Circoncision (traduction française)
La circoncision traditionnelle chez les bambaras est vraiment un rite de passage, celui de l'enfance à l'âge où l'on assume sa condition d'homme dans la société. Elle se pratiquait autrefois dans la tranche d'âge des 12-15 ans. De nos jours, là où la scolarisation est bien implantée, elle est plus précoce (7-10ans). Les liens d'amitié tissés entre les circoncis d'une même promotion sont très forts et durent toute la vie.

Circoncision (traduction française)

(Première réunion chez le chef de village)

Chez nous ici, quand les garçonnets dans le village doivent être circoncis, le chef de village examine l'étoile (Vénus) à la saison froide. Il demande aussi aux gens reconnus comme (bons) observateurs et sages, de vérifier si elle est favorable. Il s'agit de l'étoile que nous appelons 'lawa' ou encore 'l'étoile de la circoncision'. Les observateurs (du ciel) et le chef de village examinent l'étoile au levant. Si, de fait, elle est exceptionnellement brillante, ils disent qu'elle est favorable. Alors le chef de village envoie des jeunes gens réunir les villageois auxquels il dit : 'Bon, voilà : je pense organiser la circoncision (prise d'habit) cette année. Quand on est chargé d'une mission, il faut s'y mettre tôt. Régler les affaires ensemble est un plaisir durable. Réglons l'affaire ensemble. Si je me trompe, dites : qu'on fasse comme ceci. Cela vaut mieux que de me laisser tout seul décider. C'est mon devoir de vous en parler, ce n'est pas mon devoir de vous y forcer.' Tous les chefs de famille lui répondent : 'C'était une chose à dire aux villageois et tu as bien fait de parler ainsi.' Le chef de village interroge alors l'assemblée : 'Qu'en est-il de l'étoile?' Tous répondent : 'Elle est bonne, elle est favorable, elle est favorable!' Tous les observateurs du ciel répondent ainsi : 'L'étoile est favorable.'
Alors, tous les chefs de famille, à leur tour, réunissent leurs gens : 'Le chef de village, disent-ils, a parlé de la circoncision (car) tout le monde observe que l'étoile est bonne. Aussi quand on a une mission, il faut s'y mettre avec ardeur et bien la prévoir, surtout quand il s'agit de la circoncision dont les préparatifs sont nombreux.' Les membres de la famille lui répondent : 'C'est bien vrai ! à toi de dire ceux que tu estimes devoir y participer.' Le chef de famille désigne alors nommément ou son propre fils, ou celui de son petit frère ou celui de son frère aîné : 'je désire qu'un tel et un tel et un tel soient circoncis cette année.' Et les membres de la famille acquiescent en disant : 'Si tu as décidé quelque chose, elle aura lieu. Il ne reste qu'à demander aux 'mères' de s'y préparer. C'est la meilleure chose à faire.' Bon, dans la famille, le père chargé de l'éducation de l'enfant n'est pas son propre père. De même, c'est à l'épouse de cet oncle de s'en occuper. C'est elle qui est responsable des coutumes qui le concernent. Alors le chef de famille appelle toutes ces 'mères' et leur dit : 'J'ai l'intention d'envoyer un tel (et un tel) avec le groupe des enfants (à circoncire) car le chef de village en a parlé.' Les 'mères' disent qu'elles ont bien entendu. Les pères et les mères prennent à coeur tous les préparatifs de la circoncision. Ils s'y mettent. Le plus important c'est l'habit de circoncision qu'ils préparent avec soin.

(2° et 3° réunion chez le chef de village. Fixation de la date. Désignation des futurs circoncis.)

Le mois suivant, le chef de village convoque une nouvelle assemblée. Il dit : 'Bien! Le mois passé, j'ai parlé de la circoncision. Si elle doit avoir lieu, je désire qu'on en décide le moment. Quand on fixe un mois ou un jour, il arrive, mais si on les fixe pas, ils n'arrivent pas.' Et tous de répondre : c'est bien vrai, mais qu'il dise tout simplement le moment qu'il a en tête. Le chef reprend : 'Personne ne m'a encore indiqué quels sont ceux qui en feront partie.' Les chefs de famille le reconnaissent et chacun à son tour nomme ses enfants qui devront y aller et en indique le nombre.
A la troisième assemblée, le chef de village en fixe le mois. Si l'on est dans le mois 'arjaba' qu'on appelle 'mois du ramassage des oeufs', il n'est pas question pour eux de faire la circoncision ce mois-là, de même que le mois de la fête (selikalo). On la fait précisément pendant le mois entre les deux fêtes ou pendant le mois qui suit. Le chef de village propose ces deux mois au choix. On le choisit, on le décide, puis on cherche le jour favorable que l'on fixe. (Quand on dit) chercher le jour favorable, de quoi s'agit-il ? Faire la circoncision un jour de pleine lune, cela ne se fait pas. Le chef de village propose alors aux gens les trois autres jeudis, celui de la nouvelle lune, celui de l'entrée de la lune dans l'ombre ou le suivant. Les chefs de famille répondent : 'De ces trois jeudis, fixe donc la date sur celui auquel tu penses, cela convient.' Le chef de village décide alors : 'Que tous partent d'ici avec cette date : le jeudi de l'entrée de la lune dans l'ombre. Que tous la considèrent comme leur mission (bien fixée). Vous avez dit : le jour que tu auras fixé (sera le nôtre, voilà) je l'ai fixé, mais une fois fixé, on ne va plus revenir dessus, au jour dit, mes enfants seront circoncis. Que les enfants (désignés) se mettent au travail.' Tous acquiescent et quittent l'assemblée. Tous commencent les préparatifs.

(Coupe des bûches par les 'bilakoro'. Fête des mamans)

Alors une coutume revient aux futurs circoncis : celle de dresser un abri et de couper des bûches. Cette coutume signifie qu'ils doivent être capables de faire les durs travaux dans la famille. Si petits qu'ils soient, les garçonnets feront les travaux concernant la circoncision. Le chef de village demande aux chefs de famille de les libérer pour qu'ils aillent couper les bûches. Les chefs de famille transmettent l'ordre chez eux et libèrent tous les enfants désignés. Même s'il y a beaucoup de travail à ce moment : coupe du mil, ou arrachage des arachides, les futurs circoncis en sont exempts. On les envoie chercher du bois. Ils parcourent la brousse et coupent les bûches. Quand ils ont fini, ils sillonnent la brousse et coupent de grandes herbes : des (waajè) ou des (cèkala), qu'ils dressent en vue d'en faire des seccos. Quand la date de la circoncision approche, ils vont couper les poteaux. Puis, ils tressent les seccos. A la fin de ces travaux, la circoncision est toute proche.
Entre temps, le chef de village a choisi le 'Syèma'. Il s'agit d'un homme auquel seront confiés les circoncis, qui veillera bien sur eux, les mettra sur le bon chemin des hommes et soignera leurs plaies. Ce 'Syèma' s'enquiert alors auprès du chef de village où doit se construire l'abri. Il le lui dit. En dehors du chef de village et de 'Syèma', personne n'est au courant. Quand il ne reste plus qu'une semaine, une autre coutume ici chez les bambara concerne les 'mères' : celle de la chute des bûches (takurunbin). En début d'après midi les futurs circoncis sortent (du village). Chacun d'eux va rapporter sa bûche aux abords du village. Chacune des mères se tient aux aguets à l'entrée du village là où l'enfant doit jeter sa bûche. Les enfants qui appartiennent à une même famille partent ensemble chercher leur bûche. Les mères sont aux abords à guetter leur venue. Quand ils les ont jetées à l'entrée du village, toutes les mères se rassemblent et en font une grande réjouissance. Elles poussent en choeur des youyous. C'est la fête, c'est la joie.
Ici, chez les bambara, se déroule une coutume appelée : 'dunu'. Il s'agit d'un instrument à percussion, le plus agréable d'entre eux. Pourquoi, le plus agréable ? Parce que cet instrument, si tu l'entends jouer chez les bambara où que ce soit, on ne le joue pas en cas de malheur, mais seulement pour un bonheur. En effet, des instruments traditionnels à percussion, les bambara en ont beaucoup : le balafon (xylophone), le tambour (bɔn). On peut jouer le 'bɔn' en cas d'événement malheureux ou heureux, on peut jouer le balafon en cas d'événement malheureux ou heureux. Mais ce 'dunu', le plus ancien des instruments à percussion bambara, ne se joue pas en cas de malheur, il ne se joue que pour un événement heureux. Cet instrument là, les hommes n'en jouent pas, ils ne le gardent pas, ils ne le 'dansent' pas. Nous l'appelons : 'ntegedunu'. Les femmes (seules) en jouent et le 'dansent'. C'est une grande fête. Quand on voit cette danse exécutée au son de ce tambour, on pourrait penser que c'est une danse déshonnête. Ce n'en est pas. C'est une danse qui manifeste la joie d'avoir des enfants et l'importance du mariage. Sinon, ce n'est pas une danse immorale. Cela se passe une semaine avant la circoncision, dans l'après-midi.

(Annonce de la circoncision aux oncles maternels, aux amis)

Puis, les futurs circoncis se promènent. En commençant par les oncles maternels, jusqu'aux amis, ou encore aux soeurs aînées ou aux soeurs cadettes mariées dans les villages environnants, ils font part à tous de la circoncision (prochaine). Quand il ne reste plus que trois jours environ avant la date, ces parents arrivent : ceux du côté de la mère et celles de la famille (mariées ailleurs). C'est une grande fête. Certaines arrivent même en chantant. Selon leurs moyens, elles offrent une somme d'argent, quelle qu'elle soit, en disant : 'Un tel est venu nous annoncer sa prochaine circoncision, nous sommes venus pour qu'elle ait lieu en notre présence commune. Voici 500 francs, c'est l'offrande de reconnaissance pour (son maintien en) vie.' Certains donnent 250 francs, d'autres 200, d'autres 50 même, certains 100 en disant : 'c'est l'offrande de sa survie' (nimasaraka). Tous selon leurs moyens participent à l'offrande.

(Emplacement et construction de l'abri destiné aux circoncis)

Trois ou quatre jours avant la circoncision, tous connaissent alors l'endroit où l'on doit construire l'abri (ga). Syèma convoque les jeunes gens du village, par exemple: les grands frères des futurs circoncis. S'ils sont assez nombreux, il s'en contente, s'ils ne sont pas nombreux, il appelle même toute la classe des jeunes hommes. Il les rassemble et leur demande de venir l'aider à construire le 'ga' des circoncis. Ils viennent. Syèma leur montre l'endroit. Ils creusent les trous des poteaux, les plantent et y fixent les seccos. Les futurs circoncis piochent alors le sol (de l'endroit clôturé, le dament) et le crépissent. Tout se fait dans la même journée. Il y a une raison : c'est qu'il y a toujours de méchantes gens dans un village. Éventuellement, quelqu'un peut y cacher un objet maléfique source d'ennuis pour les circoncis. En piochant et en damant dans la même journée, en crépissant le sol le même jour, personne ne pourra alors y introduire aucun gri-gri maléfique sans qu'on n'en voie la trace. Et dans ce cas, on fouillera et on l'enlèvera.
Donc, au début de cette semaine, on joue du tam-tam et du tambour d'eau. La 'mère' à qui le chef de famille a confié le garçonnet, joue du tambour d'eau avec ardeur et fait la fête. Le jour où l'on met la bière de mil sur le feu, on joue aussi avec entrain de ce (fameux) 'ntegedunu'. Dans l'après-midi qui précède la circoncision on en joue à qui mieux-mieux. Ce sera la grande fête jusqu'au repas du soir.

(Consultation chez les devins. Sacrifices)

Entretemps, les 'pères' se sont promenés chez les géomanciens : s'il avait une faute à régler, pour la régler, s'il y avait une malchance à conjurer, pour la conjurer. Dans l'après-midi ils font les sacrifices aux 'protecteurs'. Ils se sont renseignés à l'avance chez les devins pour bien connaître qui sont les protecteurs de l'enfant à circoncire. Si c'est le fétiche 'komo', ils lui font un sacrifice, convaincus que l'enfant ne doit pas être circoncis sans l'avoir fait. Si le protecteur est le 'pèri', ils lui font un sacrifice. Si le protecteur est l'aïeul défunt ... le sacrifice aux ancêtres est obligatoire de toutes manières, qu'ils soient les protecteurs ou non. Au début de l'après-midi, ils mettent des grains de mil dans de l'eau et vont s'asseoir. Certains sacrifient une poule, d'autres divisent des noix de kola, d'autres versent de l'eau claire tout simplement. Ils vont s'asseoir dans l'axe sud-nord, la tête tournée vers le nord ou bien vers le sud et disent :
'Ennemis d'ici ou amis d'ici, votre accueil ou votre renvoi est le même ... Encore aujourd'hui, (ils interpellent les grands défunts) : un tel et un tel et un tel, c'est vous qui nous avez eu pour enfants, nous aussi avons eu le nôtre un tel, voici qu'aujourd'hui nos vieux ont décidé qu'il soit circoncis. Nous sommes tous d'accord. (Mais) on ne peut le faire sans vous faire notre libation. Nous te le confions, qu'il s'assied heureusement et se relève heureusement. L'ennemi qui le maudit (en souhaitant) qu'il ne voit pas la nuit prochaine ni l'aube, ou qu'il ne voit pas l'aube ni la nuit prochaine, que du sable soit jeté dans les yeux de cet ennemi jaloux, qu'un mors soit mis dans sa grande gueule.' Ce sont quelques paroles de ce genre que le sacrificateur prononce en versant la libation aux ancêtres et en divisant les noix de kola.

(Compte des bûches par le forgeron. Veillée. Chants. Sacrifices propitiatoires)

Dans l'après-midi le forgeron était arrivé. Si sa maison d'accueil n'est pas celle du chef de village en personne, son hôte envoie quelqu'un prévenir le chef de village en disant : 'le forgeron est arrivé.' Bon, cela fait, après le repas, chacun des garçonnets prend sa bûche et s'en va à l'entrée de la maison où loge le forgeron. Ils font bien attention. Chacun d'eux, un à un, va jeter sa bûche près du feu où est assis le forgeron ou près de l'endroit où il cause. Que deux enfants jettent leur bûche en même temps, cela ne se fait pas, mais un par un. Le premier jette la sienne, puis le suivant, puis le suivant jusqu'au dernier du groupe. Alors, le forgeron les compte. Cela a du sens. Le forgeron fait ses préparatifs en fonction du nombre de personnes. En effet, il n'est pas rare que des enfants accourent d'eux-mêmes d'autres villages (pour se faire circoncire. C'est pourquoi) le forgeron ajoute 3, 2 ou 4 unités au nombre qu'il a calculé...
Après le repas du soir, le tambour d'eau résonne, on joue le tam-tam de la fête, c'est la veillée sur la place publique. Elle va durer jusqu'à l'aube. Ses rites sont nombreux. Toutes les mères vont sur la place publique pour la veillée, tandis que les garçonnets sont rassemblés là où ils passeront la nuit. La veillée de la circoncision (est spéciale) ce n'est pas vraiment celle des hommes, mais plutôt celle des femmes. Et encore ! Les femmes la font, elles sont dans la foule, mais elles sont toutes préoccupées, car elle savent ce qui aura lieu le lendemain matin... Les hommes vont faire un tour sur la place publique, mais ils ne peuvent rester longtemps. Beaucoup restent dans leur maison, inquiets, ils ne peuvent pas dormir beaucoup, parce qu'on ne sait pas si l'opération des garçonnets réussira ou non. Quant aux femmes, elles font la fête jusqu'à l'aube sur la place publique.
À l'aube, l'agitation s'apaise. Les jeunes gens prennent les 'wasanba' (sortes de crécelles) et entrent au village. Ils se promènent en passant dans chaque famille, qu'elle ait ou non des enfants à circoncire. Ils chantent, et leurs chants sont lourds de sens. Pourquoi chantent-ils ? Pour rappeler aux pères et aux mères leur conduite passée. Quelle conduite ? Quand on est unis par le mariage, bien des choses se passent. Entre l'époux et l'épouse, les querelles ne peuvent prendre fin. (Les dents et la langue se querellent, dit un adage). On ne peut faire vie commune, et élever un enfant jusqu'à l'âge de la circoncision, sans que surgissent des disputes à propos de lui. Dans notre mentalité, quand on se dispute, c'est une sorte de péché qui provoque des 'karas' (des mauvais sorts) et peut devenir pour l'enfant une source d'ennuis. Les chants de ces jeunes gens font que les pères et les mères se souviennent de ces querelles et vont chercher un moyen d'expier leur faute. Même quelqu'un plein d'appréhension s'en souvient. S'il s'agit de la mère, elle contacte un camarade de son mari et lui avoue sa faute. Alors tous deux vont trouver le mari pour faire la libation (d'expiation). Ils mettent des grains de mil dans de l'eau, s'assoient, rappellent les circonstances, et versent la libation aux ancêtres en leur demandant pardon... De même pour le père, s'il convient que les conjoints se voient pour s'être disputés, ils le font. Ils se demandent pardon, ils se l'accordent et font la libation aux ancêtres comme une sorte d'expiation de leur faute. Cela règle le différend et élimine le mauvais sort... Quant aux joueurs de 'wasanba', après avoir fait trois tours de chant, ils bifurquent et vont déposer leurs 'crécelles' près du bosquet où aura lieu la circoncision.

(Circoncision. Ordre de préséance)

C'est le moment du forgeron. C'est la raison de sa venue. Il sort du village et va sur l'aire prévue. C'est maintenant aux mères de faire leur travail. Elles lavent les garçonnets à circoncire chacun dans sa maison. À chacun sa mère. Ceux de la même famille sont lavés dans la même 'douchière', avec l'eau de la même calebasse. Que met-on dans cette calebasse ? Des remèdes en poudre accompagnés d'incantations. Dans quels buts? Les buts principaux sont les suivants : contrecarrer les maléfices des ennemis, prévenir les vertiges des circoncis et éviter une abondante hémorragie. On fabrique de petites cordelettes à noeuds (tafo) que l'on attache sur la tête des garçonnets. À certains, on leur attache dans les cheveux un fil noir, un fil rouge et un fil blanc pour qu'ils n'aient pas de vertiges. C'est un remède contre les vertiges. Quand (les parents) sont allés voir les devins, certains ont recommandé comme offrande une noix de kola blanche mise dans du lait frais avec une invocation à Dieu. Que l'enfant avant de se rendre sur le lieu boive le lait frais, qu'il divise la noix de kola, en mette une moitié dans sa bouche et en croque une partie. Qu'il ne croque pas tout. Même s'il le fait, qu'il ne s'assied pas sous le fer sans en avoir gardé des miettes dans la bouche. S'il le fait, il s'assiéra et se relèvera correctement. Ils agissent ainsi. Quand les pères ont tout réglé ainsi, les enfants sortent du village.
C'est alors qu'il convient de décider l'ordre de préséance. C'est très important. Cela revient à un vieux aidé de 'mères' à la bonne mémoire. On met en rang les enfants. On trie un à un ceux de la génération des pères. On place en premier le plus âgé, puis à sa suite les autres par rang d'âge. Quand le groupe de la génération des pères est terminé, on passe à la génération des fils. De la même manière, les aînés passent devant les cadets. Mais même si un de la génération des fils est plus âgé qu'un de la génération des pères il ne passe pas devant. Dans quel but tout ce tri ? Tout cela est fait en prévision de l'installation du chef de village, et pour éviter des erreurs à cette occasion. En effet, on ne peut prévoir qui mourra (avant les autres). Quand c'est au tour d'un tel, (cela évite) qu'un cadet devienne chef et qu'on oublie son aîné, ou bien qu'un de la génération des fils devienne chef alors qu'il reste quelqu'un de la génération des pères. C'est la raison de ce tri. Le chef de village sera installé sans qu'il y ait d'erreur... S'il y a un (fils d') étranger installé dans le village qui doit être circoncis, on le fait passer en tout premier, mais ce n'est qu'un signe (de sa condition d'étranger) cela ne veut pas dire qu'il aura la chefferie.
Alors le forgeron commence à les circoncire. Les 'bilakoro' viennent. Un homme se tient debout près du forgeron, mais plus près du père de l'enfant que du forgeron. Un autre est debout tout près des enfants. Un autre est tout à côté du forgeron, c'est lui qui fait asseoir l'enfant. Le forgeron, lui, fait l'appel, un à la fois. Il les circoncit tous. Fréquemment, le parent venu de chez l'oncle maternel pour la circoncision de son neveu, est accouru. Elle a lieu en sa présence. C'est lui qui, assis derrière l'enfant, le tient fermement et veille sur lui. Mais quand il s'agit de la circoncision, on ne fait pas de distinction. Tous les circoncis ont droit à la (même vigilance). Quand la circoncision est finie, tout ce que chacun a appris comme formule magique est mis au service de tous. 'Je suis venu pour un tel, je ne suis pas venu pour un tel' Cela ne se dit pas, (cela ne se fait pas). Tout le monde met en oeuvre les secrets qu'il a, afin que les circoncis ne s'évanouissent pas et ne soient pas trop éprouvés.

(Vêture de l'habit)

Quand on apprend que la circoncision des enfants est pratiquement terminée, on appelle le forgeron au village pour qu'il revête les circoncis de leur habit. Cette prise d'habit est accompagnée de paroles. Mais tout le monde ne les connaît pas, ce sont des formules magiques. Le forgeron prend un par un les habits, il prononce les formules sur eux et en revêt les circoncis. Ensuite ils partent se laver les pieds et on couvre leur tête d'un linge. Pourquoi cette coutume? Pour qu'en entrant au village, les femmes et les enfants ne puissent les reconnaître et dire : 'celui-ci c'est un tel, celui-ci c'est un tel.' Entrés au village, on les présente au chef.
A ce moment, le chef de village les confie à Syèma en lui disant : 'Voilà les enfants, occupe-toi d'eux, ne les laisse pas (à eux-mêmes), ce sont des enfants. Pendant ces cinq semaines, prends à coeur de veiller sur eux pour qu'ils abandonnent leurs mauvaises habitudes de gamin et adoptent les vertus de l'adulte circoncis (cèbakoro). Il n'y a pas de petit circoncis. Quand on dit que tu es maintenant un homme circoncis, tu l'es, il n'y a pas deux types d'adulte. Si les nouveaux circoncis montrent encore leurs vieilles habitudes, tu en seras responsable, si leurs vertus se révèlent, tu en seras responsable.' Le chef de village instruit ainsi brièvement le maître des circoncis. Puis tout le groupe s'en va sous l'abri (ga).

(Fabrication des 'wasanba'. Sacrifice. Première semaine sous le 'ga')

fabrication des wasanbaA l'entrée des circoncis dans le village, une autre coutume se déroule. Sifabrication des wasanba tu es le fils aîné, ou même si tu ne l'es pas, mais que tu es le premier fils resté en vie de toute femme, même si tu as eu des aînés qui sont morts sans être circoncis, et que toi, tu es resté en vie jusqu'à la circoncision, on fabrique pour toi une 'wasanba'.* Ils cherchent deux calebasses neuves, un bouc ou une grosse chèvre pour les offrir en sacrifice aux ancêtres. Il n'y a pas d'autres formules que celles des sacrifices aux défunts en demandant que les cadets soient plus nombreux que les aînés (dans la famille). Même l'homme qui a trois épouses, si toutes les trois ont des fils, on fabriquera une wasanba pour tous les premiers fils (circoncis).flûte + wasanba

wasanba


Bon, les circoncis passent une semaine avec leur grand boubou. Leurs aînés s'asseyent auprès d'eux. Syèma les avertit sérieusement de veiller sur eux. L'éducation des circoncis commence dès cette première semaine. Ils passent la nuit avec les jeunes gens, leurs frères aînés. Toi le jeune homme, si tu es consciencieux, posé, honnête, tu veilles sur le nouveau circoncis de ton mieux, tu ne cèdes pas au sommeil. Tu le fais bien s'étirer sur sa couche, les jambes bien serrées l'une contre l'autre. C'est ton devoir de le dresser de toutes ces façons.

(Visite en groupe au village. Grande fête du 7ème jour)

Quand la première semaine est bien finie, c'est le 'kòlakari'. Les mères préparent d'abondants plat de riz. Si elles n'en ont pas les moyens, beaucoup de couscous et de viande. Toute la nourriture dont elles disposent, elles en préparent en abondance pour fêter la fin de la première semaine et .... Alors, on leur rase la tête et on y colle des cauris. Pourquoi ce rasage de tête? Son but est de signifier ta sortie de l'enfance et (ton entrée dans) l'âge adulte. (Rappelle-toi !) le jour de la naissance, la chevelure que tu portais a été rasée et on l'appelait 'la mauvaise chevelure'. Une fois rasée, la nouvelle pousse n'est plus appelée 'mauvaise'. De même, le jour du 'kòlakari', si l'on te rase la tête, cela signifie que tu abandonnes ta chevelure d'incirconcis. La suivante qui poussera sera celle d'adulte circoncis...
(Pendant que) cuit le bon repas (de fête), vous enlevez vos grands boubous, vous les pliez pour en faire un oreiller, et des couvertures on en fait des 'gwegwa'. Les 'gwegwa' sont nos chemises-culottes, chemise et culotte d'un seul tenant. * promenade en groupeVous portez les 'wasanba' en bandouillère. Vous vous promenez. Vous allez dans chacune de vos familles. Vous ne le faites pas à longueur de temps, vous allez seulement saluer les gens de la maison. Si une mère veut donner quelque chose à son enfant, du sucre ou de la viande, elle le fait. Si ça vous plaît, vous le mangez ou bien vous le rapportez à l'abri des circoncis. Quand le repas (de fête) est cuit, Syèma en réserve une part pour le chef de village. S'il y a un griot au village, il a aussi droit à cette marque d'honneur. De même, les parents par alliance, tout étranger important, de passage au village. C'est ainsi qu'est réglé le repas de fête du 7ème jour et sa répartition. Les jeunes circoncis mangent leur part. Leurs aînés aussi la leur. C'est la grande fête. Les mamans sont complètement rassurées ce jour-là et disent 'mon enfant n'est plus en danger'. C'est qu'elles étaient bien inquiètes.

(Éducation sous le 'ga')

Pendant ces cinq semaines, les enfants circoncis sont ainsi gouvernés par Syèma et les aînés. Si l'un d'eux insulte (un autre) ou dit des sottises, les aînés courent le dire au responsable Syèma. Celui leur dit de l'emmener au village et de le promener au son des wasanba et de ridiculiser ses sottises en chansons. Pourquoi en faire une chanson? Pour que le coupable montré dans tout le village en ait honte et cesse ce comportement. Autrefois au retour sous le 'ga', Syèma lui donnait trois bons coups de fouets. C'était pour lui une humiliation publique et il lui en cuisait aussi physiquement. Il en avait honte et tenait sa langue... Syèma aussi leur donne du travail comme cela lui plaît, que ce soit dans sa propre concession ou dans celles de personnes qui sont venues lui demander de prêter les circoncis. S'ils en sont capables, il les envoie exécuter ce travail pour bien les dresser. Tout a lieu durant ces cinq semaines jusqu'au jour de leur sortie définitive. Même s'ils sont guéris rapidement, pour quitter le 'ga', la coutume chez nous, c'est cinq semaines. Une fois accomplies, ce jour-là Syèma réunit tous les circoncis et les exhorte : 'Vous voilà ici. Vous avez été circoncis. On vous a donnés à moi pour que je vous introduise sous le 'ga'. Tels que je vous vois, votre conduite n'est pas bonne (ou bien votre conduite est bonne). Vous n'êtes pas les premiers à avoir été circoncis. Être circoncis, ce n'est pas seulement un mot. Quand on dit que vous êtes un circoncis, vous l'êtes définitivement. Voici que vous quittez le 'ga'. Que tous rentrent à la maison paternelle. Quel que soit le travail commandé par le père, il faut le faire! Quel que soit le travail confié par la mère, il faut le faire ! Pourquoi engendre-t-on un enfant si ce n'est pour prendre la relève? Mais si, une fois sortis de votre stage de circoncision, vous allez irriter vos parents et voyager sans cesse, on n'engendre pas dans ce but, mais on a des enfants pour que tous s'efforcent de rendre service à leurs parents. Si vos pères n'avaient pas travaillé, ils n'auraient pas obtenu la dot de votre mère et ne vous auraient pas engendré. Si vous voyez qu'aujourd'hui vous êtes nés et avez été circoncis, c'est le résultat du travail de vos pères. Soyez des gens patients, capables de supporter les épreuves. Ce que vos pères ont souffert pour que vous soyez capables de les 'relever' est manifesté dans ce proverbe : 'l'abri que tu as construit quand tu étais jeune homme ...(tu t'assois à son ombre dans ta vieillesse)'. À moins que vous ne refusiez, ils vont s'asseoir à l'ombre, car le 'ga' qu'ils ont construit, c'est vous. Traitez bien votre père, traitez bien vos mères, traitez bien vos aînés! Que vos paroles et les leurs s'accordent.' Syèma leur donne de tels conseils, prononce les incantations sur leurs vêtements et les habille. Puis il part prévenir le chef de village qu'il fait quitter le 'ga' aux circoncis.

(Fin de la réclusion)

Or, pendant ces cinq semaines sous le 'ga', les balayures ne sont pas jetées dehors. On les entasse dans un coin. Le jour où ils doivent quitter le 'ga', dans la matinée, on commence le transport des ordures pour les entasser à l'extérieur. Alors dans l'après-midi, chacun d'eux transporte sa natte et on les empile sur le tas d'ordures. Tous se placent de l'autre côté du tas en faisant face au village. Dès qu'on a mis le feu aux ordures, avant que le feu ne soit très vif, ils sautent les uns après les autres au-dessus du feu et courent au village chacun dans sa maison. Autrefois, ça se passait ainsi : les jeunes gens les attendaient debout avec des verges dans les recoins de murs. Avant qu'ils n'arrivent chez eux, ils les fustigeaient... Les circoncis courent et vont s'accroupir sous le ga en se cachant le visage pour ne pas voir la fumée du tas d'ordures, car, dit-on, s'ils la voient, ils finiront par devenir aveugles. Quand cet important tas d'ordures est brûlé, on l'asperge d'eau pour l'éteindre. Quand il est bien éteint, Syèma leur enfile de nouveau leur habit à chacun d'eux avec les incantations traditionnelles, puis une dernière fois, leur rappelle ce que doit faire un circoncis (qui s'honore) : obéir à son père, obéir à sa mère et être maître de soi. Puis il les renvoie en leur disant : Retournez chacun à la maison de sa mère.