofidugu, blessés, et dirent au commandant : 'Tu n'as pas vu? Le fauve de la forêt est venu faire la guerre.' Kofidugu a cru que Samory venait au Bawule. Il a envoyé à plusieurs reprises des émissaires au commandant Nebout pour dire : 'Samory arrive!'. Nebout a pris ses troupes et à marches forcées est venu à Kofidugu en nous disant : 'Partez couper tous les arbres qui entourent ma maison fortifiée, si Samory vient ici, je veux être en bonne position pour tirer au fusil.' Il y avait ici un soldat de petite taille du nom de Baba Kamara. Nebout l'a appelé et lui a dit : 'Pars espionner !' Baba Kamara est allé, il a bien observé et n'a rien vu. Il est entré à Gbweke et les gens lui ont dit : ' Tous les sofas sont partis, parce que les français sont entrés à Jimini. Il est revenu faire son rapport au français à Kofidugu. Nous-mêmes l'avons entendu et nous étions soulagés, très contents. Tout le monde chantait dans la ville, tout le monde dansait, tout le monde disait : 'Dieu, merci!' Un lettré coranique du nom de Karamogo Moriba nous a dit : 'Allez tous faire la prière, dans la salle de prière.' Aussitôt tout le mond est parti faire la prière en disant : 'Merci! Merci!'. Un autre jour, nous avons entendu dire que les français avaient pris Sikasso et tué Babenba. Samory aussi l'a appris, il prit peur et tremblait en se disant : 'Comment les français ont-ils fait. Moi-même j'ai assiégé pendant un an Sikasso, j'en ai fait le siège pendant 14 mois et 14 jours, en vain ! Les français en seulement 14 jours l'ont prise. S'ils viennent ici, que puis-je faire? Il y avait trois murailles de terre à Sikasso, solides. Ici, je n'ai qu'une petite palissade, une seule.' Il prit aussitôt ses femmes, son or, sa poudre et tous ses biens. Il appela ses fils et leur dit : 'Prenons tous la fuite!' Sarankè Mori lui a dit : 'Père, n'as-tu prénommé ce lieu 'finie la fuite'?' Samory répliqua : 'En route! Fuyons tous!' Ils ont pris un canon et l'ont coulé au fond de la rivière, car ils ne pouvaient pas l'emporter. Tous se sont enfuis dans la forêt derrière le Worodugu. Les gens de ce pays, ils les appelaient 'Gurojula' mais leur vrai nom est Koro. Ce sont des anthropophages. Samory a appelé Cèmogo Bilali et lui a dit : 'Reste à l'arrière-garde. Si les français viennent, arrête-les!' Cèmogo s'est embusqué près de la rivière Bani en un endroit appelé Cemu. A la nouvelle que le français qui avait pris Sikaso arrivait, Cèmogo a brûlé le camp. Il a pris la fuite et a installé son camp en un autre endroit. Il est parti si vite que les sofas n'ont pas eu le temps de manger leur repas de 'to'. La nuit tombée, Cèmogo Bilali a entendu les français arriver. Il a brûlé le camp et s'est enfui aussi vite. Les français sont arrivés, ils ont pris beaucoup de femmes et de chevaux... Les gens de Samory sont dans la forêt, exténués. Ils n'ont pas pu monter sur leurs chevaux. Tous les chevaux ont des plaies qui ne guérissent pas. Les hommes, eux, n'ont rien à manger. Beaucoup désertent et se rendent aux françaissqui sont au Mahunka. Tous les sofas qui restent en arrière, les Koro les prennent et les mangent. Alors Samory a écrit une lettre qu'il a envoyée au français installé à Tuba, la ville de la région Mahunka. Il lui disait qu'il voulait se rendre. Le français lui demandé de donner en otage ses fils Mokatar et Sarankè Mori. Samory a répondu que cela lui déplaisait.
Il voulut reprendre son mouvement de retraite et s'en aller vers l'ouest au pays des chrétiens noirs (Libéria). Au même moment, les français arrivaient de Konyan. Les gens de Samory ont commencé à traverser une rivière là-bas. Les français sont arrivés et ont fait beaucoup de prisonniers, plus de 10.000. Ils ont pris quantité de poudre, ils ont fait prisonnier Foruba Musa et tué Cèmogo Bilali. Un jour, dans la matinée, un homme venant du Worodugu est entré dans Kofidugu en nous disant : 'Les français ont pris l'Almamy.' Nous ne l'avons pas cru. Il nous a dit : 'Si! Les français venant de Konyan sont entrés au Korodugu, ils ont pris Samory, Muktaro, Sarankè Mori et Mori finman. Ils ont pris toutes les femmes de Samory, un canon, les fusils, la poudre, les chevaux, les vaches et quantité d'or. Il y avait tant de fusils qu'ils n'ont pu les emporter tous et les ont brûlés.'
Par la suite, nous avons su que ça s'est bien passé comme ça. Les gens nous ont dit : 'Les français n'ont pas tué Samory. Ils ont exilé au loin, au delà de la mer.' Les français nous ont tous appelés pour nous dire : 'Samory n'est plus là, Samory, c'est fini. Vous pouvez retourner à Jimini, y reconstruire votre village, y cultiver. Personne ne vous attaquera plus.' Nous les avons écoutés, sachant que les français sont les plus forts. Seul Dieu est plus fort que les français.

L'histoire de Samory est terminée . Alhamdulillahi rabbi' lalamin ! (Loué soit Dieu !)