Sagesse Bambara - Proverbes et sentences

Sagesse Bambara - Proverbes et sentences

Charles Bailleul, alias Baabilen Kulubali

Editions Donniya à Bamako (Mali) 2005

463 pages, 17 x 22 cm.

Disponibilité en France: L'association 'donniyakadi' possède à Paris un petit stock de ce livre, vous pouvez prendre contact à l'adresse électronique suivante :

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Diffusion au Mali: Editions Donniya 10.000 Fcfa

Cet ouvrage présente par thèmes près de 4.500 proverbes avec leur traduction en français, leur sens principal et leur emploi courant. Il s'adresse aux éducateurs (parents et enseignants) aux curieux de la culture bambara et aux citadins qui ont la nostalgie du terroir.

Introduction

Sources

L’édition de proverbes bambaras avec leur traduction française ne date pas d’aujourd’hui. Dès 1923, Moussa Travele en proposait une centaine. En 1960, Mgr Molin publiait une collection d’environ 2000 proverbes recueillis en zone bambara-malinké. Plus récemment, en 1989, El Hadj Sadia Traore faisait paraître 103 proverbes expliqués en bamanankan et en français. En 1995, Kassim Kone éditait en langue anglaise aux USA quelque1400 proverbes bambaras avec leur traduction, leurs sens et emplois. Tout récemment, en 2003, Ismaïla Diarra commentait savoureusement 135 proverbes, en ne donnant, hélas, que leur traduction française.

Nous avions aussi sous la main les 309 proverbes recueillis par Gérard Meyer en zone malinké du Sénégal, de même que la traduction française et le sens de 269 proverbes recueillis par Mabendy Guissé de Nioro dont un certain nombre ont paru dans le n°84 des Notes Africaines d’octobre 1958.

Il n’était guère possible de refaire un tirage du livre de Mgr Molin, le plus étoffé, épuisé depuis plus de trois décennies. En effet, entre temps, les règles officielles de transcription de la langue bambara avaient été élaborées par des spécialistes et la connaissance de sa partie tonale affinée. De plus, d’autres chercheurs avaient travaillé chacun de leur côté. Ils étaient prêts à faire part de leur collecte personnelle et de leurs recherches sur le sens et les emplois. Le présent recueil leur doit donc beaucoup...

Utilisateurs potentiels

Les proverbes ici retenus ont tous été vérifiés au Bèlèdugu, dans une région typiquement bambara, au nord de Bamako. Ils y sont compris, et beaucoup d’entre eux y sont utilisés, sinon tels quels, du moins dans l’une ou l’autre variante très proche.

Ce recueil, loin d’être exhaustif, aspire à de nouvelles collectes . Il s’adresse en premier lieu aux éducateurs, quels qu’ils soient, en particulier aux parents et aux enseignants. En effet, les proverbes et sentences révèlent dans une forme souvent concise la sagesse d’un peuple, sa manière de concevoir la condition humaine et les relations sociales, son code de l’honneur et de la morale. Même quand ils se présentent comme le constat d’une situation courante, c’est souvent, au fond, pour la déplorer. Ils sont, avec les contes, un des supports de l’éducation de base traditionnelle. Comme eux, ils appartiennent à tout le monde ... Il devrait aussi intéresser tous ceux qui, vivant en ville, ont la nostalgie de leur terroir.

Les proverbes scabreux ou trop grossiers ont pour la plupart été éliminés. Ils ont souvent un équivalent moins choquant. Pour ceux qui ont été retenus, il est bon de rappeler qu’ils ne peuvent être utilisés qu’entre personnes de la même classe d’âge, ou destinés à des plus jeunes. De même les proverbes concernant les femmes ne peuvent être employés honnêtement devant des femmes de l’âge de votre mère.

Il est probable que le livre intéressera aussi beaucoup de coopérants expatriés venus au Mali. Les notes explicatives les concernent particulièrement, mais elles pourront aussi rendre service aux bambarophones qui ont quitté depuis longtemps leur milieu rural d’origine ou sont originaires d’une autre ethnie.

Pour ne pas avoir à les multiplier, on considérera comme connus ou acquis par le lecteur les aspects suivants de la société traditionnelle bambara :

  • Elle est patrilinéaire, en ce sens que tout le pouvoir est entre les mains des hommes.
    - Le chef de famille (dutigi) est l’homme
    - Le chef de la grande famille (gàtigi) est l’aîné des frères, des oncles ou des grands oncles paternels.
    - Le chef de village (dùgùtigi) est le plus âgé des descendants du fondateur dans la branche la plus ancienne.
  • La polygamie est traditionnelle. Jusqu’à une époque encore récente où la mortalité infantile était très élevée, elle donnait plus de chances d’avoir une descendance masculine tout en étant signe de réussite sociale. Le revers de la médaille en est les tensions entre les épouses (sìnàya) et les demi-frères (fàdènya), aboutissant souvent à la division de la famille à la mort du patriarche.
  • La fierté du bambara est sa réputation de grand cultivateur (ɲɔ̀masa). Quelques-uns sont aussi apiculteurs. D’autres se passionnent pour la chasse. Ils entrent alors dans la confrérie des chasseurs en se confiant à un vieux chasseur (kàràmɔgɔ)
  • Jusqu’à la fin du 19° siècle, la majorité d’entre eux étaient animistes-fétichistes. Encore maintenant dans certaines régions comme le Bèlèdugu, dans un contexte concernant la religion, se dire ‘bamànan’ c’est s’affirmer comme n’étant ni musulman, ni chrétien, mais comme gardien de toutes les vieilles coutumes... Lors des campagnes d’El Hadj Omar Tall et de Saamory, le passage à l’Islam fut rapide partout où leurs guerriers sont passés... Dans les autres zones ‘bamanan’, beaucoup de jeunes gens reviennent de la grande ville avec un prénom musulman qui atteste qu’ils ont voyagé.
  • Les sociétés fétichistes d’initiation jouent encore leur rôle en bien des zones (ntòmo, kɔ̀mɔ, gǎn, nàma, kɔ̀rɛ, do ...). Elles sont totalement interdites aux femmes et renforcent donc la main-mise des hommes sur le pouvoir. Dans toutes ces sociétés, on y apprend les vertus de courage, de support de la souffrance physique, la solidarité de classe d’âge, l’obéissance aux aînés et le respect des ‘vieux’.
  • L’étranger de passage (dunan) est toujours accueilli au mieux des possibilités. C’est une marque d’honneur pour son hôte d’avoir été choisi. Pour un bambara digne de ses ancêtres, refuser l’hospitalité pour un motif de race, de religion ou de couleur de peau est impensable. C’est une régression en humanité.
  • La recherche de l’harmonie à l’intérieur du village en vue d’assurer sa prospérité revient au chef de village. Cependant, en cas de querelle plus difficile à régler, les forgerons (nùmuw), les griots (jèliw) ou les familles unies par la tradition (Tarawele-Jara, Kulubali-Konare ...‘sìnànkunw’) peuvent intervenir très efficacement...
Extrait : Maître-disciple 1126-1134

  1. Bɛɛ n'i kàràmɔgɔ.
    À chacun son maître.
    Dépendance de l'élève envers son maître.
    On peut deviner à quelle école appartient quelqu’un.
  2. Dègèbàgà ɲuman bɛ mɔ̀gɔ se ko la.
    Un bon pédagogue rend les gens compétents.
    L'élève apprend vite avec un bon maître.
  3. I ye kungo dɔn cɛ̌ min nɔ̌ fɛ̀, kàna i kɛ̀rɛ̀làjiforoko bònya ò ta ye.
    Ne fabrique une outre en peau plus grande que celle de l'homme qui t'a appris à connaître la brousse.
    Le disciple n'est pas au-dessus du maître.
    À propos d'un élève ambitieux et vaniteux, qui croit tout savoir.
  4. Ko ladege n'a tìgi tɛ kelen ye.
    Il ne faut pas confondre l'imitation et l'original.
    L'élève n'égale jamais son maître.
  5. Kodɔnbaga bɛ kodɔnbali hakili wàga.
    L'homme instruit ouvre l'esprit de celui qui ne l'est pas.
    Il lui apporte de nouvelles idées, de nouvelles connaissances.
  6. Kùntigi bɛ bɔ wǒ min fɛ̀, tɔ̌w bɛ bɔ ǒ fɛ̀.
    L'ouverture par laquelle passe le chef, les autres aussi y passent.
    Tout le monde doit suivre le chef.
    Les petits imitent les grands.
  7. Mɔ̀gɔ dɔ bɛ se dosokɔrɔba ka sugunɛkɛ la, à ka worokoloyɛrɛyɛrɛ, i tɛ se ò la.
    On peut savoir pisser comme un chien adulte, sans pour autant savoir secouer sa cuisse comme lui.
    L'imitation parfaite des artistes n'est pas facile, il y a toujours un détail qui vous échappe.
    À chacun sa spécialité.
  8. Mɔ̀gɔ̀làdègèla, n'a ma sɛ̀gɛn, à bɛ fìli.
    Si un imitateur ne travaille pas d'arrache-pied, il se trompe.
    En imitant quelqu’un, on peine et on a toujours des lacunes.
  9. N'i ye i den mìnɛ k'a fɔ ko : 'Tɛ̀ɛtɛɛ' ni den yɛ̀rɛ ko : 'Tàataa', à bolo bìla.
    Si tu prends ton enfant par la main (pour lui apprendre à marcher) en lui disant : 'Tèètèè' et que l'enfant lui-même dit : 'Tàataa', lâche-lui la main.
    Si tu veux apprendre quelque chose à quelqu'un et qu'il te dise : 'Je sais déjà le faire', ne t'en occupe plus.