Funérailles (traduction française)

Les funérailles de vieilles personnes sont l'occasion de réjouissances. N'ont-elles pas eu leur compte de vie? Cependant il convient traditionnellement de vérifier la cause cachée du décès. C'est aux devins de la révéler.  

(Causerie de Benoit Tarawele de Siraninduuru sur les funérailles, faite vers 1973)

Funérailles (traduction française)

Funérailles d'un vieux

1/ Mort du vieux.

Quand un vieux tombe malade chez nous, s'il s'agit d'une maladie qui mène à la mort, les gens le savent. Quand ils se rendent compte de sa gravité, si les temps sont difficiles, par exemple : en période de soudure, il n'y a plus de quoi manger, difficile de faire la fête ... ils utilisent d'abord beaucoup de remèdes. Ils vont voir les géomanciens pour la divination et font des offrandes pour que la mort puisse se déplacer un peu et s'écarter du malade, convaincus que certains devins ont ce pouvoir. Ils font de 'solides' offrandes qu'ils posent à son chevet. Certaines pratiques même utilisent un bâton, un bâton de 'sunsun'. On le met dans la main du malade pour l'aider à se lever. S'il arrive à se mettre debout, alors, il ne va pas mourir, il ne va pas guérir; il ne va pas trépasser, il ne pas revenir à lui  non plus, jusqu'au moment qui leur paraît propice, celui où tout est déjà prêt. Entre temps, ils ont envoyé des messages à la parenté : aux beaux-enfants, aux soeurs cadettes, aux soeurs aînées, et à tous les amis de poids. Ce message leur disait à tous : 'Un tel est malade'. Beaucoup viennent voir de quelle maladie il s'agit. Certains viennent avec une poule, d'autres avec de l'argent, d'autres avec du mil pour en faire de la bouillie à donner au malade. Quant à eux, s'ils s'estiment prêts à faire la fête, au moment qui leur paraît propice, ils enlèvent toutes leurs offrandes déposées à son chevet, ou bien s'il s'agit du bâton de 'sunsun', ils l'emportent, puisqu'il est bien auprès d'eux comme ça, mais ils le savent bien, il n'a plus rien d'un homme. Ensuite après un jour ou deux jours, il meurt. Quand il est bien mort, ils font vite chauffer de l'eau pour sa toilette et le couchent.

2/ Annonce du décès au chef de village et à la parenté. Envoi de messagers. 

Tous les chefs de famille se réunissent chez le chef de village pour le mettre au courant. Le chef de village en rend compte à tous en disant : 'Un tel est venu me dire qu'un tel était malade (et) que la maladie ne lui a pas été favorable. Faites donc tout ce que réclame la coutume, il s'agit des funérailles d'un vieux, (spécialement) toutes les coutumes des fétiches ... Si le défunt a droit à celles du 'do', le chef de village dit : 'Que le 'do' rugisse !' s'il a droit à celles du 'gwan' ou du 'komo', faites tout sérieusement, non pas à la légère.' Puis le chef de village ajoute : 'Le plus important, c'est la parenté proche et les frères et soeurs utérins, envoyez des messagers pour la prévenir.' Alors, on les prévient de cette manière. Le faire-part oral est confié aux intermédiaires des mariages de ses filles et de ses petites-filles domiciliés dans le village. Tous prennent à coeur cette mission et disent : 'J'enverrai quelqu'un chez un tel.' Certains peuvent alors mentionner cinq personnes si elles sont dans la même direction. Quand tout est réglé chez le chef de village, la foule se rassemble à la maison mortuaire. Elle se rassemble au domicile du défunt et y fait toutes les réjouissances requises.

3/ Sortie des fétiches. 


Quand vient le moment de la sortie des fétiches, elle a lieu. S'il s'agit du gwan, les 'gwan' rugissent, on fait tinter le 'manko-clochette'. Les femmes et les enfants s'enferment dans leurs cases. Les 'gwan' rugissent, entrent en courant dans le village, ils entrent dans la chambre mortuaire et en sortent par trois fois. Avant d'enterrer le mort, ils entrent au village trois fois, quatre fois ou cinq fois même, il n'y a pas de chiffre fixe. A chaque fois, ils pénètrent dans la chambre mortuaire. Par trois fois, ils déposent le fétiche par terre auprès du défunt, le reprennent et s'en vont.

4/ Arrivée de la parenté. Accueil. 


De tous les endroits où le message de deuil a été envoyé, les gens viennent en hâte. Certains arrivent à cinq, d'autres à quatre, d'autres à sept, d'autres à deux. Sinon, on n'y va pas seul. Même un étranger dont le passage coïncide avec le décès, s'il veut y aller pour honorer le défunt, il doit appeler un villageois pour l'accompagner. C'est, en effet, notre coutume : 'Un homme ne va pas seul présenter ses condoléances pour le décès d'un autre homme. Cela ne convient pas.'
Ils viennent avec beaucoup de cadeaux. Les parents proches, les alliés, les frères et soeurs viennent avec de l'argent en disant : 'C'est la participation à l'enterrement'. Là où une des filles du vieux a été mariée, chacun des gendres vient avec une somme d'argent. La coutume n'est pas fixe à ce sujet. Les uns donnent 500 francs, d'autres 1.000 francs, d'autres 750. Ils l'offrent en disant : 'Le décès d'un tel nous a été communiqué et les vieux nous ont envoyés pour la circonstance. Les 1000 francs que voici sont la part des alliés à l'occasion des condoléances.' La part du gendre est formulée de la façon suivante : 'Voici 50 francs pour le linceul offert par sa fille et de son époux'. C'est ainsi que l'on dit...
Si la famille du vieux décédé en a les moyens, elle sort une grosse poule et un coq pour le repas offert aux beaux-fils. Parfois même, elle sort une chèvre. Et si elle n'en a pas les moyens, elle retire 50 ou 100 francs de l'argent reçu et les rend en disant : 'C'est pour le retour,' symbole du repas d'honneur (qu'elle aurait aimé offrir.) Tout se passe bien de cette manière.

5/ Creusage de la tombe. Sacrifice. 


Les jeunes gens s'activent pour creuser la tombe au moment prévu. Les membres de la famille donnent une chèvre et une poule en disant : 'C'est pour l'ouverture de la tombe'. Celui qui en est chargé les emmène... Couché dans la tombe, le cadavre, s'il s'agit d'un homme, doit avoir la tête dirigée vers le nord. Le fossoyeur se déplace vers le nord, du côté de la tête et prononce les paroles du sacrifice. Après avoir interpelé les ancêtres, il interpelle le défunt couché en disant : 'Un tel ! Voici la poule sacrifiée pour ta tombe.' La chèvre est là debout. Il égorge la poule. Une fois égorgée, ils abattent aussi la chèvre en disant : 'Un tel! Voici la chèvre à sacrifier pour ta tombe. Que la maison de l'au-delà te soit paisible. Que la paix perdure en ton absence dans ta famille!' On égorge la chèvre. La chèvre et la poule appartiennent aux fossoyeurs. On les donne à deux ou trois jeunes gens chargés de les apprêter et de les cuire en attendant. Même si tout est bien cuit, tant que le défunt n'est pas enterré, on met le plat de côté, on ne le mange pas encore.

6/ Offrande d'une vache. 


Si la famille en a les moyens, elle offre aussi une vache qu'elle présente aux vieux. Chaque défunt appartient à quelqu'un (appelé sùtigi [mort-propriétaire] ). Dans la famille du vieux défunt, on amène la vache au 'sùtigi' en disant : 'Voici une vache à sacrifier pour un tel'. Le responsable en fait part à l'assemblée présente. Tous répondent : 'Cela convient bien! Ils ont fait ce qu'ils devaient faire. On ne garde pas une tête de bétail en pensant : si papa meurt, je la sacrifierai. Mais s'il meurt et que tu la possèdes, tu ne dois pas l'en frustrer.' Tous parlent de la même manière et remercient vivement celui qui l'a offerte.
Le responsable des funérailles appelle alors un 'senenkun' (parent à plaisanterie) ou bien un étranger installé depuis longtemps au village et lui parle de la vache à sacrifier... Autrefois, voici ce qu'on faisait : on attachait une longue corde au cou de la vache. Le 'senenkun' prenait le bout de la corde, entrait dans la chambre du défunt et mettait le bout de la corde dans la main du mort couché en disant : 'Un tel! Ils disent de sacrifier (cette vache) en ton honneur.' Mais actuellement, cela ne se fait plus. Voici ce qui se fait : quand on a égorgé la vache, on lui coupe (le bout de) la queue et on le met dans la main du défunt en disant : 'Un tel! Ils ont dit de la sacrifier en ton honneur : Que la maison de l'Au-delà te soit paisible! Que ceux que tu laisses après toi soient dans la paix! Que la famille soit bâtie sur les pleurs des enfants et non sur ceux des vieilles personnes.' ... La vache égorgée reste dans la cour là-bas. On la traîne dans un endroit à l'ombre. Si le soleil l'atteint, on lui met un secco au dessus de la blessure. Tant que l'inhumation n'est pas faite, on ne la dépouille pas.

7/ Eloge funèbre. Offrandes. 


Une fois tout cela réglé et que les fossoyeurs ont fini leur travail, l'un d'entre eux vient dire aux vieux : 'Les travailleurs ont terminé'. Si l'on est aux environs de midi, le chef de village dit alors : 'C'est bien! Quand le soleil se sera déplacé suffisamment, vous ferez l'inhumation'... Entretemps, dès la nouvelle du décès, on avait préparé la poudre de fusil et tiré des salves... Quand ils estiment que le moment est arrivé, que le soleil a fait un bon bout de chemin, ils envoient de nouveau quelqu'un interroger le chef de village. Il répond : 'D'accord, faites l'inhumation!' Alors ils appellent les jeunes gens et leur demandent de prendre le corps et de le déposer dans la cour pour les éloges funèbres. Ce qu'ils font, et les éloges funèbres commencent.
La première offrande est celle des enfants. Ils sont les premiers à louer (leur père). Que tu aies été un honnête homme ou non, un gros travailleur ou non, un homme méchant ou non, on fait ton éloge, on te loue comme ça, ta louange est proclamée au dessus de toi, même si tu ne t'entendais avec personne...  Les fils et leurs vieux donnent leur offrande à un 'senenkun' ou à un homme âgé et sage (qui fait office de griot) en disant : 'Voici un tel! Depuis que Dieu nous a créés pour lui dans la relation filiale, il nous a instruits et éduqués jusqu'à l'âge de raison, jusqu'à l'âge de prendre femme, d'avoir des enfants et nous n'avons rien eu à lui reprocher. Si Dieu est arrivé à lui, nous ne possédons rien, mais voici 500 francs, (ou 1000, ou 750, ou n'importe quelle somme). C'est notre offrande du 'jansa'. Que la maison de l'Au-delà lui soit paisible!' Le maître de la cérémonie du 'jansa', debout, reprend une partie des paroles et jette l'argent de l'autre côté du corps. Les petits-enfants de ce défunt prennent l'argent. Si importante que soit cette somme, elle n'appartient à personne d'autre, si ce n'est aux petits-enfants. Ensuite, le chef de village donne son offrande, puis dans l'ordre : les filles, les amis, toute personne désireuse de faire son éloge, même pour un bienfait minime peut en faire part à l'assemblée et donner son offrande. Beaucoup de paroles élogieuses y sont proférées accompagnées de ces offrandes. Les petits-enfants empochent l'argent.
Après cela, si les enfants sont très courageux, chacun d'eux enjambe le corps de leur père défunt. Si c'est un fils il l'enjambe par trois fois, si c'est une fille quatre fois. C'est un témoignage public qui indique que ce sont ses propres enfants. En effet ni les enfants des frères aînés ni les frères cadets du défunt, ni les enfants de ses amis ne l'enjambent, sauf ses enfants à lui. C'est un signe pour tous les assistants...Mais si les enfants manquent de courage, deux d'entre eux enlèvent une vieille paille d'un toit de chaume. Ils se mettent debout de part et d'autre du corps, et se passent la paille de main en main. Le deuxième la fixe en terre auprès de lui en disant : 'Un tel! Voici la paille qui représente tes enfants, vivants ou morts.' Il passe la paille par trois fois puis la jette par derrière.

8/ Inhumation. Repas de la chèvre. 


A ce moment-là ils demandent d'emporter le corps. On l'emporte. On part l'inhumer. Arrivés à la tombe, avant d'y descendre le corps, on tire des coups de fusil dans la fosse, pour brûler l'intérieur. (Ah! Je n'en connais pas la signification). Ensuite on enterre le corps. Quand il est enterré, les coutumes fétichistes qui le concernent se déroulent dans le bois sacré, soit celles du Gwan, soit celles du Komo, soit celles du Do. Une fois que le corps a définitivement quitté la maison, les fétiches n'entrent plus au village. Quand la tombe est refermée, on tire des coups de fusil. Après les coups de fusil, la chèvre dont j'ai parlé, sacrifiée à l'endroit de la tombe, a eu tout le temps de bien cuire. On fait savoir à tous les étrangers de ne pas s'en aller chez eux, (car) il y a de la viande de chèvre à point. On en fait part à tous, ce n'est pas une chose à cacher. Mais, par gêne, beaucoup n'acceptent pas de s'en approcher. Quelques personnes seulement se présentent pour en manger.

9/ Remerciements chez le chef. Répartition de la viande de vache. 

Ensuite, on dit : 'Que tous rentrent au village et se rendent chez le chef.' On va y faire le palabre des funérailles. Le responsable des funérailles dit au chef : 'Tu nous as convoqué à tel moment pour nous annoncer la mort d'un tel. Tous ceux à qui nous avons communiqué le message ont fait ce qu'ils pouvaient. Personne n'est resté en arrière. Nous avons terminé les cérémonies.'
Le chef de village remercie tous ceux qui ont fait le déplacement en disant que cette démarche lui a fait grand plaisir. Quand ils quittent la maison du chef, la vache est déjà dépouillée. En effet dès que le corps du défunt est emporté, certains restent à la maison pour ce travail. Ils s'en vont dépecer la viande. Tous les villages qui ont envoyé du monde ont droit à une portion de cette offrande. On la donne à chacun. Mais, elle leur est donnée pour être mangée en route, car dans notre tradition on dit : 'Emporter de la viande de funérailles offerte dans un village pour la manger dans un autre, cela ne se fait pas.' Dès que vous êtes sortis du village, vous allumez un feu pour la griller et vous la mangez. Vous n'entrez pas avec cette viande dans votre village. Mais cette coutume n'existe pas entre nous et les gens de Falajè. Si ça te plaît, tu la grilles et tu la manges (en chemin), si ça te plaît, tu l'emportes à la maison, car nous sommes des descendants de la même mère... Après tout cela, les visiteurs demandent la permission de partir. Tous ceux à qui il faut la leur donner, on la leur donne. Ils peuvent partir...
Quand le défunt est mort au moment des travaux, ses petits-enfants cassent des tiges feuillues, les placent entre leurs jambes, et courent. En grand nombre, ils entrent dans la cour et viennent les entasser dans la maison du défunt en disant : 'ce sont nos chevaux'. C'est une formule plaisante. C'est une coutume, mais ce n'est qu'une formule plaisante. On leur donne (alors) une chèvre. Eux aussi s'en vont l'égorger, la faire cuire et la manger.

10/ Offrandes aux fils du défunt. Réjouissances nocturnes. 

 Après tout ça, les réjouissances commencent à la maison mortuaire. (Elles dureront) deux nuits, ou trois, ou quatre ou même une semaine. Quand elles commencent, que ce soit celles des danseurs masqués (cèblencè), celles des chanteuses accompagnées de balafon (ngusunfola) ou celles des tam-tams célébrant les grands cultivateurs (cibaraninfola), elles suivent leur cours jusqu'à la fin. Personne ne les boude. Ce que tu peux donner comme offrande, tu le donnes. Qu'il y ait un ou deux, ou même tous les enfants du défunt, reconnus comme des gens de valeur, leurs camarades et leurs amis, les gens pour qui ils sont un recours, leur font une offrande de 100 francs, 150, ou 50 en disant à toute l'assemblée : 'Depuis mon enfance jusqu'à maintenant, j'ai été le compagnon d'un tel. Si notre maître est mort, si notre père est mort, voici 100 francs en offrande pour le maintien en vie d'un tel.' De nobles enfants peuvent ainsi recevoir jusqu'à 2000 francs, d'autres 1000. Par contre on peut trouver des enfants qui ne s'entendent avec personne. Ah, dans ce cas, même si tu es fils de ce vieux, les autres enfants reçoivent de l'argent comme offrande pour avoir survécu ... mais ta part à toi est bien maigre. Cela aussi est une coutume.
Les réjouissances ont donc lieu, par exemple, nous sommes aujourd'hui jeudi soir. Si le décès a eu lieu lundi, ou mardi, ou hier mercredi, on dit à l'assemblée : demain c'est vendredi, nous ferons les remerciements dans la maison mortuaire et les conversations prendront fin ce jour. Demain ce sera le soir du samedi. Ce n'est pas un jour favorable pour cela. La plupart du temps on termine les rassemblements soit le jeudi soir, soit le dimanche soir, soit le lundi soir, soit le samedi soir, s'il s'agit d'événements malheureux semblables. Sinon, que ce soit le mercredi soir, le mardi soir ou le vendredi soir, s'il s'agit d'événements douloureux on ne termine pas les palabres ces jours-là. Si on le fait, on dit qu'ils vont se répéter. C'est aussi une coutume chez nous.

11/ Divination posthume. Sacrifice réparatoire. 


Après tout cela, la famille se réunit et dit : 'Si un tel est mort, les choses nouvelles gâtent les événements, les anciennes non ...' Alors, la coutume de la divination concernant le décès se met en place. On se réunit et on la règle. On envoie deux hommes et une femme dans un village, et deux hommes et une femme dans un autre. On met des grains de mil dans une petite sacoche bien cousue. Cette sacoche est toujours portée du côté gauche. Jusqu'à l'arrivée au village, la main droite n'y touche pas si ce n'est la gauche... Quand on lave le corps du défunt, on lui couvre la tête d'une calebasse. C'est une coutume. Une de ses significations est que beaucoup de personnes ont peur de voir les yeux d'un mort... Or, quand on va pour la divination, cette calebasse est remise à une femme ou une jeune fille. Elle aussi prend cette calebasse de la main gauche. Jusqu'à l'arrivée au village (du devin) la main droite n'y touche pas. Le mil dans la sacoche et la calebasse serviront de salaire pour le devin. Les devins spécialistes des décès ne sont pas nombreux. Il y en a un à Falajè et un autre à Ntegedo. Je n'en connais pas d'autre. Ils s'adressent au devin en disant : 'Nos vieux nous ont envoyés car un tel est décédé. Les nouvelles coutumes sont néfastes, les anciennes non. Ils nous ont dit de venir chez toi pour voir la suite. Quel que soit le résultat, ne nous le cache pas!' Cette divination n'a pas lieu n'importe comment. Elle ne se fait que le vendredi, le dimanche et le lundi. Le devin répond : 'C'est bien! Quoi que tu apprennes, tu ne l'apprends pas pour toi seul, mais pour rendre service aux autres.' Alors, s'il s'agit de géomancie, il fait tomber du sable sur le sol, s'il s'agit de divination aux petits cailloux, il les dépose, s'il s'agit de divination aux cauris, il dépose des cauris. Nos vieux disent en sentence : 'la mort de personne n'est sans instruction.' Alors, le devin rend compte de ce qu'il a appris par la divination. S'il se trouve que le défunt avait un différend avec quelqu'un de sa famille, le devin dit : 'Ah! Il y a telle malédiction due à un différend entre le défunt et un tel au sujet de bétail, ou bien à une dure altercation entre lui et une épouse. Les ancêtres l'ont pris'. Quelle qu'en soit l'origine, le devin dit : 'Cette malédiction est là, il faut la résoudre.' Mais dans d'autres cas, quand le défunt est assez âgé pour avoir des petits-enfants, le devin se contente de dire : 'Je ne vois pas de malédiction, ni de mauvais sort. Je ne vois rien d'autre que : Dieu qui l'a fait naître, c'est le même Dieu qui l'a repris.' C'est la formule de certains. L'autre devin consulté dit aussi ce qu'il a vu au cours de sa divination. A leur retour, les consultants font leur rapport. Très souvent, les devins ne se contredisent pas. Quand le premier groupe a fait son récit et le deuxième le sien, ils reconnaissent : 'Tout est sorti de la même bouche' alors qu'ils ne sont pas allés dans le même village... S'il s'agit d'une malédiction suite de faute, et que quelqu'un soit au courant dans la famille, il dit : 'Voilà ce que j'en sais. Est-ce cela ou non? je n'en sais rien, sinon, c'est ce que j'en sais. Voilà les paroles, voilà les faits.' Il donne les détails. Ils lui répondent : 'C'est bien! Lundi prochain ou dimanche prochain, nous en ferons part au chef de village et nous ferons le sacrifice de réparation.' Quand le jour arrive, chacun des chefs de famille y participe selon ses moyens : qui une noix de kola, qui une poule. Mais c'est dans le cas où tous estiment que ce mauvais sort est grave. Alors les offrandes abondent. Sinon, selon l'exemple que j'ai donné, il n'y avait pas de mauvais sort important . Lors de ce sacrifice de réparation, si les réponses des devins n'ont pas concordé, on verse d'abord une libation. La libation faite, un vieux dans le bois sacré demande au sacrificateur de prendre d'abord une poule pour l'interroger d'après 'ses ailes'. Le sacrificateur prend une petite poule, et interpelle le défunt en disant : 'Un tel! Tu es décédé. Nous avons fait les consultations concernant la suite et voici ce que les devins nous ont dit : 'Il y aurait un différend entre toi et un tel'. Pour ma part je n'en sais rien, mais les vieux nous l'ont appris, si c'est vraiment la cause de sa mort, quand je jetterai cette poule, qu'elle meure dans l'axe sud-nord, ou bien qu'elle tombe la tête dirigée vers moi, qu'elle meure la tête orientée vers moi.' La poule est égorgée et lancée. Si la poule bat des ailes, tombe et meurt, et que sa tête n'est pas tournée vers le sacrificateur, ils disent : 'Ce n'était pas ça!' Ils font la vérification de cette manière. Dans le cas de mauvais sorts multiples, ils vérifient bien. Si la poule tombe la tête tournée vers le sacrificateur, ils disent : 'C'était bien ça!' Ils recommencent, tuent une autre poule en disant : 'Que la même chose se passe! Qu'elle tombe de la même manière et tourne sa tête vers le sacrificateur!' Ils recommencent, tuent une autre poule, par trois fois. Ensuite, ils divisent des noix de kola (et les jettent) par trois fois environ. Si tous ces sacrifices répondent dans le même sens, ils font un (dernier) sacrifice réparateur en formulant des bénédictions : 'Que la famille qui reste après toi soit dans la paix! Qu'elle soit bâtie sur les pleurs des enfants et non sur ceux des vieilles personnes!' S'il s'agit d'un vieux semblable à celui dont j'ai donné l'exemple, il n'y a pas de grand rassemblement pour ce sacrifice. Deux vieux se retrouvent dans la cour, prennent une poule, et la sacrifient aux ancêtres pour que le reste de la famille soit dans la paix.
C'est ainsi que se fait la divination posthume. Elle est destinée à bien vérifier s'il s'agit d'un mauvais sort suite de faute, et à proposer de quoi le faire disparaître parfaitement pour qu'il ne soit pas source d'autre obstacle dans la famille,. Cependant, selon l'opinion des gens, la réparation peut régler certains mauvais sorts, mais d'autres non. Certaines réparations ont recours aux fétiches, et tant qu'on ne sacrifie pas une vache, elles ne sont pas définitives. Même si on sacrifie une vache, si l'aveu n'est pas conforme à la réalité, le mauvais sort persiste. Pour cette raison, certaines familles sont complètement détruites. Mais ce n'est plus courant. La plupart du temps, pour beaucoup de vieux, la formule est : 'Dieu qui l'a créé, l'a repris.'
(Les coutumes de funérailles concernant un vieux décédé, les voilà racontées)

Funérailles d'une vieille

Certaines coutumes concernant les funérailles des vieilles se différencient un peu de celles des vieux. Une fois décédée, le chef de village insiste beaucoup sur ce point : 'Qu'on envoie des messagers pour chercher les membres de sa famille.' Normalement, au moment de sa maladie, on les avait déjà prévenus et ils étaient venus la voir. A l'annonce du décès, celui qui est resté en charge de sa famille donne une chèvre, un linceul, de l'argent et de la farine (de mil). Que ce soit son petit frère, le fils de son grand' frère ou le fils de son petit frère, il les apporte à la maison mortuaire... L'assemblée s'y réunit aussi comme elle se réunit pour le décès d'un vieux. On y fait savoir à la foule et au responsable des funérailles que les membres de la famille de la défunte sont arrivés avec leurs cadeaux que l'on détaille. Ils remercient en disant : 'Ils ont fait ce qu'ils peuvent.' Ils le savent bien : la vieille vient de chez eux, et depuis qu'ils l'ont accueillie jusqu'à aujourd'hui, il n'y a eu entre eux aucun différend, ce ne fut que respect et entraide. Cependant, 'les nouvelles coutumes sont néfastes, les anciennes, non'. Ils le rappellent à leur intermédiaire de mariage en disant ainsi (selon la coutume) : 'Un tel ! Dis à tes étrangers d'entrer dans la chambre où se trouve la défunte. Qu'ils l'examinent bien pour savoir si elle porte les traces d'une blessure faite au couteau ou à la lance.' C'est bien ainsi que l'on dit, mais ils n'acceptent pas d'entrer pour l'examiner, parce que, s'il s'agit d'un mariage entre personnes, il ne peut y avoir de meurtre entre elles. L'intermédiaire transmet les paroles à ses étrangers qui répondent : 'Ce n'est pas grave, ils ont raison de le dire, car c'est la tradition, mais ce n'est pas d'aujourd'hui qu'une telle fait partie de cette famille. Elle y a eu des enfants, des petits-enfants, et elle n'a jamais provoqué une querelle avec quelqu'un, à plus forte raison un meurtre. Quand le jour de ton départ décidé par Dieu se lève, il se lève. Quand l'eau pour te laver est mise sur le feu, elle chauffe. Puisque Dieu l'a décidé, nous n'allons pas l'examiner, elle ne porte pas de trace humaine.' Ils répondent : 'C'est vrai!'. Tout ce qui a été fait en l'honneur de la défunte : la chèvre offerte pour le creusage de la tombe, l'abattage de la vache, quoi que ce soit que ses enfants ont fait, ou son époux s'il vit encore, tout est détaillé à la famille de la défunte en rappelant le proverbe : 'un bel enterrement d'une épouse favorise l'obtention d'une autre'. Les gens de la belle famille les remercient vivement. Quand la tombe est creusée, si les enfants enjambent le corps de la mère, ils le font par quatre fois. L'éloge funèbre a lieu. On tire aussi des coups de fusil dans la fosse avant d'y déposer la défunte. Que ce soit une vieille ou une jeune femme, elle est couchée sur le côté gauche, la tête vers le sud et le visage tourné vers l'ouest.

Veuvage : fìrìya

Le veuvage d'une épouse d'un mari défunt, et le veuvage d'un époux d'une femme défunte ne sont pas identiques. S'il s'agit d'un décès de vieux, une autre veuve s'occupe vite de son épouse. Elle lui fait changer vêtements et lui met le 'basiyà. Le 'basiyà est notre pagne teint à deux couleurs. La (nouvelle) veuve s'en ceint et entoure sa tête d'un foulard blanc. Elle reste assise auprès du corps de son mari. Quand les fétiches vont faire leur entrée au village, des gens viennent prévenir la veuve accompagnatrice. Elle lui prend alors la main et l'introduit dans une autre case. Jamais cette femme ne reste seule à l'écart. Quand les fétiches ont fait demi-tour, les deux veuves reviennent s'asseoir près du mari. La veuve reste continuellement près de son mari. Elle lui masse le corps, lui plie les bras et les déplie, elle lui masse les jambes pour que les muscles ne se raidissent pas. C'est ce qu'elle fait depuis qu'il a rendu le dernier soupir. Dès ce moment aussi elle se tait, jamais elle ne cause, à moins que ne survienne quelque chose d'important qu'on ne peut régler sans l'interroger. Ils lui disent alors : 'Indique comment le régler' Elle donne brièvement les indications et retombe dans son silence. Elle ne parle jamais et ne mange pas non plus. Un peu de bouillie comme ça, jusqu'à l'inhumation de son mari. Elle ne parle pas...
Quand les femmes de sa parenté entrent en pleurant à haute voix dans la maison et dans la chambre mortuaire, une fois calmées, la veuve leur répond par quelques sanglots, et se tait de nouveau. Elle se tait jusqu'à ce que son mari soit enterré. Une fois enterré, alors elle peut parler, mais quelqu'un reste auprès d'elle à longueur de temps. Elle passe la nuit sur le lit de son mari. Si son mari chiquait, elle garde toujours sur elle sa tabatière. La tabatière est toujours pleine. Les gens s'en occupent et la remplissent. Que ce soit le collier-boulier *  

collier-boulier
de son mari ou son chasse-mouches en queue de vache, elle les a toujours avec elle, jusqu'à ce qu'on lui donne la permission (de les laisser). Elle ne se promène pas non plus seule. Quand le décès commence à dater, si personne ne peut rester à ses côtés, ils lui disent de prendre une paille de 'cèkalà' et de l'insérer sous la cordelette blanche attachée autour de sa tête, ou à la bandelette qui lui ceint le front. C'est le signe de sa condition (de veuve). Sinon, elle ne se promène pas seule tant qu'elle n'est pas donnée à un autre mari. Cela ne se fait jamais. Après la mort de son mari, le dimanche qui suit, les vieux disent : 'Qu'elle aille pour la première fois au marigot. A cette occasion, beaucoup de rites traditionnels s'effectuent qu'ignorent les autres personnes. Les hommes les ignorent totalement. Ce sont les femmes qui les connaissent, et encore, pas toutes. Ce sont celles qui ont déjà perdu un mari qui sont au courant. Quand elles vont au marigot, elles font sonner un morceau de fer. Alors, qui que tu sois, si ta première épouse n'est pas décédée, même si tu es déjà un ancien, tu te caches. La personne qui n'a pas à se cacher, c'est une veuve. Un veuf aussi n'a pas à se cacher. Pour autant, tu ne vas pas au marigot, seulement tu n'as pas à entrer dans ta case. Sinon, si ta femme est encore en vie et que tu les voies s'en aller au marigot, on dit que ta première femme va mourir. Une femme aussi, tant qu'elle n'a pas perdu son mari, si elle les voit partir au marigot, on dit que son premier mari va mourir.
Je connais aussi une autre coutume mais je n'en connais pas la raison. La première fois que la veuve va se laver au marigot, le savon et l'éponge végétale qui ont servi à laver le corps du mari défunt sont utilisés pour son bain. Selon leurs dires, beaucoup de rites pénibles ont cessé. Il est vrai que, chez nous, tant que le chef de famille n'a pas fait les libations aux ancêtres et donné la veuve à un (autre) mari, même un jeune homme non marié ne peut s'unir à elle, à fortiori un autre homme marié. C'est interdit. Certes beaucoup d'anciennes coutumes ont disparu, mais même aujourd'hui, on tient compte de celle-là. Un homme qui se respecte, si belle que soit une veuve, ne la traite pas comme une épouse. Cette coutume concerne les veuves.

Veuvage d'un homme

Quand une vieille meurt et que son vieux mari vit encore, dès qu'elle a rendu le dernier soupir, un autre vieux vient s'occuper de lui, l'emmène à l'écart hors de la maison, dans un autre endroit pour l'éloigner du corps de son épouse. Il veille sur lui là-bas dans l'autre famille. Lui aussi reste toujours silencieux jusqu'à ce que son épouse soit mise en terre. Sauf dans un cas exceptionnel, il ne parle pas non plus. Lui aussi refuse de manger, mais les coutumes qui concernent son veuvage sont moins nombreuses que celles des veuves. Une fois que leur épouse est enterrée, certains mettent une culotte blanche, un boubou blanc et une toque blanche, mais le veuvage des hommes comporte moins de rites que celui des femmes.

Funérailles des jeunes gens

A la mort de jeunes, il y a peu de coutumes chez nous parce que, c'est trop triste et cela fait peur. Quand un jeune homme tombe malade, la famille est apeurée. Elle fait ce qu'elle peut pour le soigner, mais quand elle voit que les remèdes sont impuissants, tout le monde est affolé. A sa mort, comme je l'ai déjà dit, on convoque une réunion chez le chef de village pour l'annoncer. Le chef ordonne : 'Convoquez les travailleurs pour creuser la fosse.' Que ce soit de nuit, ou que ce soit de jour, les travailleurs se mettent aussitôt à creuser la fosse tombale. Envoyer d'urgence des messagers annoncer la nouvelle, cela ne se fait pas, parce qu'elle est affolante et triste. On fait le sacrifice de bétail sur la tombe. On ne commence pas le creusage de la tombe sans sacrifier une chèvre. Si la famille en a les moyens, elle sacrifie une chèvre et une poule, si elle n'en a pas les moyens, une poule. Mais de nos jours, de beaucoup de manières c'est trop pitoyable, trop douloureux, source de sombres réflexions. On ne sacrifie plus de chèvre, parce que manger de cette chèvre est trop pénible pour les gens qui savent très bien pourquoi on l'a tuée. On ne sacrifie plus de chèvre mais une poule à sa place.
Quand les fossoyeurs ont terminé leur travail, on ne fait pas la louange funèbre. On ne fait rien du tout. Même si c'est en pleine nuit, on n'attend pas l'aurore. Si ce jeune homme a une épouse, elle ne reste pas près du corps de son mari. Cela ne se fait pas. Ils l'éloignent du défunt, parce que rester près du corps de son mari, ce serait par trop triste. Les coutumes qui concernent les veuves de vieux, elle les respecte aussi. Elle ne parle pas, elle entre en veuvage de cette manière. Elle aussi met le pagne teint (basiya). A la mort du mari, elle reste aussi un peu de temps auprès de lui, puis les gens la font se lever et l'emmènent pour l'en éloigner... Quand les fossoyeurs ont achevé leur travail, même si c'est en pleine nuit, le chef de village dit : 'Faites l'inhumation du corps'. Que ce soit en pleine nuit ou de bon matin, on l'enterre, car garder longtemps le corps auprès des gens, c'est par trop pénible pour sa famille, surtout pour les femmes, pour tous ceux qui comptaient sur lui et pour ses amis. On l'enterre vite vite. Les fétiches ne sortent pas pour lui. Même les coups de fusil ne sont pas tirés aussitôt. Cela reste la coutume : si tu es circoncis, on tirera du fusil, au village et dans le bois sacré, mais ce ne sera pas une salve, un seul fusil suffira pour certains, deux, trois. Une fois enterré, on vient le faire savoir au chef de village en disant : 'Il est enterré.' Il n'y aura pas d'assemblée importante. Le chef dit : 'Bon ! Il faut absolument faire part de ce décès dans les endroits où sont mariées ses grandes soeurs, ses petites soeurs et les filles de ses grands frères. Qu'on leur envoie le message!' Ils viennent, mais en petit nombre. Deux représentants suffisent pour certains. Il y a peu d'offrandes car il y a peu de gens pour les manger. Ses petites soeurs et les filles de ses frères aînés viennent, mais non pas ses grandes soeurs, car on dit (en adage) : 'On ne doit pas participer à l'enterrement d'un cadet' Du moins, on le leur fait savoir et la famille alliée envoie des représentants : ceux qu'il convient d'y envoyer. Le veuvage de la jeune veuve se passe comme le veuvage de l'épouse d'un vieil homme.

Funérailles d'une jeune femme

S̀'il s'agit du décès d'une jeune femme, la manière de faire est la même. On éloigne le mari de la maison mortuaire, on l'emmène en un autre endroit. Quelqu'un reste à ses côtés et veille sur lui. Il lui donne de bons conseils. Le veuf, lui aussi ne cause pas. Quand les fossoyeurs ont terminé, quelle qu'en soit heure, on enterre la femme. Mais si c'est en pleine chaleur, à midi ou un peu après midi, ah ! on n'enterre pas (tout de suite), car cela ne se fait jamais d'enterrer en plein midi. Sinon, pour toute autre heure, l'enterrement a lieu, pour l'enlever rapidement (de la vue) des gens. Qu'il s'agisse d'un défunt ou d'une défunte, on l'enterre dans un linceul blanc. Si on possède un pagne traditionnel (basiya) on en ceint la défunte, et on la recouvre d'un drap blanc. Sinon, chez nous, aucun linge noir, ou teint en ocre n'entre dans la tombe avec le défunt.